CHAPITRE QUINZIÈME
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Htjmçiit.— Baiïlllr te Torfoi.— Fiiitde Cbimtr,— UihiofI nflnii uiis ie We>(criiiiDD. — BiUillc At Chollti. — Lracirs, d'BUc ri — PtisiGi i>inVaifit.—Gréeinxrriniiiiiitn!— Henri ieU
rn tbet.— VialfiiMSrtpiiblluiDM.— L» VESDlisnijiM-LaiM.— Iiuillpi if \.a\tt, dr Fiiufpm.ric.
Klëbeb ne commandait que raTan.t-gardc de l'armée de Mayence, maïs il en était réelï:^^ lenient le chef par <ion influence et par son talent.
. Voyant la Convention se jouer \ de la lële des généraux, il eut I toujours l'adresse d'exercer le I pouvoir sans en accepter les I honneurs. Véritable enfant de I SCS œuvres, né d'un ouvrier I terrassier de Strasbourg, en 5 1754. il fut élevé par un prê- 1 trc, et s'adonna d'abord aux sciences exactes. Il servit en Autriche, fut architecte en France, et se fit grenadier quand la Révolution
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éclata. Quelques mois après, il clait général de brigade. 11 unissait au plus haut degré la bravoure du soldat à la science du commandant, Texaliaiion républicaine à la modération de caractère. Bonaparte Ta dépeint, quand il était encore son rival : c< Orgueilleux jusqu'à Fexcès, satirique, frondeur, Kléber était un homme qui, à la guerre, tout en niaisant, en plaisantant, en lâchant de verser du ridicule sur les gens auxquels il avait aRaire, se laissait pousser jusqu'au bout du fosdé. Il est vrai que là son amour-propre venait à son secours ; il rappelait son talent, et faisait quelquefois de fort belles choses. Rien de plus majestueux que Kléber, dan£ un jour de parade, dit encore Tempereur Napoléon, mais atiati rien de plus admirable au fort d'une bataille: c'était le soleil de l'enthousiasme qui réchauffait et embrasait tous les cœurs. »
La GRANDE GUERRE qui allait s'ouvrir, hâtons-nous de le déclarer, fut signalée des deux côtés par les fautes les plus graves. Les Bleus ne pouvaient triompher que par l'ensemble, en frappant de grands coups; et mille rivalités vinrent les armer les uns contre les autres. Les Blancs, au contraire, ne pouvaient se défendre que pnr des victoires partielles et multipliées, en continuant, de clocher en clocher, la guerre de tirailleurs ; — et, de leur plein gré, ils renoncèrent à ce système naturel ; ils méconnurent leur propre ambition et le caractère de leur pays et de leurs soldats, pour rêver une union impraticable, une armée d'expédition impossible! Gharette seul (hors quelques écarts) demeura fidèle à ses habitudes de partisan. Aussi sa petite armée de volontaires survécut-elle trois ans à la grande armée catholique ; mais elle n'échappa aux désastres de celle-ci qu'en l'abandonnant sans pudeur et sans pitié.
LesMayençais étaient superbes et terribles à voir, lorsqu'ils firent leur entrée triomphale à Nantes. Leurs brillants uniformes et leurs figures martiales ports^ient encore les traces de ces quatre mois de misère héroïque, passés, comme dit Kléber, sous une voûte enflammée de bombes at de boulets. En capitulant avec ces braves républicains, les rois leur avaient imposé pour toute condition de ne plus porter les armes contre eux. Ils auraient ajouté, sans doute, et contre la Vendée, si la Vendée n'eût été délaissée par les rois.
Gharette, vêtu de soie, donnait un bal à son sérail, quand les premiers pas des Mayençais firent trembler le sol vendéen. Ils n'avaient faitqve paraître, et ils occupaient déjà le centre du Bocage. Us avaient déjà versé le sang de La Rochejaquelcin, de Bonchamps et de SiofBet. Piroa les venge à Coron, le 16 septembre, sur Santerre etBonsin, qui fuient, «uivani leur usage, livrant leurs soldats à la boi*cfaerie. Mais ceux-là étaient excusés d'avance par leurs amis de la Montagne. Duhoux (encore un gentilhomme) a le même sort au pont Barré, où il est battu parle chevalier Duhoux, son neveu. Il est aussitôt révoqué comme traître. Cependant Gharette a jeté
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ses habits de fête, et s'est élancé contre les Maycnçais... Repoussé tour à tour de Légé sur Montaigu et de Montaigu sur Glisson, il appelle à son aide la grande armée, qui le joint à Torfou, et il jure, avec tous ses collègues, d*y yaincre ou d'y mourir. Ils arrêtent en conseil un excellent plan de campagne. Chacun s'engage sur Thonneur à le suivre, et s*apprclc au combal.
L'avaat-^garde des Mayençais, fortifiée de poste en poste par Beysser et par Canclaux, arrive brûlant tout sur son passage et chassant devant elle une multitude épouvantée. Les deux armées vendéennes se rangent sous les yeux de cette foule amie. Tous les chefs sont là, sains ou blessés, excepté La Rochejaquelein, qui n'a pu quitter son lit de douleur... L'abbé Bernier a dit la messe à minuit, et béni quarante mille hommes à genoux...
C'était le 19 septembre, — un des plus grands jours vendéens. Cliarette commence l'attaque, et se jette sur les premiers bataillons qui paraissent; mais ses paysans, découragés, refusent de le suivre. Sa cavalerie ellemême tourne bride... Alors une lutte d'un nouveau genre arrête les fugitifs. Les femmes de Tiffaugcs et d'alentour étaient là, priant à deux genoux pour leurs maris et leurs enfants. A la vue de leurs défenseurs en déroute, elles s'arment de fourches, de pierres et de bâtons, elles les ramènent au combat de gré o\i de force. Elles supplient les braves, elles assomment les lâches, elles relèvent les faibles. A tous elles montrent l'incendie qui fume au loin et qui va les envelopper de son cercle de feu... Au même instant, Bo^champs parait à la tête de sa division, le bras en écbarpe, porté sur un brancard. Charette lui cède la place et lui fait un signe. Il a vu ses soldats rougir. Il va les rallier tout à l'heure... Bonchamps, d'ailleurs, leur a dit en passait : « Prenez garde, Vendéens, les Bleus vous regar^ept ! ».
L'avant*gardç de Maycnce débouchait, en cflet, sur le plateau de Torfou, marchant dans uç ordre admirable, et précédée d'une compagnie de sapeurs, qui lui frayai^ le passage à coups de |iache.
«Kléber les commande; Kléber, avec sa stature gigantesque et son imposante figure^ Kléber,, dont la tête» toujours surmontée d'un panache tricolore, plane au-dessus des bataillons comme le drapeau de l'armée. A la vue de ces Mayeijiçais, si fiers de leur renommée et de l'ensemble de leurs mouvements, uç frisson d'admiration parcourt les rangs. Les depx colonnes ennemies se contemplent avec un indéfinissable sentiment. C'est de la pitié ici, là c'est de l'envie. Pitié républicaine pour les Royalistes, qui, nus, mal a^mé^, presque sans aucune régularité, s'avancent au com^ bat; admiration des Vendéens pour ces brillants soldats légués à la HépUr blique par la Monarchie, soldats si bien disciplinés, manœuvrant avec tant de précision et sembla^it courir à une fête. »
Bijentôt ces sentiments sç changent de part et d*autre en une sorte de
rage. Au premier choc, la mêlée devient horrible. Charctle s'y plonge avec ses gars ranimés... Kléber lombe, atteint d'un coup de feu. Il se relève et retombe, mais ne quitte point le champ de bataille. Porté de rang en rang, il continue de diriger ses soldats. Les Mayençais s'avancent alors, combattent comme un seul homme, et enfoncent de leurs colonnes serrées la masse flottante des paysans. C'en est fait de ceux-ci, sans un miracle de bravoure. Lescure s'en charge. Il met pied à terre et s'arme d'une carabine : « Ya-t-il ici quatre cents braves capables de mourir avec moi? » Il s'en présente dix-sept cents. Ce sont les gars des Echaubroignes, commandés par Bourrasseau. a Allez, monsieur le marquis, nous vous suivrons où vous voudrez. » Treize cents camarades se joignent à eux, et, pendant deux heures, ces braves arrêtent comme un rempart les Mayeiiçais, — que le désordre et la crainte gagnent à leur tour. Bonchamps et Charelte achèvent de les rompre par une double charge en flanc. En vain le conventionnel Merlin (de Thionville) les encourage, avec Kléber, de la parole et de l'exemple. En vain il combat au milieu d'eux, à pied et à cheval, avec l'énergie d'un simple soldat. Ces guerriers invincibles sont enfin vaincus... Ils reculent pour la première fois devant le courage vendéen... Mais Kléber est toujours à leur tête... et, tandis que son éloquence les soutient, son habileté dispose leur retraite. Le bataillon de la Nièvre se fait broyer sur ses canons. Les autres se rallient de plateau en plateau, et exécutent encore des feux de file semblables à des roulements de tambour... Qu'importe aux Vendéens, dès qu'ils ont senti leur victoire ! Ils s'acharnent pied à pied contre l'ennemi; ils l'entament en s'égaillant à droiteet à gauche; ils couvrent la route de cadavres, grossis de leurs propres morts. On était convenu de part et d'autre de tuer tout ce qui tomberait sous la main.
Deux lieues se firent ainsi, sans relâche et sans quartier. Les officiers mayençais se brûlaient la cervelle de désespoir... Une femme les imita, pour échapper à la honte de leur défaite .. Ils allaient tous périr les uns après les autres, si Kléber ne les eût sauvés au pont de Boussay. Il appelle Chevardin, commandant des chasseurs de Saône-et-Loire : « Mettez-vous à la tête de ce pont, lui ditril, et faites-vous tuer avec tout votre bataillon. -^ Oui, général, » répond Chevardin avec un calme sublime. Et prenant deux pièces de huit, il meurt avec tous ses hommes, en sauvant l'armée...
Cependant Canclaux, Dubayet et Vimeux arrivaient trop tard au secours de Kléber. « Malheureux, crie )e premier aux vaincus, vous avez flétri vos lauriers de Mayence, en fuyant devant des soldats en sabots ! — Ces soldats en sabots, répondent les Mayençais, se battent aussi bien et tirent mieux que les premiers soldats du monde ! »
Le lendemain, Gharette et Lescure, celui-ci entraîné par celui-là, ne purent s'empêcher de couronner leur victoire, en allant surprendre et
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chasser de Moiitaigu le général Beysser. Ce second succès ne fui pas moins complet que le premier; mais, outre qu'il était sans importance, il détournait les vainqueurs de la marche adoptée par eux-mêmes, etillaissail Bonchamps dans l'impuissance et l'abandon. Quant à Beysser, il fut dénoncé et suspendu, malgré sa vaillante conduite, et il ne reparut plus que pour monter à l'échafaud.
Restait à battre le corps d'armée commandé par Mieskouski. Charettc et Lescure's'cn chargent encore (toujours contre leurs engagements formels), et ils vont l'écraser, au milieu de la nuit, dans les rangs de Saint-Fulgent. Jamais rien de si horrible ne s'était encore vu dans cette horrible guerre. Blancs et Bleus, confondus, puisaient leurs cartouches aux mêmes caissons pour se fusiller à bout portant. Cette boucherie dura huit heures. Mieskouski et Charette s'entendaient l'un l'autre, animant leurs soldats, à vingt pas de distance. Voici un détail qui donnera une idée du reste : a Au plus fort du carnage, dit madame de La Rochcjaquclein, un de nos Suisses. nommé Hinks, tira un flageolet de sa poche, et se mit à jouer par dérision l'air : Ça ira. Entre deux couplets, un boulet emporta la tête de son che* val... Rinks se releva tranquillement, s'assit sur une borne, et continua l'air jusqu'à la mort du dernier Bleu. »
Tant de bonheurs imprudents devaient avoir un revers. Ce fut Bonchamps qui l'essuya, le 22. Seul fidèle au plan qui avait été adopté par tous, et ignorant la diversioli contraire de Charette et de Lescure, dont aucun message ne lui était parvenu, il attaqua, — se croyant secondé, — les quinze mille hommes de Canclaux, à la Galissonnière, avec des forces tellement inférieures, que, malgré tout l'héroïsme du monde, il ne put triompher comme ses collègues... Il leur reprocha amèrement de l'avoir ainsi abandonné, contre toute convention, et la discorde vint les séparer, quand l'union leur était le plus nécessaire. Pour comble de malheur, cette discorde gagn^ les soldats eux-mêmes. Les Angevins ne pardonnèrent jamais aux Poitevins, e^ leurs récits sont encore pleins de récriminations contre Charette.
Le fait est que si l'on s'était entendu, et si chacun avait rempli ses engagements, — au lieu de trois victoires couronnées par une défaite, on eût écrasé successivement et complètement les Mayençais.
Jamais l'altière fantaisie de Charette ne porta un coup plus irréparable à la Vendée, il était d'autant moins excusable de laisser Bonchamps sans secours, qu'il venait de triompher lui-même, grâce au secours de Bonchamps.
La querelle s'envenima aux Herbiers, — relativement au partage du butin ; — si bien qu'elle finit^ hélas ! par une rupture ouverte. Charette et ses lieutenants regagnèrent, sans explication, leur camp de Légé. L'ensemble si heureux d'un jour aboutit à la désorganisation la plus fatale. Et
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la Vendée, (|uc le courage de ses ennemis n*avait pu vaincre, se trouva perdue par l'ambition de ses généraux.
A Texception de Lescure, de Bonclianips et de La Roebejaqueicin, qui savaient immoler leur amour-propre à l'intérêt général, toute la gloire des chefs vendéens efTace à peine I enormité de leurs torts.
Une faute non moins capitale devint la conséquence de la première. Privés soudain de Canclaux et d'Âuberl-Dubayet par une destitution absurde, les Maycnçais, qui adoraient ces généraux, proposèrent leurs services aux Vendéens, moyennant 400,000 livres et upc solde de sept sous. Les chefs royalistes délibérèrent si longtemps, que la transaction devint impossible!
J^n laissant ses collègues dans Tisolcment, le départ de Gharette avait rouvert le p<iys aux Républicains, liéchelle, leur nouveau commandant en chef* ipspire «on incapacité d^s conseils généreux de Canclaux, et porte 9es forces coplre Breçsujre, pour rentrer au eceur de la Vendée par Cliasillon. G^albos et Westermann, toujours précédés de IHncendie, détruisent Varmée d^ Lcscure au Moulin-auxrChèvres (9 octobre). Westermann chasse encore le conseil supérieur de Chatillon. Bonchamps, La Rochejaquetcin, Duchaffaut, accourent, le bras en écbarpe, et reprennent la ville avec d*Ëlbée. Westermann revient à son tour» avec deux cents hommes, égorge dans l'ombre les Blancs ivres ou endormis» passe tout par le fer et par la flamme, et s'en retourne en chantant la Maneillaise ^ Tout cela s*^tait accompli en trente -six heures... Le lendemain, 10 octobre, les piar^cs reparaissent, ne troi^vent nue des cadaxres et des ruines, et s'éloignent en pleurant.
Voilà ce qu*élait devenue 1^ guerre de Vendée ; et à ç^ niomcnt-là même, (I^rrier entrait à Nantes.
Les Angevins ne pouvaient plus se sauver que par un grand coup... Ils rappellent Gharette, ils le supplient... Gharette marche sur Noirmoutiers sans leur répondr^. Peut-être n'avait^il pas reçu leur message... mais son Revoir était d'accourir do lui-même. Cependant la grande armée se recrute ^e tous les paysans chassés par l'incendie. Les femmes accourent avec les hommes, les enfants avec les vieillards^ les troupeaux avec les pasteurs ! Çettç ntullitude se retranche derrière Ghollet, n'ayant plus d'espoir que d^ns ^on désespoir et dans l'imbécillHé militaire de Léchelle. Mais Kléber
' « Les husMrds Meus, dit madame de La Rochejaqueleiu, étaient ivres presque autant que ikh gens. Dans l'obscurité, ou combattait péle^méle , è coups de sabre et de pistolet. Les Bleus massacraient les femmes et les enfants dansi les maisons. Ils mel^iient le feu partout. Pendant ce temps-là. des officiers vendéens tuèrent un grand nombre de Républicains qui étaient si égarés, qu'ils égorgeaient tous ceux qu'ils trouvaient, sanq, songer à se défendre eux-méwes... Le prince de Talraont, en descendant un escalier, fut renversé par des hussarda qui montaient ; ils ne lui firent aucun mal, et allèrent assassiner la maîtresse de la maison et sa fille, connues cependant pour patriotes. Il \ eut des femmes, don^ les maris étaient apidata républicains, qui furent massacrées par les gens de yVestermaun. »