CHAPITRE (jUINZlÈMË
et Merlin (de Thioh ville) dirigent ce mannequin, tout en Tinsultant face à face. Ils lancent contre Chollet l'armée de Luçon, les Mayençais encore frémissants de vengeance ^ et les colonnes de Wcstermann. Deux jours avant la bataille, funeste présage, Lescure est blessé à mort à la Tremblaye... Bonchamps» avant de jouer le sort de la Vendée, propose encore son idée fixe : le passage de la Loire et Tinsurrection de la Bretagne... On prend quelques mesures en conséquence ; mais il faut d'abord vaincre ou mourir à Chollet.
Chefs et soldats se préparèrent à la lutlc avec une solennité terrible : « A Mont-Jean, dit madame de La Rocheja(|uelein, on se leva pour aller à la grand'mcBse que le curé devait célébrer dans la ntiit, pour que les paysans eussent le temps de rejoindre l'armée. Nous y allâmes ; l'église était pleine. Le prêtre, qui était un bon vieillard d*une figure respectable, exhorta les soldats de la manière la plus touchante ; il les engagea à aller courageusement défendre leur Dieu^ leur Roi« leurs femmes et leurs enfants, que Ton massacrait. Les coups de canon se faisaient entendre par intervalles pendant son discours; œ bruit, notre position, l'incertitude où nous étions sur le sort de l'armée et des personnes qui nous étaient chères, l'obscurité de la nuit^ tout conlribuait à faire sur chacun une impression lugubre et affreuse. Le prêtre finit par donner l'absolution aux pauvres gens qui allaient se battre. »
Le 11 octobre se lève sur la lande déserte de Bégrolle. Tous les généraux sont encore là, excepté Lescure et Charette. Ils ont autour d'eux quarante mille hommes, cernés de toutes paris par trois armées. A la tête de ces armées, sont Bard, Sainte-Suzane, Haxo, Beaupuy, Kléber, Marceau, Chalbos, etc., et huit conventionnels qui enverront ces capitaines à la mort, s'ils sont vaincus. Carrier lui-même est venu de Nantes assister au combat. Les Vendéens commencent l'attaque, suivant leur usage* et enfoncent la division de Chalbos. Carrier donne l'exemple de la fuite; il abandonne son cheval et ses armes. « Soldats, dit en riant Kléber, laissez
' Les Mayençais venaient d'occuper . Blortagne , i-i vuici l'éUt dans lequel ils avaient laissé le
fMiys. C'est un Républicain et un témoin qui parle : « Je ne vis pas un seul homme k Saint- Hermand,
iChuitonnay, aux Herbiers; quelques femmes avaient échappé au fer. Tout ce que je pus voir de
maisons sur la route et dans les bois riverains était la proie des flammes. Le ciel était obscurci de
fumée. Quantité de cadavres répandus çà et là commençaient à infe<'ter l'air. Les troupeaux n'osaient
approdter de leurs étables incendiées ; les bœufs, les génisses, les taureaux égarés, faisaient retentir
l'air de leurs mugissements prolongés» J'étais surpris par la nuit ; mais loin que ses sombres voiles
vinssent me dérober les ravages de la guerre, le reflet des incendies qui éclairaient ma marche iO'>>
certaine me les reproduisait avec plus d'horreur. Au bêlement des troupeaux, aux beuglements des
taureaux, se joignaient le croassement des corbeaux et les hurlements des animaux carnassiers, qui,
du fond de leurs retraites obscures, venaient déVorer les victimes éparses des combats. Entin, j'a^
perçus dans le lointain une colonne de feu qui grossissait è mesure que j'avançais. C'était MoHagne
qui brûlait. Qu'on se fasse une idée, si l'on peut, du désastre de cette ville, où je ne trouvai que
quelques femmes éplorées et occupées à retirer leurs efTets du milieu des flammes. » (Rapport d'un
ancien admintstnitenr des armées. "— Mémoires relatifs è la Révolution.)
4i8 BRETAGNE ET VENDÉE.
passer le ciloyon représentant, et rejetez-le sur les derrières. Quand vou$ aurez vaincu, il tuera! » C'était parler en vrai prophète. La Rochejaque- Iciii et Stoftlet sont déjà dans Chollet, et ont retourné Tartillerie des Bleus contre eux-mêmes. Mais Haxo et Sainte-Suzanne reprennent les canons. Beaupuy et Bard rompent les lignes vendéennes... Elles se reforment, se rompent de nouveau, et se ralliaient encore avec désespoir... quand ce cri fatal retentit dans les rangs : — A la Loire ! à la Loire! C'était l'idée de Bonchamps retournée contre son propre but. C'était la défaite et la déroule de l'armée entière... L'une et l'autre furent horribles, malgré les efforts du bataillon sacré, qui tint bon jusqu'à huit heures, avec La Rochejaquelein, d'Elbée et Bonchamps.
Ces deux derniers furent blessés à mort presque en même temps, l'un d'une balle dans la poitrine, l'autre d'un coup de feu dans le bas-ventre. 11 fallut emporter le premier sur un brancard, et le second sur la croupe d'un cheval, en présence de leurs soldats épouvantés... « Mourons ici avec eux ! » s'écriait La Rochejaqueloin en brandissant son sabre au-dessus de sa tête. Mais lui-mpme fut entraîné par le torrent sur la route de Beaupreau. Cependant Piron et Lyrbt àfrctèrent la poursuite des Bleus avec tant d*énergie, qu'ils- repoussèrent 'toute une division vers Saint-Laurentsur-Sèvre...
En voyant arriver ces soldats ennemis, les habitants les entourèrent et voulurent les massacrer; ron4«'tes missionnaires et les sœurs de Charité les sauvèrent, et leur ouvrirent la maison de Dieu, transformée en ambulance pour les blessés des deux camps. Rôle admirable de la religion, au milieu de tant d'horreurs humaines !
« Ainsi, dit Kléber, se termina cette sanglante et mémorable journée. L'ennemi perdit douze pièces de canon. Jamais il n'avait donné un combat si opiniâtre, si bien ordonné, mais qui lui fût en même temps si funeste. Les rebelles combattaient comme des tigres, et nos soldats comme des lions. »
La lande de Bégrolle et la route de Beaupreau restèrent semées de cadavres Blancs et Bleus. Le seul étal-major de Kléber avait perdu quatorze chefs de brigade ou commandants. Presque tous les officiers supérieurs des Mayençais étaient blessés, — ce qui ne les avait pas empêchés, comme l'intrépide Dubrcton, de combattre corps à corps jusqu'à la nuit. Quant aux chefs vendéens, on peut s'en rapporter à l'éloge de Kléber. Jamais ils n'avaient plus vaillamment expié sur le champ de bataille les funestes conséquences de leurs rivalités au conseil.
La nuit de cette journée désastreuse, Lescure, Bonchamps et d'Elbée, tous trois mourants de leurs blessures, se rencontrèrent à Beaupreau pour se dire l'éternel adieu. Ils unirent leurs dernières forces au courage de La Rochejaquelein, et ils sauvèrent les débris de leurs trois armées. Con-