CHAPITRE QUINZIÈME, r
isolés sur la rÎTC gauche, les uns déposèrent les armes, en attendant l'occasion de les reprendre, les autres continuèrent la guerre de clocher contre les détachements républicains. Gharette, obstiné dans ses écarts, occupa avec plus de gloire que de proGt File de Noirmoutiers, cette petite HoU lande vendéenne, dont les six mille habitants, pressés sur trois lieues de terrain, repoussent incessamment Tinvasion de la mer. Gharette y entra, a marée basse, le 11 octobre, par le banc si périlleux du Goi. Il combattit dans Teau jusqu'au genou, et tua de sa main le chef Bleu Richer et son jeune fils. Il offrit inutilement la vie à ce dernier. « Tuez-moi ! s'écria-t-il. Je déteste les Rois, comme mon père ! Je veux mourir comme lui pour la République ! » Gharette installa une sorte de gouvernement à Noirmoutiers, et envoya Pierre de La Roberie traiter avec TÂngleterre. Mais il apprit alors le désastre de Ghollet, dont il pouvait s'accuser à si juste titre... «J'ai peut-être eu tort I » dit-il d'une voix sourde; et il quitta brusquement Noirmoutiers. Â Touvoie, il rencontra d'Elbée, mourant sur son brancard, et il lui offrit sa nouvelle conquête pour asile. D'Elbée accepta avec reconnaissance, et Gharette regagna son quartier de Lcgé, où il rallia les derniers champions du bas Poitou, JolyS Gouëtus, La Gathelinière, Savin, Pajot, Guérin, Prud'homme, Lecouvreur, Lucns-Ghampionnière, etc. Avec eux, il tint en échec les généraux Dutreux, Haxo, Ghabry, etc., et il prouva à la Gonvcntion que la Vendée n*était rien moins que soumise.
Merlin (de Thionvillc) proposa alors de nommer cette terre le Département vengé, et de la partager à de pauvres sans-culottes, à condition qu'ils en détruiraient en six mois tous les bois et toutes les clôtures.
Fayau fut plus expéditif et mieux écouté : « Je pense, écrivit-il , qtnl faut envoyer en Vendée une armée incekdiaire, pour que, pendant un an au moti», nul homme, nul animal ne puisse trouver de subsistance sur ce sol ennemi, » Gela était trop radicalement monstrueux pour ne pas séduire la Gonvention. Elle approuva la chose, et le Gomité de Salut Public se chargea de l'exécuter. Nous verrons bientôt à l'œuvre ses colonnes infernales. Barrère n'avait-il pas dit à la tribune : a // faut désoler jusqu'à la patience des Vendéens t »
G'cst là la honte éternelle de la République, qu'elle s'acharna sur la Vendée sans défense, qu'elle écrasa des femmes, des vieillards cl des enfants abandonnés. On ne saurait croire toutes les horribles vengeances qu'exercèrent sur les pays de Tiffauges, de Vallet et de Glisson» les vain-
1 Ce Joly, di^ne lieutenant de Gharette, était la guerre civile incarnée. Un jour, afin d'obtenir de la poudre, il s'adresse â Leblanc, chef de rartilleric. < Je n'ai point d'ordres k recetoir de vous, p dit celui-ci. Joly lui enjoint d'obéir. Leblanc refuse de nouveau, «c Un royaliste qui désobéit k son chef ne Tant pas mieux qu'un républicain, » dit Joly. Kt il brûle la cervelle à Leblanc. Gharette aimait beaucoup ce dernier. « Je regrette sa mort, dit-il, sans blâmer Joly; mais qu'elle serre d'exemple aux insubordonnés. »
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nus de Torfou, ilc Montaigu et de Saiiit-Fulgenl. A Vallcl, par exemple, ils s'établirent dans l'ancien château de La Noë. d'où la Révolution avait chastié celte noble Tamillc de Bruc, qui a tant de belles pages dans l'hisloiredc Bretagne. Fidèles aux traditions de leurs aieux. MM. de Bruc de Signy et de Livcrnière étaient d'intrépides champions de la cause vendéenne. Nous avons vu M. de Signy à la tête de sa division dans toutes les grandes batailles ; cl quand nous parlerons du râle des femmes en celte guerre, nous trouverons une comtesse de Bruc au premier rang des amazones. Il n'en fallait pas tant pour dévouer aux flammes le manoir cl le domaine de La Noë. Les Bleus n'y laissèrent debout qu'un grand pin. qui servait à leurs signaux comme il avait servi à ceux des Blancs, — et une petite chapelle qui échappa miraculeusement à l'incendie, car la voûte était en simple bois de chêne.
Tous les jours, les Républicains fusillaient et massacraient les restes de la population, à plusieurs lieues à la ronde, et les survivants, au risque du même supplice, venaient, la nuit, inhumer leurs morts à l'ombre du sanctuaire en ruine. — Trtslc et suprême consolation pour ces pauvres rhrélicns, de reposer dans une terre consacrée, après avoir péri sans les secours de la religion. Les femmes surtout se dévouaient à cette tâche avec un courage héroïque. On les voyait, comme des fanlômes, arriver furtivement sur tous les champs de bataille ou de carnage. Lllos relevaient les victimes qui respiraient encore, creusaient une fosse pour les autres, et les y déposaient, en priant, avec quelque nbjel liénit. Combien furent
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interrompues dans ce pieux travail par des soldats qui les égorgeaient, les mutilaient, et souvent les outrageaient sur les tombes qu'elles venaient d'achever ' !
Les historiens républicains soutiennent, et quelques Vendéens accordent , qu'il ne faut point attribuer ces inlamies à l'intrépide armée de Nayence, maisaui troupes conduites par Ritssignol, Ronsin, Westermarin.
etc., dans lesquelles dominaient les voleurs, les assassins el les incendiaires.Onaime àcroire efTeclivement que les Majençais n'ont point flétri leur gloire de soldats dans le sang des Femmes et des vieillards. Ni Onclaut.
ni Auber-Dubayel, ni Kléber, n'étaient hommes à souffrir de telles Uchetés. Cependant la voix publique accuse l'armée de Mayence, spécialement aux alentours de Glisson et de Vallet. Nous aimons mieux supposer qu'il y a ici erreur de nom, que les paysans ont confondu les Mayençais, qui les exterminaient sur le champ de bataille, avec les misérables qui venaient ensuite piller et sabrer leurs familles.
Ce qu'il y a de sûr, c'est que tes pillards et les sabreurs étaient eu majorité. Entre mille faits qui le prouvent de reste, en voici deux des moins horribles. Les autres sont, par leur nalure, impossibles à raconter.
Il y avait, sous le grand château de Clisson-sur-Sèvres,un souterrain où
1 H. le marquii di Bruc de HBksIroil, qui habile gujouH'bui l^aNoê, ■ laigniliqueaieat répart le*iléMilm de la grande guerre. Sur le platou même où l'élenil l'ancien chilciu, — el qui domine une de» plus hellcB earapignea Ae la Vendée jusqu'su tour» de la i.oire —une lilanïhc et «uperbe villa est aortie de terre, aiec u galerie i colonnade et aei terraucs à l'italienne, >u milieu d'un parc où la oaUire et l'art onl confondu leurs bojulû. Une ihapelle neuie a ausci remplacé les ruinea de Ij première, — parmi lesquelles on a pu compter en fréniisunl le> 09 dus riclimea de la Terreur 1 U tieux pin lui-mi!me eil rtslé debout, plus ^iKanlesi|uc et plus itirace que jamais, — sans duule griec aui cadiTrei qui ont fortilié >cs profondct racioes. Koua ne parlons pas des bienfaits de (ouïe sorte répandus sur le paya par la boiUé providentielle dea chilclaini. Ib sont de ceui qui vculeni que leur main droite ignore les largesses de leur main gauclw; mais l,i prospérité qu'ils ont hit renaiire I ul Dur d'eu I. jusqu'au sein de leur plus humble métairie, eat uolnbleau qui devient un enseignement, après les alTreuses misèret de 1710 ..
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s'étaient réfugiés quatre ou cinq cents femmes, enfants et vieillards. Qoeiques-uns do ces malheureux y avaient conduit leurs troupeaux, el bêtes et humains vivaient pêle-mêle en ces téxièkres humides, nourris par ie dé* vouement des Royalistes ou par la pitié des Républicains de Clisson. Les enfants sortaient, la nuit, pour implorer les uns et les autres, et pour couper de Therbe dans les cours désertes du château. Au moindre bruit, ils replongeaient, tremblants, dans le gouffre, ci, en se disputant leur butin, on leur demandait s'ils n'avaient point vu les Rleus... Cela durait depuis plusieurs semaines. Un soir, une petite fille rentre épouvantée... Deux hommes Font poursuivie dans les ruines jusqu'au bord du souter* rain... On se représente le frissonnement général à cette nouvelle !... Les deux soldats '— c'étaient des Rleus ! — entendent le sol murmurer sous leurs pas, et l'un d'eux va chercher du renfort... En un quart d'heure, l'asile est envahi, et femmes, enfants, vieillards, en sont arrachés de vive force.. .Quel cœur n'eut saigné à la vue de cette foule amaigrie, suppliante, éblouie par la clarté des étoiles? Eh bien, les soldats ne se demandèreoi qu'une chose : — Comment immoler le plus promptcment cette hécatombe vendéenne ? Tout près de là, dans la grande cour, il y avait un puits profond, à moitié rempli d'eau. Un bourreau l'indique du geste... et tous les autres applaudissent... Alors, poussés à coups de sabre et de baïonnctle, la mère et Tenfant qui s'embrassent, l'octogénaire qui tombe à chaque pas, — têtes blondes, têtes noires et têtes blanches, jeunes filles et jeunes femmes que leur beauté ne défend plus, — sont précipités comme un flot vivant dans les profondeurs de la citerne... Figurez-vous leurs cris aigus, pantelants, lamentables, leur lutte convulsiveavec les armes des soldats, avec les pierres de l'abime, avec les touffes d'herbes qui croissaient au bord !... Un enfant seul s'échappa... Accroché au fusil d'un Rleu, il toucha le cœur de cet homme, qui lui tendit la main.
(c Un paysan, dit M. Walsh, fut aussi au moment de se sauver d*une manière bien étrange. Il emportait sous son bras une pièce de toile; un Républicain veut la lui prendre, le Vendéen refuse de la lui céder. Entre eux il s'engage une lutte ; tenant toujours sa toile, que le soldat de la République s'obstine à lui arracher, le paysan est amené sur le bord de la citerne : il y tombe. La pièce de toile se déroule, il no la lâche pas. Le Républicain, de son côté, la tire à lui avec force; le Royaliste en profite, il en fait un moyen de salut, et parvient, en appuyant ses pieds contre les murs« à atteindre le bord du grand puits. Un seul pas de plus, et il va être sauvé. Un soldat bleu s'en aperçoit : d'un coup de sabre, il lui coupe le poignet, et le malheureux Vendéen retombe mutile et mourant. »
Bientôt les cris s'étouffèrent peu à peu... La moitié des victimes était noyée, Tautro moitié fut écrasée à coups de pierres. Quelque temps encore ou vit des tcles et des bras s*agiter dans l'ombre... Puis on ne vit plus