CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
à Joly et à Savin leurs divisions , choisit Denis des Norois pour chef d'état-mâjor, Hyacinthe de La Roberic pour commandant en second, et dirige au cœur de la Vendée l'armée la plus aguerrie qu'on y eût encore vue.... Le partisan devenu général rencontre, à Maulevrier, La Rochejaquelein, le général redevenu soldat (29 décembre). Celui-ci apprend à Gharette l'extermination de la grande armée, — et, par sa seule présence, il lui enlève des milliers de soldats... Encore un coup, il fallait s'unir; encore un coup, rintérét commun fut oublié!... — Suivez-moi, monsieur, dit Charetle à LaRochejaquekin. — Monsieur, répondit LaRochejaquelein, je ne suis pas habitué à suivre, mais à être suivi. Et il lui tourna le dos.
Gharette, aflaibli, quitte le Bocage, et regagne le bas Poitou... Trompée par cette volte-face, une colonne républicaine prend trois cents Bleus pour des Blancs déguisés, et, malgré leurs cris éperdus, les fusille, cr comme soutiens de Pitt et de Gohourg. » Jamais pareil épisode se vit-il en aucune guerre?... Gharette se replie sur Machecoul ; mais Garpentier l'en chasse, après deux combats furieux. En même temps, Turreau, le conventionnel, successeur de Marceau le modéré, — ancien roué de la cour de Philippe d'Orléans , devenu général habile , mais bourreau fanatique , entreprend d'enlever Noirmoutiers à la garnison de Gharette; il charge Haxo et Dutruy d'attaquer l'ile par terre et par mer. .. Geux-ci s'en emparent le 2 janvier 1794. La résistance fut désespérée. Uutruy annonça ainsi sa conquête
à Garier : a — Victoire, f !... tout est à nous! d'Elbée, Tanguy, d'Hau-
terive, Massip, tous ces chefs de Brigands sont sous clef; et le rasoir national fera la fête ! »
D'Elbée répara les fautes de sa vie par une fin sublime. On sait qu'il était mourant depuis la bataille de Ghollet... En le voyant couvert de blessures, pâlC; mais impassible, Bourbotte s'écria : — Voilà donc d'Elbée ! — Turreau fut intimidé, et traita son captif avec respect. . Peut-être attcndail-il des révélations. — Il n'en obtint aucune. Alors la justice républicaine fit subir à d'Elbée un martyre de cinq jours. Il répondit à un interrogatoire insultant par cette déclaration remarquable : — Je jure sur mon honneur que, bien que je préférasse un gouvernement monarchique, j'eusse vécu en citoyen paisible sous tout gouvernement qui eût assuré ma tranquillité et le libre exercice de ma religion.
G'était la définition la plus exacte de la Vendée et la condamnation la plus sanglante de la République.
On mit d'Elbée dans un fauteuil... on le porta sur la place publique, au pied de l'arbre de la Liberté, et on le fusilla entre Duhoux-d'Hauterive et de Boisy, ses parents... Wieland, qui avait rendu Noirmoutiers à Gharette, eut le même sort, malgré les protestations des Vendéens eux-mêmes. Les représentants voulaient faire la partie carrée.
Madame d'Elbée avait noblement refusé de quitter son mari ; elle périt,
le rendemaiii, avec madame Maurin, qui lui avait donné rhospilalilc, et qui avait partagé son dévouement.
Le rasoir national décima enfin toute la population de Noirmoutiers, qu'on appela Vtle de la Montagne.
J. de La Roherie, que Charetle avait envoyé en Angleterre, fit naufrage à son retour; et, en lisant ses papiers, le général s'écria : — Fallait-il sacrifier pour si peu ce pauvre La Roberie!
GependantLa Rochejaquelein, joint par Stofflet, et entouré d'une poignée de gars ralliés à son nom, écrasait en détail les pères de famille, ce bataillon d'égorgeurs si horriblement célèbre... et se multipliait par des courses tellement rapides , que les Républicains le croyaient à la tête de dix armées.
La Convention organise alors les fameuses colonnes infernales. Douze camps retranchés, composés de soixante-dix mille hommes, occupent les meilleurs postes du Bocage, enveloppent et affament la Vendée entière, et lancent de toutes parts des troupes sans artillerie ni bagages, chargées littéralement de tout brûler et de tout massacrer. Turreau a obtenu ce décret formel de l'Assemblée nationale; et voici comment il en ordonne Texécution
à ses collègues : « Le général fera enlever du pays tous les moyens de
subsistance... puis tous les bourgs y villages, hameaux , fours et moulins, seront incendiés... enfin, les habitants suspects seront exterminés sur-lechamp. — Signé Turreau. »
Le général Grignon, l'ancien boucher, ouvre la marche en disant à ses soldats : — Je sais qu'il peut y avoir des patriotes dans ce pays...! C'est égal, nous devons tout immoler. Les commandante, ou plutôt les bourreaux des onze autres colonnes étaient Huche, Dufour, Caffin, Amey, Charlcry, Beaufranchct, Chalhos, Grammont, ancien comédien ; Cordelicr, Commaire et Dalliac.
La consigne infernale fut si bien remplie, que Lequinio, qui l'avait conseillée, Lequinio lui-même ^ recula devant son œuvre ; mais il était trop tard!...
t Rien d'éloquent comme les révélalions de ce représenUnt alors en mission à Ponlcnay, au centre du Bocage. Lui seul peut être cru, car lui seul ne pouvait exagérer. Ecoutons4c donc : a Le pillage, écrit-il à la Convention, a été porté a son comble.* — Beaucoup de simples soldats ont amasoc 50,000 francs et plus. On en a vu .couverts de bijoux, et faisant dans tous les genres des dépenses d'une prodigalité monstrueuse. L'avidité d'acquérir du butin a partout engendre une fatale iusouciance^ dont le résultat a été le massacre des avant-postes, la surprise et la déroute des corps de défense. L'babitude de piller a étendu les effets de cette disposition coupable jusque sur les patriotes, et les richesses de ceux-ci sont devenues mille fois la proie de l'homme envoyé pour les défendre. Les délits ne se sont pas bornés au pillage. Le viol «t la barbarie la plus outrée se sont représentés dans tous les coins. On a vu des militaires républicains violer des femmes rebelles sur des pierres amoncelées le long des grandes roules, et les fusiller et les poignarder en sortant de leurs bras ; on en a vu d'autres porter des enfants à la mamelle au bout de U baîonneUe ou de la pique qui avait percé du même coup la mère et l'enfant. Les rebelles n'ont pas été les seules viclimcs de la brutalité des soldats et des olliciers. Les filles et les femmes des patriotes ont été souvent mites en réqui-