CHAPITRE SEIZIÈME
dans l'église de Bazoges; pour être restées paisibles chez elles lorsque les Brigands occupaient la commune, etc., etc. » (Nous copions le texte du jugement.) Enfin, la mort de Robespierre est venue sauver les deux nobles galériennes, avec tant d'autres victimes de la Terreur. Brer, mademoiselle Sophie de Sapinaud et mademoiselle de Lézardièrc reviennent à Nantes, d'où le général les fait reconduire en sûreté dans leur pays. Là, elles vivent jusqu'à la paix (touchante solidarité) du surplus de leurs anciens fermages que les paysans leur apportent chaque année, après a voir soldé les nouveaux prix aux acquéreurs républicains.
Et M. Tison, que devint-il ? Il fut sans doute victime de sa générosité, car la famille Sapinaud n'a pu retrouver de ses nouvelles, ni lui témoigner sa reconnaissance autrement que par des prières, et par la publicité qu'elle nous a chargé de donner à son nom ^
1 C'est M. le comte de Quitrebarbes, l'éloquent historien d*«iw Commune joim la Ttrnur, qui nous rscontert le# malheura de mesdames fioguais « — Surprises par la déroute du Man^i, romme mesdemoiselles de Sapinaud, mesdames Goorreau, de Jonchère et Boguais, s'étaient jetée* dans la première coar qu'elles avaient rencontrée. Une étable abandonnée leur avait servi d'asile comme aux plus pauvres Briifande§ ; et tel était leur accablement, que, malgré cette position liorrible, elles avaient pu goûter après leur prière un instant de sommeil.
ht jour commençait à paraître, jour d'hiver sombre et sans soleil, sembhiblcà la lueur de la lampe du sépulcre. Une clarté incertaine perçait à peine un épais brouillard qui pesait sur hi ville comme un immense lineeul. 11 n'était traversé que par les éclairs lanoés des batteries ennemies. Une pluie glaciale tombait par torrents : on eôt dit que le ciel voilait sa liunière pour ne pas échiirer ce grand deuil de l'humanité.
Dans ce jour de sanglante mémoire, l'hospitalité était un acte de vertu dont peu de personnes se sentaient le courage. Des menaces cruelles avaient forcé madame Gourreau d'abandonner sa retraite. EUe errait au hasard dans les rues du Mans, sans oser demander la route suivie par l'armée vendéenne. Madame de Jonchère l'accompagnait avec madame Boguais et ses trois tilles ; elle donnait le bras à ratnée,dont les traits altérés retraçaient les soulTrances d'une longue mabdie. Après avoir longtemps cberclié à sortir de la ville, elles se confièrent enfin à une femme qui venait d'entr'ouvrir la porte de sa maison. € Suives cette rue, répondit-elle, bientôt vous seras dans la campagne I » Elle les trompait, la malheureuse... Quelques instants après, elles tombaient au pouvoir de soldats furieux.
Ils étaient commandés par le général Savary. Cet officier, ému de compassion à la vue de ces douleurs de wèr« et de tant de jeunesse et de beauté, se jette entre les soldats et leurs prisonnières, il écarte les baïonnettes qui menaçaient leurs vies. < Camarades, s'écrie-t-il , il est indigne de vous de tremper voa armes dans le sang de ces Brigandes. Si elles sont coupables, c'est au bourreau seul à en faire justice. Conduise>-les à la^ prison, et songes que vous répondes de leurs têtes. »
Ils obéissent en frémissant. Mais aux cris de l'un d'eux qui avait saisi sur madame Gourreau quelques pièces d'or, phisieurs se retournent et se disputent leur victime : < 0 ma mère, dit madame de Jonchère, vous ne mourres pas seule, votre fille vous suivra. » Elle s'arrache dea bras de madame Boguais, qui veut en vain la retenir, et se précipite au milieu des soldats. Un médaillon qu'elle portait toiyours, le portrait de son pins jeune frère, alors soldat de l'armée de Condé, s'échappe de son cou. < C'est la (enune du général des Brigands 1 répètent ces misérables. Mort aux ennemis de la République ! » Ib n'avaient pas achevé, qu'une détonation suivie d'imprécations et de blasphèmes sppro- ■ait k madame Boguais le sort de ses amies. Elle traversait alors b grande place, remplie de malheureuses Vendéennes que l'on fusillait sous les yeux des commissaires de la Convention. En vain ces infortunées serraient leurs rangs dans l'espoir d'éviter la mort: dea bourreaux inlatigableft écartaient les cadavres pour égorger tout ce qui respirait encore.
Ltê angoisses de ce trajet se terminèrent k la prison. C'était un ancien couvent où l'on avait jeté plusieurs milliers de Vendéens. Au commencement d'un hiver rigoureux, è peine quelques botter
L'hisloirc de mademoiselle Angélique des Melliers est peut-être encore plus touchante.
Celte jeune personne avait été séparée de sa inère et de sa sœur pendant la bataille du Mans. Elle fut arrêtée par des soldats, qui heureusement avaient du cœur. Ils résolurent de la sauver, et la ramenèrent au général Marceau. H fallut pour cela traverser une seconde fois la ville, inondée de
de paille couvraient Tliuinidc pavé. Un vent glacial pénétrait & travers les feoètres brisées; et ce n'était qu'en se pressant les ans contre les antres que les détenus conservaient un reste de cbaleur. Chaque jour, ils avaient & supporter, les insultes de leurs geôliers et les interrogatoires do comité révolutionnaire. Une bande de dénonciateurs étaient accourus des villes voisines, pour savoir s'il n*y avait pas dans la foule un parent ou un ancien ami à envoyer à la mort. Tous les matins, la porte s'ouvrait pour laisser ]»asser un certain nombre de prisonniers. Ils ét;iicnt remplacés bientôt par d'autres qui ne tardaient pas à subir le môme sort.
Quinze jours s'étaient passés dans cette afTreuse attente, lorsqu'un événement imprévu vint Caire briller un rayon d'espérance. Parmi lus ofTiciers républicains restés au Mans, il en était plusieurs dont l'humanité égalait le courage. Un d'eux, M. de Fromcntal, issu d'une famille distinguée du Limousin, obtint la faveur de pénétrer dans les prisons. 11 avait juré de dérober au bourreau quelques victimes, dùt-il lui en coûter la vie. Troublé jusqu'au fond de l'âme & la vue de mademoiselle Kublie Boguais qui se promenait avec sa jeune sœur; touché de la grâce et de la sérénité de ses traits, il s'approche d'elle, et lui adressant b parole : « N'avex-vous ici, mademoiselle, ni parent m protecteur? — J'di ma mère et deux sceurs, répondit Eulalie. — ic voudrais leur parler sans être entendu, » ajouta-t-il à voix basse.
Ce langage inaccoutumé, ce peu de mots prononcés d'un Ion de voix plein de compassion et de douceur, remplirent Eulalie d'étonnemenl. Elle leva timidement ses grands yeux bleus sur la noble ligure de l'étranger, et le surprit cherchant & cacher des larmes involontaires. « Monsieur, lui ditelle, je crois que votre pitié n'est pas feinte, suivex-moi : voici la chambre de ma mère. »
Accablée sous le poids de ses peines, madame Boguais était .couchée dans un coin de la prison. Une 6èvrc hïnte la consumait, ses forces l'avaient abandonnée; elle ne les retrouvait que pour inspirer son courage à ses enfants lorsqu'elle croyait marcher avec eux au supplice. Dans ce moment, des pensées déchirantes remplissaient son cœur. Si Dieu demandait i elle seule le sacrifice de la vie, qu'allaient devenir ses pauvres filles? Qui les protégerait? qui remplacerait ses conseils? reverraicnlelles jamais leur pi*re sur la terre de l'exil ? étaicul-eilcs destinées à passer leur vie dans une obscure prison, ou, choi^e plus horrible encore ! à mendier la liberté et l'attendre dîi caprice de leurs bourreaux ? Arrachée à sa rêverie par un baiser de sa iillc, elle ne put s'empêcher de tressaillir en voyant devant elle un oflicier républicain.
<i Madame, lui dit M. de Fromcntal, je vous suis malheureusement inconnu, et je tremble de ne vous inspirer aucune confiance Venu ici dans T intention de délivrer des prisonniers, un hasard que je bénis ni's conduit près de vous. Je sais que la nuit prochaine tous les détenus «te celle prison doivent être massacrés. Le geôlier m'est connu, it est accessible à l'or, je tenterai pour vous et vos enfants tout ce qu'il est donné de faire A un homme de cœur. » Sans attendre de réponse, il s'éloigne aussitôt.
Les ténèbres et le silence avaient remplacé dans la prison l'agitation du jour. Déjà le sommeil versait sur le plus grand nombre l'oubli des souffrances et des peines. Couchées aux pieds de leur ntèrc. la tête sur ses genoux, mesdemoiselles Boguais unissaient leurs prièn.'s aux siennes, lorsque le geôlier leur lit signe de se lever sans bruit. Il les fit entrer dans un caveau dérobé qui touchait à sa chambre, en leur recommandant le silence le plus absolu. A pcitic y étaient -elles enfermées, qu'un mouvement inusité à pareille heure se lit entendre dans l'intérieur des cours. Des menaces, des cris de sang, des jurements elTroyables se mêlaient au bruit confus de la foule et aux gémisscmeiitâ étouffés des victimes. Une troupe ivre de meurtre était accourue réclamer sa proie. Elle avait envahi la prison pour vojr si quelques détenus s'étaient soustraits à sa rage.
Il y eut alors plusieurs heures d'un .épouvantable tumulte. Partout retentissaient les cns de ces forcenés. Ils parcoururent les salles, fouillèrent en tout sens le vieux bâtiment ; et quand enfin ils se crurent assurée que personne ne manquait au «icriiico, ils descendirent dans la rue, chassant devant
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sang et encombrée de cadavres... Au premier coup d'œii, ie général et la jeune fille se comprirent. Tous deux, jeunes, beaux, magnanimes, ils eurent une égale confiance Tun dans Tautrc. Marceau accueille la prisonnière avec bonté» la place auprès de lui dans son cabriolet, et Jui demande où elle désire être conduite. — A Laval, répond-elle; j'espère y retrouver ma mère. Ils arrivent à Laval, mais madame des Melliers n'y est plus...
eux les priiWiliiiiers enchaînés deux i deux. Longtemps encore leurs flots grondèrent ; de l'obscur réduit où elles étaient réfugiées, mesdames Boguais les écoutèrent avec terreur; ils expirèrent peu à peu, semblables aux vagues qui se brisent sur des récifs lointains. Puis on entendit tout d'un roup comme un ruulement de taaibours et le sourd murmure de l'orage ou d'une fusillade éloignée . et tout rentra dans le silence accouluoié.
Un soupirail étroit, seule ouverture par où l'air put pénétrer, laissait tomber en ce municnl la première lueur du jour. Elle éclaira deux nouveaux visages, deux autres compagne;* de captivité qui devaient, elles aussi, leur salut au geôlier. C'étaient madame d'Aubeterre, abbesse du Ronccray, et une de ses religieuses. Entrées les premières au fond du cachot, elles avaient passé la nuit ft prier Dieu, immobiles comme ces >tatue8 de marbre que la piélé de nos pères sculptait igenouilléio et les mains jointes sur la pierre de la tombe.
L'horrible vide laissé par la mort fut bientôt comblé. Dès le jour suivant, la prison était remplie. Madame Boguais et une de ses filles furent reconnues et nommées par le sieur P. . . . il les inscrivit lui-même sur le registre de la geôle. Cette fatale circonstance faillit détruire les espérances de M. de Fromental et déjouer tous ses projets.
Depuis le jour où pour b première fois il avait parlé k madame Boguais, cet homme généreux avait pris la résolution de la sauver ou de périr. Il s'était mis immédiatement en rapport avec le geôlier, être stupide et vénal dont les moindres services étaient achetés au poids de l'or. Vainement il l'avait pressé de favoriser l'évasion de ses prisonnières pendant la terrible nuit que nous venons de retracer. Ce misérable, incapable d'une action courageuse, voulait se mettre à prix, en prolongeant indéfiniment cette cruelle captivité.
Cependant, à force de prières et de promesses, M. de Fromental croyait pouvoir tompter sur lui. Il u'aUendait plus qu'une occasion favorable, lorsque le geôlier vint subitement lui déchirer qu'il avait changé de résolution. Rien ne parut vaincre la frayeur de cette ème de bouo. A toutes les instances il répondait qu'il n'exposerait pas sa vie pour tirer de péril la femme d'un éniigrv .
« Scélérat! s'écrie M. de Fromental hors de lui, je sais que tu as déjà vendu la liberté de plusieurs prisonniera, j'en ai les preuves; cl il dépend de moi de te faire couper la tétc. Écoute-moi donc si tu tiens i vivre. Madame Boguais et une seule de ses filles sont inscrites sur ton fatal registre. Tu peux, sans te compromettre, fermer les yeux sur la fuite des deux autres. Si l'on te demande ce qu'elles sont devenues, tu diras qu'elles sont mortes; tu le diras, et l'on te croira , car tous les jours le bourreau prend ici au hasard et sans compter. Choisis donc entre cet or et l'échâibud. — Je veux davantage, reprit le geôlier d'un ton calme et sans bisser paraître la moindre émotion sur son visage. — Eh bien , soit : tu auras le double, mais cette nuit même je frapperai A ta |iortc. Malheur à toi, »i tu ne me remets les deux prisonnières I — Elles seront libres, » dit le geôlier, en se retirant.
Un billet de quelques lignes instruisit madame Boguais de ce projet. Au premier sentiment de joie qu'inspira sa lecture succéda bientôt un grand serrement de casur. Quoiqu'elle dût ki vie a M. de Fromental, devait-elle lut confier ce qu'elle avait de plus cher au monde! pouvait-elle d'Un autre côté rejeter sans effroi cette seule espérance de salut. En proie i une perplexité déchirante, elle resta longtemps immobile et silencieuse, plongée dans un abîme de douleun.
t Mes chera enfants, dit-elle enfin a ses trois filles, d'une voix étouflce par les sanglots, nous allouii nous séparer. Cette nuit, deux de vous vont recouvrer leur liberté I Ou me demande de les désigner, c'est au-dessus des foi-ces d'une mère. — Jamais, jamais nous ne vous quitterons, répondent mesdemoiselles Boguais, en la baignant de leura larmes. — Je suis l'ainée, interrompt Rosalie, c'est à moi de rester auprès de vous. — 0 ma sœur, que dis -tu là^ crois-tu que nous te laisserons le sacrifiera notre place? Que devenir d'ailleurs, où aller uinn abandonnées A b merci ifun inconnu? Ah ! raille fois plutôt mourir! — Mes bien-aimées, reprend lu mère, le ciel veillera sur vous, il ne
492 BIIETAGNE ET VENDÉE.
Marceau devient alors, non plus un guide re8pectueui,mai8 un père tendre et empressé pour Angélique... Il lui rend l'espérance et le courage, la comble de soins minutieux, et la confie à îles hôtes i|ui sauront la garder et la choyer Comme lui-même .. Quelque temps se passe, Marceau retient à Laval , et court chez mademoiselle des Melliers. Kli*ber, qui était avec lui, s'écrie dans ses mémoires : « On ne vit jamais de femme ni plus jolie, ni mieux faîte, et sous tous les rapports plus intéressante. Elle avait à peine dix*huit ans, et se disait de Monlfaueon.» Marceau quitte Angélique,
retirent iias li inaio qui jiuiqa'ici tous a aoateimeé. Metlei en lui T«lrc coiifiaooe, et reœvei luule» les bénédiciious que k priiNre d'une oicre mouranle penl Taire descendre sur 1» léte de ses enfants. »
Le jour s'écoula dans ce débat soblinn; de dévouemeal et d'anonr. lia nuit vint , et rien n*était encore di^:idé, lorsque Tarriiéu du geôlier mil fin • cette cruelle incertitude. Saisi^^sant par le bns mesdemoiselles Eulalie et Céleste Boguais, il les entraîna dans une chambre Ikissc ; cl, afirès mille précautions, leur ourrit la porte d'un jardin qui donnait sur la nie.
M. de Fromcotal les y attendait ; il les fit monter dans un caisson couvert oà étaient ses bagages: et lorsque le jour parut, un soldsil dévoué conduisait le chariot sur la route d'Angers, au milieu d'une longue file de voitures. Ce convoi élait destiné aux troupes de Chêtcaubriant. A Nort, M. de Fromental, qui l'avait accompagné jusquc-la, fut obligé de se rendre A Nantes. Il donna ses inslmctions à son fidèle serviteur, lui remit quelque argent et une lettre pour une dame respectable de Châleanbriant, qui avait offert sa maison aui jeunes prisonnières.
Elles touchaient au terme de leurs fatigues, lorsque la mort les sépara pour toujours. Les disgiins et l'inquiétude avaient rendu malade la pauvre Céleste dès Li première journée du voyage. Forci'e. pour sa sAreté et celle de sa sœur, de rester étroitement enfermée sans pouvoir prcudre l'air, elle arriva à Noiay dans un tel état de souffrances, qu'il lui fut impossible de continuer sa route La nuit même elle expira au milieu d'horribles douleurs.
Ln mystère de sang, dont le temps n'a point soulevé le voile, enviroiuia relte agonie de qoelqnes heures. Ëulalle et son gukle, ses uniques témoins, crurent reconnaHre la présence du poison dans une polîon calmante. Leurs soupçons tombèrent sur un misérable qui avait surpris leur secret, ol qui plus tard se déroba par la fuite à la vengeance de M. de Fromcntal.
Une touchante hospitalité attendait à Ghâteaubriant mademoiselle Boguais. Klle y rétablit sa santé que tant de secousses avaient prolbndémcnt altérée. C'est dans cette ville qu'elle apprit la mort de sa mère, enlevée par le typhus dans les prisons du Mans. Elle voulut alors revenir à Angers, aupn*s de sa jeune scBur, mais la cpaiute de la coinpromettre inutilement, ainsi que sa grand'mère, lai fil itjounier son retour.
M. de Fromcntal venait de lui avouer les sentiments qui remplissaient son cœur. Dans son exquise délicatesse, il voubit plus qu'un consentement dérobé A la reconnaiasaiicc ; d^à il avait obtenu celui de la grand'mère d'EuUlic ; UQC lettre de M. Boguais, écrite du fond do l'Allemagne, lui avait apporté tous les remerciments et les bénédictions d'un pèra.
I^ mariage fut célébré A Ghâteaubriant. M. de Fromcntal obtint un congé qui lui permit de confluire sa jeune femme en lorraine et de lui faire connaître sa nouvelle famille. Lo désir de délivrer u bdlc-^aœur, mademoiselle Rosalie Qoguais, le rappela au Mans. Elle était sortie do prison, grâce aux ooilirageuscs récbmations d'une femme généreuse, madame Lcgris de Ia Pommcriyc. dont plu* sieurs Veudéennes conservent le souvenir. Un excellent homme, M. Anioult, lui procura un pssc* port au péril de pa yic, et l'accompagna lui-même jusqu'à Nancy, où elle retrouva sa sœur.
Telle est la U>u<:hante liiftotre de madame Fromcntal. Je l'ai racontée duns tous ses détails, parce qu'elle m'a paru parliiitcment belle, et que j'ai voulu rétablir la vérité ^vê fiiits dénatuivs danic |ilusicurs ouvrages, et surtout dans les mémoires du général Savary. Une reconnaissance et un amour sans borne» furent voués à M. de Fromcntal dans tonte la famille Boguais Quant A lui, il continua de se montrer le meilleur et le plus généreux des hommes. Il assura dans l'exil l'cxBicncc de son bcau-pèi'c, et racheta pour la lui rendre une partie de sa foilutie. Nort sans enfants après cinq année» ^l'iltic lieurcusc union, il fut pleuré comme l'anii, le bienfaiteur et le père le plus lendreilicul aimé. i>
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plus ému que la première fois, et lui fait promettre de l'informer de tout ce qui lui arrivera...
Après un séjour assez prolongé chez ses hôtes, Angélique leur annonce tout à coup qu'elle va les quitter. Ils Taimaient déjà, ils cherchent à la retenir.— Je ne puis rester chez vous sans vous perdre, leur répond la jeune personne. C'est à moi de mourir, et non pas à vous. En même temps, elle leur montre le décret qui punit de mort quiconque recèlera un aristocrate ou un Royaliste. — Je suis noble et royaliste. Adieu ! — Et clic va tout droit se dénoncer à la justice... Elle se recommande, il est vrai, du nom glorieux de Marceau, mais cela n'empêche pas les portes de la prison de se refermer sur elle.
« C'est de là, dit M. Crétineau, qu'elle adresse à une de ses parentes qui habitait la ville de Nantes une lettre pleine de douceur et de résignation, dont nous ne tirons que le passage relatif au général Marceau. Cette lettre est datée du 9 nivôse an 11 de la République : «Vous savez, mande-t-clle à sa tante, qu'au Mans, l'armée républicaine a obtenu une victoire complète. J'ai eu le malheur affreux d'être séparée de ma famille dans cette horrible déroute. Je désirais la mort, et je n'ai trouvé que de la pitié parmi les troupes républicaines. J'ai été sauvée par le général Marceau, qui m'a traitée non-seulement avec humanité, mais encore ai-je à me louer de son honnêteté' et de sa générosité. »
Marceau n'était plus alors en Vendée... Il s'illustrait sur la frontière, et pensait toujours à Angélique... Rientôtil reçoit d'elle une lettre qui ravive encore ses souvenirs... Suivant sa promesse, elle lui annonce sa captivité à Laval... C'était l'appeler une seconde fois à son secours. Marceau, chez qui son image est devenue sans doute celle de l'épouse rêvée, quitte tout pour voler en France... 11 traverse Paris, arrache au comité de Salut Public l'ordre de surseoir à l'exécution de la ci-devant Angélique des Mclliers, et s'élance vers Laval au galop des chevaux de poste... 11 arrive... il court... Une foule hideuse l'arrête sur la grande place... il en écarte les flots... Que voit*il7 l'échafaud dressé devant lui ! sut* l'écbafaud un corps sanglant, dans la main du bourreau une tête... une tête de femme qu'il tient par ses longs cheveux... la tête de mademoiselle des Molliers! —
La douleur de Marceau fut telle... qu'on instruisit contre lui, et qu'on l'eût condamné pour avoir pleuré une aristocrate, si la pudeur de Rourbotte n'eût arrêté les poursuites... Le général regagna désespéré la frontière, où il trouva, comme on sait, une mort glorieuse.
Encore un nom d'héroine à citer avec honneur : c'est celui de mademoiselle de Bordigné. Elle s'exposa la première aux maladies pcslilentielles qui décimaient à la Mission les trois mille prisonniers vendéens, et elle les combla de soins si assidus et si généreux, qu'atteinte de la contagion, ellp en mourut au bout de vingt jours.
4»4 BIIKTAUNE ET VEKUÉE.
Arrivé à Lav^l avec un rc-Bic il'armée qui semble un ranvoi funèbre. La RoGheja<|ue)eiu ne songe plue qu'à rccouduirc ces infortunés tlans leurs chaumières... si leurs chaumières eiistent encore!... il place les femmes et les blessés au centre, ceux qui ne |>euvcnt marcher sont portés par les autres... Et cette hécatombe humaine s'avance, jour et nuit, sous la pluie glacée de l'hiver, et sous l'épée insatiable de Wcstermann Le 16 décembre, elle est en face de la Loire. . Mais aucun moyen de passage! quelques malheureux s'attachent à <le8 |)QUtres, et périssent engloutis ou fusillés D'autres s'élancent à la nage et sont massacrés en gagnant le bord. La Uochejaqueleîn et Stofflet vont chercher des toues sur l'autre rive, mais assaillis par les Bleus, ils ne peuvent repasser le Qcuve ! Les voilà séparés de l'armée, qui les croit morls ou captifs... Des espions promettent la vie à ceux qui rendront les armes... et Carrier les fail fusiller i mesure qu'ils arrivent à Nantes... Une scission grave s'opère à Mort... Les unssejeltenldans la forêt du Gàvre, avec Sapinaud. Forestier, etc. ; les autres nomment Fleuriotgénéral en chef, au grand chagrin de Talmont. qui les abaiidoime.
La rivalitéjuSquedansla ruinn!
EnGn. quelques milliers de braves exténués, à demi nus, les uns vêtus de robes, les autres coiffés de turbans, ceux-ci enveloppes d'un rideau. — commandés par Marigny, Piron , Deseasarts , Donnissan .
Lyrol. Beau voiliers, Tinguy, l'abbé Bernier. etc., s'arrêtent à Savcnny, leurdernier refuge, au milieu d'un cercle de feu Iracé par Marceau, Kléher.
Westermaon , Beaupuy, Canuel, Savary, et toutes les forces républicaines. (25 décembre 1795.)
C'était le jour suprême de la grande Vendée ; il ne fut
L'.MH'»^». " pas le moins glorieux... Le
combat s'ouvre dans la boue, sous une pluie qui traversait les pores. Les Blancs chargent les premiers, avec (anl de fureur, que l'avant-
llNAl'irnE SKIZIËMF.. 4U
(partie bleue recule. Klébcr arcoiirl et la ramène iiii fcii. ~ (lénéral, nous n'aTons plus de carlouchrit. •-<' Eh bien, écrasez l'ennonii à coups de crosse... Les Vendéens sont bJcnlAt écrasés en crTef. Lo nombre seul des Républicains cAtsufR pour cela. Mais il faut voir les derniers géants vendre leur vie! Marigny revient qiialre fois à la charge et intimide la mort elle-même. Ses collègues l'imitcnl de loulos paris. Fleuriot cède enfin ei gagne les rorêls voisines, à travers les carions et les fusils, les morts et les mourants; Marigny. Piron et Lyrot voulaient absolument mourir. Ils rentrent dans Savenay face à face avec Kléber. Les deux derniers tombent percés de vingt coups ; Lyrot expire avec son beau cheval blanc, si connu des deux armées... Marigny fait mieux que de périr, il assure le salut des autres. Avec deux canons pointés sur la route de Guérande, il arrache aux Bleus le torrent des femmes, des enfants et des blessés. Puis il bat en retraite le dernier, avec Mondyon, Donnissnn et Uesessarls.
L'armée vendéenne était dispersée sans retour. Il ne restait plus qu'à l'exterminer en détail. C'était l'alTairc de Westermann cl de Carrier. . ils s'en acquittèrent parfailcmenl.
Madame de La Rochejaquelein va nous donner une idée de ces dernières terreurs et de ces misères suprêmes. . .
« J'èlaîs vêtue en paysanne, ditelle; J'avais sur la télé un capuchon de laine violet ; j'étais enveloppée d'une vieille couverture de laine et d'un grand morceau de drap bleu rattaché à mon cou par des iiccllcs; je portais trois {taires de bas eii laine rnuge, et des pnntouDes vertes retenues à mes pieds par de petites cordes... Nous entendions, en fuyant, les coups de fusil elle galop des chevaux... Notre conducteur s'arrêtait à chaque instant et disait : Ecoutez l écoutez ! Puis il continuait en répétant : On se bal 1 A chaque pas nous tombions dans des fossés pleins d'eau... A la métairie de Lagrée, paroisse de Prinquiaux, on envoya le pauvre abbé Jagaull travailler avec les hommes. Il était malade, et, comme il avait beaucoup marché nu-pieds, ils élaient tout rn sang... On établit ma inère à
tricoler au coin du feu, dans un coin obscur, et moi, l'on me conduisit à un moulin à vcnl tout à fait isolé... Je m'assis sur un sac, et j'y passai quatre heures... J'entendais le bruit des cheyaux, les coups de fusil et les crid*. Arrêtez les brigands! Tue! tue! Toute la campagne était couverte de fugitifs qu'on massacrait. Les Bleus Tenaient heurter à la porle du moulin, pour demander à boire et à manger. Le meunier répondait qu'il n'avait rien... Puis il me rassurait et cherchait à me consoler... Je retournai à la ferme le soir, et me couchai tout habillée avec ma mère... L'élablc tenait à la maison... Les cornes des bœufs, frappant contre les planches, nous réveillèrent toute la nuit en sursaut... Nous pensions qu'on venait nous prendre .. Le lendemain, je rencontrai deux cavaliers qui me firent crier: — Vive la Réfnibliqiie! D'abord j'eus bien peur; puis je m'aperçus que c'étaient deux Vendéens qui cherchaient à se sauver. Je gardais les bœufs avec une grosse fille armée d'un bâton. — Ne craignez rien, disait-elle, je mourrai à côté de vous... S'il ne vient qu'un Bleu, je Tassommerai ! »
Le dévouement hospitalier des Bretons était naïvement héroïque .Quand les Bleus les soupçonnaient, ils leur coupaient les oreilles, qu'ils portaient à leurs chefs... Un grand nombre furent même fusillés pour avoir sauvé des Vendéens. Leur habitude de cacher les prêtres les rendait aussi habiles qu'intrépides. « Une pauvre petite tille sourde et muette avait compris les dangers des fugitifs, et allait sans cesse les avertir, par ses gestes, du péril qu'ils couraient. Les menaces de la mort, l'argent, rien n'ébranlait la dis^ crétion des plus jeunes enfonts.Les chiens mêmes avaient pris en aversion les soldats, qui les battaient toujours; ils annonçaient leur approche en aboyant, et ont sauvé ainsi bien du monde. Au contraire, ils ne faisaient jamais de bruit quand ils voyaient les pauvres brigands; leurs maîtres leur avaient appris à ne pas les déceler. Il n'y avait pas une chaumière où un fugitif ne pût à toute heure se présenter avec confiance. Si l'on ne pouvait le cacher, on lui donnait au moins à manger, et on le guidait dans aa marche. Aucun de ces services ne s'achetait i prix d'argent; les bonnes gens étaient même ofTenscs quand on leur en offrait. Un jardinier des environs nous croyait si pauvres, que non*seulement il no voulait pas nous vendre ses légumes, mais qu'il offrit à ma mère une aumône d'un écu. Un prêtre voulut aussi un jour lui donner douze francs, tant nous avions l'air misé» rabic. »
M. de .Marigiiy avait entrepris de sauver une petite orpheline, mademoiselle de Rechignevoisin. « Il servait de père à cette enfant abandonnée . et ne la quittait presque jamais. La nuit, il l'enveloppait dans son manteau, et la faisait coucher sur l'affût d'un canon. Après le désastre de Savenay, M. de Marigiiy entra chez un homme de la paroisse de Donges; il le chargea de cacher et de soigner mademoiselle de Rechignevoisin. Il lui donna de l'argent, et lui annonça que s'il arrivait malheur
OUAPITUË SEIZIEME. A\n
h celle jeune personne^ il revieiidrail le lucr. Cet homme clail un Uépublicain, donl le fils élail soldai. Soil erainle des menaces de M. de Marigny, soil plulôl liumanilc, il linl parole, et si bien, que son (ils clanl arrivé dans la maison, peu de moments après, avec un délachemcnl de ses camarades, le père lui pril la main en disant : <c Ta sœur est malade, elle csl couchée là. » Le fils comprit qu'il y avait du mystère; et mademoiselle de Rechignevoisin fut sauvée. Cependanl cet homme ne voulut pas la garder plus longtemps; il l'envoya à Prinquiaux, en lui disant de frapper où elle voudrait, que toute la paroisse était aristocrate. Elle nous y retrouva; elle pril le nom de Rosette, et se mil aussi à garder les moulons; mais nous Tévitions, ajoute madame La Rochcjaquelein ; car son âge el sa légèreté pouvaienl nous perdre à toul instant. M. de Marigny vint s'informer de sa pupille à Prinquiaux. Bien qu'il fût connu dans le pays, el que sa tournure elsa grande laille fussent remarquables, il allait partout audacieusemenl ; il savait parler les patois de tous les villages ; il prenait le coslume el les outils de toutes les professions. Le jour qu'il vint à Prinquiaux , il élail travesti en marchand de volailles. Son courage, son sang-froid , sa force physique , le liraient de tous les dangers. Il enlrail souvent à Nantes, il allait à Savenay , à Ponl-t]hâteau , à Donges. Il avait tout préparé pour faire révolter le pays ; il avait reconnu la force des Républicains; toul son plan élail réglé. Nous ne le détournâmes pas de son projet. Un coup de désespoir, quel qu*il fut, nous semblait raisonnable : aucune circonslance ne pouvait ajouter aux malheurs des Vendéens. »
La veuve de Lescure finit par se cacher dans les bois de la Minaye. M Notre cache n'était pas à deux cents pas du hameau ; il n'y avait pas de feuilles ; le bois était peu fourré. Julien vint nous voir ; ma mère lui dit : « La place esl trop dangereuse: conduisez-nous plus loin. » R ne le voulut pas; il allégua ses six enfants, qui n'avaient que lui pour ressource. <c Eh bien, mon enfant, dit ma mère, à la garde de Dieu ! » Elle fit un bou« quel de jonquilles sauvages, le mil à mon corset : « Tiens, dit-elle, ce sera un jour de fête. J'ai idée que la Providence nous sauvera aujourd'hui. » L'impression que produisirent sur moi ces jonquilles me fait encore tressaillir chaque fois que j'en vois. Nous reprimes courage, el nous nous mimes à marcher à travers les champs, fuyant les chemins battus, traversant les haies d'épines et les fossés pleins d'eau. Nous entendions les cris des Bleus el les coups de fusil : on fouillait le bois que nous venions de quitter. Quand nos forces furent épuisées, nous nous arrêtâmes dans un champ d'ajoncs ; nous nous assîmes dos à dos, pour nous soutenir, et restâmes là plusieurs heures, sans savoir que devenir, mourant de faim et de froid. Enfin nous vimes paraître Marianne, qui nous apportait la soupe dans un pot. Elle avail su ce qui se passait à la Minaye : elle y avait couru, el, après avoir parlé à Julien, elle avail suivi noire trace. Elle nous ramena
chez elle : nous en éiiona assez loin. En arrivant, je me jetai sur un lit, où je m'endormis; et dans ce moment, il parut dans le village deux cents volontaires. Ma mère n'eut que le temps de s'écrier : « Sauvez ma fille, dites qu'elle est la vôtre! »et sortit dans le jardin, croyant bien y être prise. Les Bleus, heureusement, n'eurent pas l'idée de fouiller : ils faisaient une promenade; quelques-uns burent du lait, et tous s'en allèrent sans que je fusse réveillée. »
Ou sait que la noble femme était grosse. Ses couches approchaient. On imagina de la marier civilement à un paysan, pour assurer son repos; mais cet étrange projet ne put se réaliser... « Un jour, comme j'étais sur un lit, chez Cyprien, charron, un patriote de Donges vint frapper à la porte... Cyprien me dit de sortir par la pof le du jardin. Je ne me levai pas assez vite. Le patriote entra. Je restai immobile, assise sur mes talons, au pied du lit, derrière les rideaux à moitié ouverts. Je passai ainsi une demiheure sans oser respirer : une sueur froide m'inondait , et je souffrais cruellement. Le 19 avril, nous couchâmes dehors... nous nous mimes dans un sillon: il pleuvait: cependant je m'endormis... Le lendemain, mes douleurs devinrent si violentes, que ma mère s'élança eu criant au secours, et tomba sans connaissance... Je ne demandais pas mieux que de mourir... J'accouchai. d'une fille, sans aucun secours, et, un instant après, d*une secondefillc. Onhabillaces petites avec quelques haillons... Une cousine de Marianne se chargea de les nourrir : ils avaient été refusés de porte en porte. Trois jours après, un prêtre vint les baptiser... On écrivit les actes de baptême sur quatre assiettes d'étain, avec un clou; puis on enterra les assiettes... Douze jours après, la fille de mon hôte me cria, sans préparation : — Votre fille du Bois-Divet est morte ! Je répondis : — Elle est plus heureuse que moi. El cependant je me mis à pleurer.
c< Depuis que je me cachais, je m'efforçais de donner à mes mains une couleur moins blanche, de peur qu'elles ne me fissent reconnaître; je les frottais souvent avec de la terre; et, quelques jours auparavant, pour mieux réussir, j*avais essayé d'une teinture qui les avait noircies d*un façon bizarre, plus capable de me trahir que leur couleur naturelle. » La comédie, qui se niche partout, venait faire diversion à tant desoulTrances.ccNous vîmes plusieurs fois, à cette époque, un habitant de Nantes, qui était hors la loi et réduit à se cacher : il se nommait M. de I^ Bréjolière. C'était un forl aimable vieillard. 11 avait voulu se déguiser en paysan ; mais il portait sous cet habit du linge fin, des manchettes , une montre et dés odeurs. Il faisait de jolis vers de société, et y attachait tant d'importance, qu'un jour qu*il répétait une épitre à ma mère , on vint avertir que les Bleus arrivaient! Le pauvre M. de La Bréjolière ne pouvait se décider à s'en aller sans finir son épitre, et il continuait à la réciter en se retirant. Il nous .irriva une autre aventure assez plaisante. Un des déserteurs cachés au