‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 143 sur 223 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

ami, répond Gharetie; il ne sera pas dit que j'aurai abandonné un Vendéen. Et mettant pied à terre jusque sous le feu des Bleus, il recueille et emporte le blessé sur son cheval.

Tunq avait triomphe, grâce à ses espions. Rossignol, qui le jalousait, le récompensa en le destituant. Il avait cependant fait fusiller en vrai sansculotte tous les prisonniers de Luçon. Généraux et conventionnels rivalisèrent plus que jamais de haine et de fureur. Rossignol fut accusé à son tour: mais Bourbotte le justifia. Il resta à la tête de Tarmée des côtes de la Rochelle, surveillée par Bourbotte, Choudieu, Ruelle et Richard, tandis que Taritiée des côtes de Brest obéissait à Canclaux, — sous la garde de Turreau, deGavaignacct de Gillet. Ges deux armées se disputaient les terribles renforts qu'apportait la garnison de Mayence ; ils échurent à l'armée de Brest, avec la mission de brûler et d'écraser la Vendée.

L'incendie était plus que jamais à l'ordre du jour. Santerre écrivait, à propos d'une nouvelle réquisition en masse : « — Je préférerais des mines! Des mines à force! des fumées soporiGques ! Et puis tomber dessus! » Il alla bientôt plus loin, et proposa Tcmpoisonncment du pays. Il réclama la présence du chimiste Fourcroy pour aviser à la plus prompte destruction des brigands. Des charlatans offrirent alors divers procédés de mort-aux- Vendéens. L*un présenta une vapeur pour les asphyxier à une lieue à la ronde...; l'autre^ une boule destinée à infecter des paroisses entières... Mais ces belles découvertes, essayées sur des animaux, ne satisfirent pas les conventionnels. Tout cela est constaté dans les Mémoires du républicain Savary.

Savin, lieutenant de Gharette, lui écrivait de son côté : « Nous fûmes stupéfaits de la quantité prodigieuse d'arsenic que nous trouvâmes à Palluau. On nous assura qu'un étranger, qui fut tué dans cette affaire, était chargé de notre empoisonnement général. »

G'est ici l'admirable moment de la Vendée ; c'est ici que ses géants se dressent de toute leur hauteur. Voués à l'extermination par les Républicains, abandonnés par la Monarchie, trahis par l'Europe, ils jurent tous de vaincre ou de s'ensevelir sous les débris de leurs chaumières. Ils s'élancent avec Gharette, avec Lescurc, avec La Rochejaquclein, avec Royrand. Ils rencontrent aux Quatre-Ghemins les vainqueurs de Luçon ( 4scptemhi*e). Ils les exterminent corps à corps, homme par homme, et, sur huit mille, ils n'en renvoient que quelques centaines ^

Mais alors arrive à Nantes, précédée du bruit de ses exploits, la formi-

t Ces Qualre-Chemins ont éié^ pendant les guerres vendéennes, le théâtre de cent combats plus ou moins connus. Deux routes s'y coupaient alors, presque toujours impraticables, où se rencontraient, sous d'épaisses ramures, les voyageurs allant de Nantes à Bordeaux, et les voyageurs allant «le la Rochc-sur-Ton vers Paris. De noires Torôts étendaient leurs ombres en tout sens, è perte de vue, étottlTant sous leurs voûtes sans échos l'appel des vaincus et les cris des mourants. Nul carrefour vendéen n'a peut-être absorbé plus de sang ( I no s'est engraissé de plus de cadavres.

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dabic armée de Maycnce. conduite par Klébcr, Vîmcus cl Aubert-Dubajet (encore un genlilhommc républicain ! ). A cette nouvelle, les chers roya- Itiites e'assemblGiil aux Herbiers. Ils comptent Troidement leurs ennemis el leurn amis, et ils se partagent le droit de mourir un contre dis. D'Elbée demeure généralissime. Bonchampa eitl chargé des rives angevines de la Loire; La Rochejaquelcin, du reste de l'Anjou; Lescure. Je la haute Vendée; Charette. du pays de Nantes et du bas Poitou; Royranri et Sapinaud. de l'armée du centre. Donnissan gouverne le pays insurgé. Sloffiet, Talmonl et Marigny conservent leurs anciens grades. Sauf te conseil supérieur, de plus en plus discrédité, l'organisation vendéenne se bornait à cet état-major. Encore variail-il et se réduisait-il souvent, selon lei hasards de la guerre.

Ces dix généraux, avec leurs officiers décimés, avec leurs paysans sans discipline, avec leur caisse sans argent, avec leurs places sans munitions, allaient lutter contre les capitaines les plus habiles, Aubcrt-Dubayel. Kléber, Cimclaux. Ilaxo, Beysser, Heaupuy, Marceau, Grouchy (toujours la Noblesse dans la République!) . et contre la plus admirable armée de l'Europe, — composée de vingt-quatre mille Mayençnis. de quarante et un mille soldats des cales de la Rochelle, de quinze mille soldats des cAtes de Cherbourg, et de trenle-ciaq jmlle soldats des côtes de Brest, — sans compter la masse des gardes nalliinales et des prétendus volontaires qui marchaient sous peine de mort.

On va voir si jamais guerre Rîérita mieux d'être appelée la grande

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