CHAPITRE DIX-SEPTIËMË. m
Pondant un mois entier, la Vendée ne fut qu'un bûcher continuel et qu*un cimetière immense. Voici comment les choses se passaient dans chaque commune. C*est un révolutionnaire et un témoin qui parle.
« Ils se sont divisés en douze colonnes, dit Faurès, vice-président de la commission militaire de Fontenay. La chose est simple : une armée entière, passant dans un village, ne ferait aucun butin, au lieu que, partagée en douze colonnes, elle peut tout à l'aise piller, brûler et massacrer. » C'était la division du travail appliquée à l'incendie, au vol et au carnage. € Les généraux mettaient en réquisition les charrettes des communes, enlevaient tout ce qu'il y avait de meilleur dans les maisons des patriotes, le faisaient traîner à leur suite, et permettaient à ces malheureux d'em-
tUkm; c'est le ternie. Oo a fusillé indittioetement tout ee que Foo reneoBtrtit on toot ce qui m pfteatait. Des oommnnes veoaut se livrer, lears officiers maoicipaQi eo écharpe k lear tAte, oot M refoes avec nne apparence fraternelle et fosillées sur rheare. Des cavaliers armés et équipés, venns d'eavmémes se rendre an milieu de nous et après avoir fait plusieurs lieues pour cela, bnt été fusillés sans miséricorde.
« Si la popnlation qui reste n'élail que de trente k quarante mille âmes, le plus court sans doute serait de tant égorger, ainsi que je le croyais df abord ; mais cette population est immense ; elle s'élère encore è quatro cent mille hommes, et cela dans un pays dont les ravins et les vallons, les montagnes et les bois dimionent nos moyens d'attaque, en même temps qu'ils multiplient les moyens de défense des habitants. S'il n'y avait nul espoir de succès par un autre mode, sans doute encore qu'il faudrait tout égorger, y eAt-iî cinq cent mille hommes \ mais je suis loin de le croire. Le peuple du pays est bon là comme ailleurs. •
Avouer que ce peuple est bon, et T^orger en masse, vit- on jamais un semblable délire 1 — Écoutons maintenant les protestations des autorités civiles contre ces horreurs nûlitaires, et n'oublions pas que ce sont toujours les Républicains qui parlent. « Le général Grignon arriva aui Essarts, écrit l« maire de la Foulière... U fit égorger des officiers municipaui en écharpe, et cela psr une erreur de nom qu'il ne donna pas le temps d'eipliqner. . . Dans le reste de la paroisse, il fusilla de tontes mains, sans eicaption, ni formalité. Des hommes de ma garde nationale furent sabrés, dont deui furent mal Inéo et échappèrent. A la Flocelière, j'offris de lui donner une liste des grands coupables. U me dit que c'était inutile. Il fit égorger les hommes de ma commune sans me consulter. La troupe pilla, incendia k tort et à travers. Je ne mentionne pas les massacres épars faits par les soldsts. On viola lea femmes, on coupa un patriote et sa servante en morcesux ainsi que deux vieilles femmes dont l'une était en enfance. Je lui disais un soir : « U y a quelques métairies ici où l'on trouverait bien de l'argent, s U crut que je voulais les faire piller, et me dit : « Voilh où je vous reconnais Républicain. • Je baissai les yeux et ne répondis pas. l\ disait on jour : « On est bien maladroit, on tue d'abord : il faudrait d'abord exiger 1e portefeuille, puis l'argent sous peine de la vie ; et quand on aorsit le tout, on tuerait tout de même. • Il voulut aller è Pouxauges, il me prit pour guide. Il y avait de jolies Itfisonnières au chAteau. Après dîner, Grignon et l'état^major allèrent prendre le café de Cytbère avec aUas, elles furent après fusillées. •
• Ja vais déchirer le voile, s'écria dans le procès de Carrier, M. Thomas, médecin patriote de Nantes, blaMé daos vingtdeux eombsts contre les Vendéens. J'ai vu, après la prise de Noirmoutiers, massacrer une municipalité en écharpe qui était venue pour désigner un repaire de Rrigands... Un soldat avait enlevé TiB(t^q«atre louis d'or k un Rrigand qu'il avait tué. Un autre soldat tua son camarade pour avoir cet or, et viagt-cioq ou trente se tuèrent successivement.
« J'ai vu brûler vifs des hommes, des femmes, des vieillards. J'ai vu cent cinquante soldats maltraiter et violer des femmes, des filles de qnatorae à quinse ans, les massacrer ensuite, et jeter de baïonnettes en baïonnettes de tendres enfants restés k cdté de leurs mères étendues sur le carreau -, et c'étaient les héros de laa livres qui se livraient k ces atrocités, et l'on n'osait rien dire. »
• Devant nous , écrit le Comité révolutionnaire de Fontenay , a comparu la citoyenne Marianne Rustaud, de la commune de Petit-Bourg-des-Herbiers, qui a déclaré que, lorsque les volontaires de la
porler le reste, pour avoir le |>laisir barbare d*incendier leurs maisons. Après cet embrasement, ils n'étaient pas plutôt rendus au milieu de la colonne, que les volontaires, suivant l'exemple des généraux, prenaient le reste, tuaient les hommes, violaient les femmes et les filles, et les poignardaient ensuite. >
Il faudrait citer, auprès de la lâcheté des bourreaux, le courage des victimes... Mais ce serait raconter Thistoire de presque toutes les chaumières et de presque tous les manoirs vendéens. On jugera de cet énorme martyrologe par quelques épisodes extraits de nos souvenirs et des pages de nos devanciers.
Grignon arrive au Pin, près de Châtiilon... Vingt paysans offrent à dîner
division de Grammont soot «irivéi chex elle, elle fut aa-devtnt d'eax pour leur faire Toir un œrltfieat qu'elle avait du général Bard, et leur offrit h se rafraîchir ; mais que ceui-ei, plus furieux que des tigre», lui ayant répondu qu'ils en Tonlaient h sa bourse et k sa vie, lui 6tèrent environ quarante-deux livres, seul argent quelle avait. Non contents de cela, ils l'obligèrent, en la menaçant, à rentrer chei elle, pour leur montrer l'endroit où elle pourrait en avoir caché. Dès qu'elle fut entrée, quatre d'entre eux la prirent et la tinrent, tandis qu'au moins vingt de leurs camarades assouvirent leur brutale pasaion sur elle et la laissèrent presque nue. Après quoi, iU furent mettre le feu dans les granges j ce que voyant la déclarante, elle ramassa toutes ses forces pour aller faire échapper les bestiaux, ce que trois d'entre eux voyant, ils coururent après elle pour la faire brûler avec ses boeufs; et étant enfin parvenue k s'en échapper, elle se rendit auprès de sa mère, Agée d*environ soixante-dix ans, lui trouvant un bras et la tête coupés, après lui avoir pris environ neuf cents livres, seul produit de ses gages et de leur travail ; enfin elle fut obligée de l'enterrer elle-même. Après quoi, elle se couvrit des bardes qu'on avait laissées sur sa mère, et parvint enfin à se rendre chex le citoyen Graffard, des Herbiers, ou elle fut en sûreté, et a dédaré ne pas savoir signer. »
Le même Comité passant aux exploits de Huche, ajoute : — o Les autorités de Luçon vous diront que ce monstre a fait détruire un officier de santé dont le coup d'œil lui déplaisait. Elles vous diront qu'il a voulu faire massacrer et fusiller ces mêmes autorités. Elles vous diront qu'il a voulu forcer une fille vertueuse à aller dans le jardin de la maison qu'il habite, lui chercher de la salade, et on était un cadavre détruit par ses ordres, en lui disant : « Coquine, si tu n'y vas pas, je t'attacherai les mains, je te violerai sur le cadavre, et je te ferai fusiller après. >
• Chaque jour, disent les municipaux d'Aizenay, de Palloau, etc., on a vu Grignon, par paa8»-lemps, et pour essayer le tranchant de son sabre, couper en deux des enfants k la mamelle : il appelait cela une distraction patriotique. Commaire a été plus loin : il en a fait une loi. Nous le voyons chaque jour prendre les premiers enfants venus, fils de Républicain on de Brigand, peu lui importe, il les saisit par une jambe et les fend par moitié, comme un boucher fend un mouton. Ses soldats en font autant. •
Turreau donnait l'exemple en même temps que l'ordre & ses lieutenants, s'il faut croire lea commissaires Morel et Carpenty : « Amey fait allumer des fours, et, lorsqu'ils sont bien chauffés, il y jelie les femmes et les enfants. Nous lui avons fait les représentations convenablM, il nous a répondu que c'était ainsi que la République voulait fsiro cuire sou pain. D'abord on a condamné è oe genre de mort les femmes brigandes, et nous n'avons trop rien dit *: mais sujourd'hui les cris de ces misérables ont tant diverti les soldats et Turreau, qu'ils ont voulu continuer ces plaisirs. Lea femellce des Royalisles msnquant, ils s'adressent aux épouses des vrsis patriotes. Déjà, à notre connaissance, vingt-trois ont subi cet horrible supplice, et elles n'étaient comme nous coupables que d'adorer la Nation. La veuve Pacand, dont le mari a été lue k ChAtillon par les Brigands, lors de la dernière bataille, s'est vue, avec ses quatre petits enfants, jetée dans un four. Nous avons voulu interposer notre autorité, lea soldats noas ont menacés du même sort. •
Arrêtons - nous ! nous écririons ainsi des volumes sans pouvoir tout raconter... car la meillMire part de ers infsmies ne saurait être exprimée dans aucune langue humaine. (Àrehk>es du CowUté de salul publir , Arrhwei de Nantes, Mellinet, t. Vlll, Crétineau-Joly, 1. 111.)