‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 162 sur 223 · CHAPITRE DIX -SEPTIÈME. :J · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX -SEPTIÈME. :J

à ses soldais, et le supplient d'épargner leur village... Grignon se met à table et mange... puis il fait garrotter et sabrer tous ses hôtes. La femme Tricot, revenue de Texpédition d*outre-Loire, assistait à cette tuerie... Elle voit égorger son mari, son fils, son beau^père, sa belle-mère et sa sœur... Restait son enfant à sa mamelle : on le massacre entre ses bras; et, blessée elle-même cruellement, elle ne cesse de crier à sa famille expirante : c Songez que votre Dieu est mort sur une croix, et votre roi sur un échafaud. » On lui laissa pourtant la vie; et elle courut, de ses mains sanglantes', disputer au feu la maison de sa belle-sœur ' .

Grimaudet, deRochebois, avait, en mourant, enseveli, dans le jardin de son château. Punique trésor qu'il pût léguer à ses enfants... Les métayers seuls avaient son secret... Ces braves faisaient le coup de fusil contre les Bleus. Us apprennent que le château est incendié... ils y accourent la nuit, traversent la colonne infernale, enlèvent* le trésor de leur maître, l'envoient aux deux orphelins, et continuent la guerre.

Une paysanne, Marie Vineau, entend dire à Chemillé qu'on va brûler sa ferme... Elle en prend la route en courant. Un Bleu la rencontre, et, par un bon mouvement, l'engage a s'éloigner. — Je sais, répond-elle, que vous allez tuer mon mari, mon père et mes enfants, je serai auprès d'eux avant vous. Et elle disparaît, enfilant un sentier de traverse... Elle arriva en effet avant les assassins, et elle mourut avec tout sa famille.

Les enfants atteignaient parfois l'héroïsme des pères : « Il y a quatre jours, écrit le révolutionnaire Faurès, près de la Châtaigneraye, un détachement de la division Huche a rencontré un petit paysan, qui sans doute était placé là pour veiller au salut de quelque bande postée dans les bois voisins. Cet enfant, à peine âgé de neuf à dix ans, a été arrêté. Après un interrogatoire fait à coups de baïonnette, on a voulu lui promettre la vie s'il instruisait le détachement sur la route que devaient suivre les Brigands. L'enfant a souri et a répondu avec la nonchalance hypocrite qui les caractérise tous : « Quand je vous dirais où ils sont, vous ne me croiriez pas.» Et les traitements les plus durs, les promesses et les menaces n'ont pu l'amener à quelques révélations. Nos soldats l'ont tué. Une demi-heure après, de ce détachement il ne restait plus que deux hommes : ils étaient tombés dans une embuscade dont le petit était la sentinelle avancée, b

Les survivants étaient-ils moins misérables que les morts? Mourant euxmêmes de froid, de faim et de douleur, en quelques taillis oubliés, au fond des souterrains et des caches les plus horribles, ils venaient la nuit arracher, avec les ongles, un pain calciné des ruines de leurs chaumières, ou couper

* Au nioin«Dt méine où nous revoyons ces lignes, M. Bizet, prêtre à Nanten, nous adresse le récit d\in massacre semblable, dont presque tous bes parents furent victimes à la Pacquetière. Là, on Gt croire ans femmes que leurs maris ^>taient sauv(''s, qu'ils allaient tous regagner leurs foyers ensemble, — et on les conduisit en riant pr^8 des cadavres niulilcs. H n'y a presfiue pas de village en Veud^V qui n'ait eu «insi son champ des martyrs, où vont prier encore les veuves et les orpiielins de la guerre civile.

™« BHETAUNE ET VENDEE.

sous le sabre dtss Blciia les létee d'épis, les choux ou les pommes de lerrc échappés à la flamme.

Au premier coup de fusil annonçant la colonne infernale : — Ëntendeivous l'horloge de morlf se disait-on de porte en porte. El, saiaiseant les provisions dans la mette, emportant les malades et les enfants, détachant les bestiaux de l'élable, on s'enfuyait aux giles, k travers les genêts el les chemins creux.

Tantôt les familles s'assemblaient dans ces gîtes comme les oolontbes battues par la tempête, tantôt elles s'isolaient l'une de l'autre, — croyant échapper ainsi plus sûrement. Alors, au plus profond du bois, on acculait la charrette du ménage ; sur son timon levé en l'air, on étendait une paire de draps, — el sous cette lente fragile, père, mare et enfanu passaient des semaines entières. — On entendait les pas des Bleues, leurs menaces, leurs coups de fusil. — S'ils découvraieift la cache, tout était massacré. S'ils imssaient sans la voir, on remerciait à genoux le bon Dieu.

Sur quelques points loulTus du Bocage, des populations entières improvisèrent des villages à l'ombre des forêts. Il n'y a pas longtemps encore, nous avons vu, dans la forél de Grala, les restes d'un de ces villages, à l'endroit ([ui s'appelle toujours le Refuge. — De fortes branches, attachées au tronc

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