CHAPITRE QUINZIÈME
ritfo... on n'cutendii plus rien... L'abime était hermétiquement fermé !.,.
Les témoins de cette infamie assurent, toutefois, que pendant cinq ou six jours, on entendit de Clisson la terre gémir sous les murs du vieux château.
Aujourd'hui, le grand puits est entièrement comblé; un bel arbre y plonge ses racines et y développe son feuillage.
Le père Vendengeon, d*Izernay, était connu des Bleus par sa cliarilé, non moins que par son courage. Il n*en fut pas moins arrêté et conduit à Chollet, pour y être jugé, c* est-à-dire, condamné. Sa fille aînée le suit jusqu'à son cachot, et, arrachée violemment de ses bras, passe les jours et les nuits devant la porte. — On lui promet le salut de son père, si elle veut aller à la messe de Tintrus. Elle feint l'hésitation, et demande h consulter le captif... Mais, une fois enfermée avec lui, elle déclare qu'elle ne le quittera plus! Pendant un mois, la corde au cou, sur une paille fétide, elle soigne et console le vieillard, dont une lourde chaîne broyait les membres. Elle passe des heures entières a soulever cette chaîne avec ses faibles mains. Enfin, Vendengcon redevient libre, à condition de ne plus cacher de nobles ni de prêtres. Toute la paroisse d'Izernay accourt audevant de lui... On le conjure, au nom de ses forces épuisées, de se tenir tranquille en sa chaumière... «Mes amis, répond-il, la foi ne suffit pas; le bon Dieu veut des œuvres... » Il se couche le soir, et dort quelques heures ; mais, au milieu delà nuit, il se lève et réveille sa fille, a Mon enfant, allons visiter nos bons prêtres à la Challoire... Ils ont tant pleuré depuis mon arrestation, qu'il faut les consoler au plus tôt. — Mais, mon père, vos jambes ne peuvent vous soutenir. — Dieu me soutiendra... — Mais si les Bleus le savent? — Eh bien, nous mourrons, et nous irons en paradis. » Le vieillard et la jeune fille allèrent à la Challoire, et, le surlendemain, Vendcngeon était fusillé... N'est-ce pas là une page des actes des martyrs ?
Quelques semaines plus tard, dix-sept prisonniers bleus furent amenés au presbytère d'Izernay. « Tuons-les! tuons-les! criaient les enfants et les femmes; ce sont eux qui ont tué nos parents, nos frères et nos maris...» (Ceci avait lieu pendant que la grande armée s'avançait sur Laval.) Et le« prisonniers allaient mourir en effet, lorsqu'un paysan accourut à leur défense : « La vie de ces hommes est sacrée, dit-il, vous ne les frapperez qu'après moi ! » Et tirant son sabre, il se pose devant la porte, seul contre tout le monde. — Or ce brave paysan était Jacques Yendengeon, dit le Sabreur^ et ceux qu'il sauvait étaient les assassins de son père. — Un tel exemple désarma les habitants d'Izernay, qui revinrent avec Jacques apporter du pain et des vêtements aux prisonniers.
Quelques dignes Républicains rendaient la pareille à tant d'héroïsme... Mais la plupart y répondaient en attachant n leurs chapeaux, et en clouant
4tfi BRETAGNE ET VENDEE.
sur leurs teiilos des oreilles et des langues de Vendéens, — mises a prix par certains représentants du |)euple.
D*autrcs, comme nous le verrons bientôt, portaient des enfants et des têtes d'hommes au bout de leurs baïonnettes.
Retournons maintenant sur la rive droite.
Le passage de la Loire avait dérouté les beaux plans d'extermination formés par la République. N'osant braver l'artillerie royale, braquée à Varades, Reaupuy s'était dirigé sur Angers, et Léchellc vers la Bretagne.
N'oublions pas, à ce propos, comme l'ont fait tous nos prédécesseurs, de citer ici le véritable sauveur de cette artillerie royale, au milieu de la confusion du passage d'Ancenis. Ce fut un jeune et brave officier de Bonchamps, M. Le Grand de La Liraye. Investi, par son courage et par son sang*froid, comme cela arrivait si souvent dans la guerre vendéenne, du commandement passager de cette armée sans général, il arrêta le torrent qui allait abandonner tout le matériel de l'expédition, fit placer sur les premiers bateaux, la Mane- Jeanne^ la Marie- Antoinette, le Butor y ces pièces de canon avec leurs accessoires, et les conduisit, de sa personne, à l'autre rive, défendant à qui que ce fût de les y devancer, sous les peines les plus sévères. H repoussa jusqu'aux supplications d'un vieux comte de Barrin, ami de son père, qui faisait valoir sa faiblesse et ses cheveux blancs...
M. Le Grand , que nous retrouverons ailleurs , doit figurer au rang de ces géants modeslcs, si indignement oubliés par les historiens de la Vendée ; — hommes de dévouement pur, qui n'aspiraient qu'à faire leur devoir; toujours les premiers au péril et les derniers au butin; satisfaits du témoignage intime de leur conscience, et glorieux de quelque pension de retraite et d'une croix de Saint -Louis, appareil tardif posé sur leurs blessures, seul rayon de gloire au milieu de leur obscurité... ^ Mais tandis qu'ils se taisent obstinément sur leurs mérites, il faut entendre la voix du peuple les exalter, autour des humbles manoirs où leurs jours s'achèvent dans les bonnes œuvres! Heureux l'historien dont la parole loyale sert d'écho à cette voix du peuple, — laquelle alors, du moins, est bien réellement la voix de Dieu.
Le rôle capital de M. Le Grand, dans le passage de la Loire, lui ouvrit le conseil des chefs, à Anccnis. Ce fut la première et la dernière fois qu'il y
1 Toulc la ratuilludc M. Le Grand paya sa detle, eu 1793, à la religion et à la liberté. Deux de ses sœurs montèrenl à Téchafaud. La troisième Tut assassinée dans son lit, à Anoenis. Kiifin, sou i'rcre, Auguste Le Grand, mourut en brave, ré|jée â la ni'iin, dans l'armée de Stoflet. — Que de gloire» et de dévouements pareils à tirer de l'oubli par les historiens de la Vcudée I