CHAPITRE SEIZIEME
Dréncuf, ne se doulaiit pas qui j'étais, devint amoureux de moi. Il était riche paysan, et voulait faire la fortune d'une pauvre Brigande. J'écoutais fort tranquillement ses déclarations, et j'observais la singulière façon dont les gens de la campagne parlent d'amour. Un jour pourtant, il voulut m'embrasser. J'oubliai mon rôle , et lui dis, comme j'aurais pu faire une autre fois : « Jacques, vous êtes ivre. » Le pauvre garçon fut tout interdit de l'air que je pris, et il fut deux jours sans oser me regarder. Enfin il me dit que j'étais bien dure au pauvre monde, et qu'on ne l'avait jamais traité comme ça. Nous nous raccommodâmes; et je lui promis de l'écouter tant qu'il voudrait, pourvu qu'il n'essayât pas de m'embrasser. »
Toutes les femmes qui avaient suivi la grande armée eurent le même sort que madame de Lescure. Madame Neveu avait été prise en état de grossesse... On la laisse accoucher en prison, et allaiter deux mois son enfant... puis on la conduit à la guillotine : ainsi avait jugé la commission de Laval. Elle obtient de porter son fils dans ses bras jusqu'au pied de l'échafaud... elle l'embrasse une dernière fois, et se livre à l'exécuteur. — Celui-ci veut lui découvrir le cou, elle refuse : — Vous souffrirez davantage, citoyenne. — J'aime mieux cela. Et elle meurt comme madame Elisabeth.
Madame de La Roche Saint-André voit, de sa prison, ses fils aller au supplice ; elle leur crie, à travers les grilles de fer : — Mourez en Vendéens; mes enfants !
Madame d'Autichamp, déguisée en fille de basse-cour, resta une année entière au service d'un administrateur de district, pour garder les vaches par charité. Elle remplit si bien ces pénibles devoirs, que personne ne soupçonna son secret jusqu'à l'amnistie. Elle se fit alors reconnaître; et son maître lui reprocha, en pleurant, sa discrétion.
M. et madame Morisset, de Chollet, restèrent cinq semaines cachés dans un arbre, aux environs d'Ancenis : ils ne pouvaient s'asseoir que l'un après l'autre. La femme était grosse. A moitié gelée par le froid , elle alla un jour se chauffer chez une vieille métayère. Les Bleus entrèrent aussitôt, et sommèrent la bonne femme de nommer tous les habitants de sa maison: — Elle sera mise en cendres, et chacun y périra, si vous essayez de nous tromper. On juge de l'effroi de madame Morisset ! La fermière pâlit, s'en va dans une autre chambre, et revient, du plus grand sang-froid, dire aux Bleus chaque nom, présentant madame Morisset comme une de ses filles... Les Bleus se retirent contents. — Ah! s'écrie alors madame Morisset, que je me suis crue perdue en voyant votre trouble, et que votre courage m'a étonnée ensuite!... — Ma foi, mon enfant, repart naïvement la bonne femme, il est vrai que j'ai ouvert la bouche pour vous dénoncer. . . mais j'ai couru me jeter à genoux , j'ai dit un Y eux, Creator; et le bon Dieu m'a envoyé du cœur...
Les prêtres continuaient à donner l'exemple de Théroïsme dans le mar-
:.W UnET\li>E ET VENDEE,
l)Tc. Vn paysan (rainait iin vicilhird aveugle sur la roule de Savenaj, et r.irr.icl)ait aux baïonnettes rrpiiblJcaincs. — Quel est cet aveugle? dcmandcrcnl les Bleus. — Mon pauvre père, citoyeDs, un bon palriote comme moi, rcponilil le paysan, — Non, mcssieurs.s'écria le vieillard, je suis l'abbé fiaulcreau. Je ne veux pas devoir la vie .1 un mensonge.
là linil l'hisloirc de la grande guerre, si juslcment nommée. Nous n'ajouterons à l'éloquence des faits que les paroles suivantes du général Beaupiiy, adrcstiées à Merlin (de Thionville), le lendemain de la bataille de Savcnay :
fl Enlin, mon cher Merlin, elle n'est plus, celte armée royale ou catholique. Des troupes qui ont battu de tels Français peuvent se flalter de rottiere tous les peuples de l'Europe, réunis contre un seul. Celte guerre de paysans, de brit/muls, qu'où affectait de regarder comme si méprisable, m'n toujours paru, poitr la République, la grande partie ; et il me semble, à présent, qu'avec nos antres ennemis tiovs ne feronspltis fjtie peloter... ■
hiiapithe dix-septième.
ïiin m VtKorK ' FiKiiiinna — Nnri do Tilrannt — OhiMic (én^nl en dit( di li» rniina. — llivi iH rn — HottdcdT m — I tscoluiiiiu uruv li* — tmvnd psrlnunsirri's— na|ip(irl*anifirl>. ' *n IB A N 1 u l^gn 0 c en pcniam'iire — Fo lidp< — Kn adt-s.— Famiw.— Pr-lc.rlr. - If Iraor llaia cl Ri u >; U y — Derni^n cipU u M norl de Hrnrl de La RwbriiHliKltiii.
ItEAuruT se nattait : la Vendée Il «.(ait pas niorle. et la guerre Il Lhil point (ertnincc ; la République avait encore à écraser «les débris palpiliints.cl à vaincre deux géants dans toute leur Torce Charette et la Chouan-
NEIIIE
Suivons (l'abord jusqu'à la tombe ou jusqu'à l'ccbaraud les derniers chefs de In grande
Le prétendu évéquc d'Agm
fut e\cculc à Angers . le A
> "* " ' -•"'*■•" janvier 1794 ; Dcscssarts père
Tut Tuitillc J Fcygicae PcrauU eut le même sort vingt autres aussi...
I prince I Tilmonl lsI surpris dtguisi n pijsan, et cnndnit à Fou-
gères, puis à Rennes. Ksnue Lavallée Taccable de questions sur ses complices , il reste muet : — Fais ton métier, dit-il ; j'ai fait mon devoir. Il ne reçut pourtant la mort qu'au bout de trois semaines. On sait que son frère Tavait déjk sauvé au poids de Tor. Il essaya en vain d'en faire autant. Traîné, malade, à pied, dans la boue, de Rennes à Vitré, et de Vitré à Laval, il monta sur l'échafaud en criant Vive le roi , et il expira, par un lâche raffinement, devant la porte du château de ses pères... 11 avait vingt-huit ans à peine. C'était le type accompli du gentilhomme brave et galant.
A peu de semaines de là, fait observer M. Crétincau , les deux plus féroces ennemis de la Vendée, Bcysser et Wcstermann, étaient aussi guillotinés comme conspirateurs. — Moi conspirateur ! s'écria Wcstermann. Je demande à me dépouiller nu devant le peuple. J'ai reçu sept blessures par devant; je n'en ai qu'une par derrière : c'est mon acte d'accusation
Tous deux Alsaciens, tous deux intrépides, tous deux âgés de quarante ans, tous deux élevés au même grade, Beysscr et Westermann allèrent , bras dessus, bras dessous, à l'échafaud.
Cependant La Rochejaquelein , StofOct, Langerie et La Ville-Baugé, séparés de leurs soldats, comme on l'a vu , erraient au hasard sur la rive gauche, faisant le coup de feu contre les patrouilles républicaines, pour leur arracher un morceau de pain... Ils couchèrent, une nuit, sans le savoir, avec des Bleus, sur la même meule de paille. Henri arriva enfin près de sa sœur, à la Durbellière, et médita, dans un court repos, ses dernières batailles...
Réfugié en Bretagne, le curé de Saint-Laud préparait, de son côté, de nouveaux triomphes à son ambition.
Depuis le départ de la grande armée, Charettc avait poursuivi la guerre «^sa façon :ne cessantde tenir tête et à ses officiers rebelles, ctà ses soldats impitoyables, et aux détachements républicains, — franchissant à la gaule les douves du Marais, traînant à bras ses canons et son matériel , empêchant les massacres lorsqu'il le pouvait, et fermant les yeux lorsqu'ils étaient inévitables; déployant, en un mot, une volonté surhumaine, dans cette guerre de détail, si bien faite pour lui. — Charette, écrivaient, en décembre 1795, Haxo et Dutruy, Charettc nous fait un mal horrible. Ce Brigand a trouvé le moyen de déjouer toute la sagacité des plus habiles manœuvres...
Le 8 décembre, l'indomptable partisan a remonté le haut Poitou. Joly lui a ouvert, aux Quatre-Chemins, un camp républicain de deux mille hommes, en arborant la cocarde tricolore, et en égorgeant toutes les sentinelles. Il convoque, le 9, aux Herbiers, son état-major, qui le nomme général en chef des armées du bas Poitou. Ce ne fut pas sans peine que le vieux Joly lui accorda ce litre, qu'ilconvoitait publiquement. Investi, enfin, du pouvoir suprême, Charette organise et discipline ses forces, lai sse à Couetus,