‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 169 sur 223 · CHAPITRE DlX-HUlTIEMii · texte numérisé non relu

CHAPITRE DlX-HUlTIEMii

se retranche dans la forêt de Vczins, d'où il repousse Huche et Grignon.

Charctte se battait l'hiver comme Tété, mourant de froid et de faim avec ses volontaires, luttant d'audace ou d'adresse, à toute heure du jour et de la nuil, contre les colonnes qui sillonnaient le pays incendié, ne pouvant pas même allumer de feu de bivouac pour se dégeler les membres, — renseigné et secondé par des enfants et des femmes, qui couraient nupieds dans la boue et la neige... Et c'est ainsi qu'il tenait tête aux vainqueurs de l'Europe coalisée!...

Aux Brouzils, le l'' février, il attaque Dufour, et a le bras fracassé par une balle, il continue de se battre jusqu'à ce qu'il tombe évanoui... On le relève et on veut l'emporter. — « Non, dit-il, laissez-moi ici, et combattez toujours... )» Ses soldats le croient mort et s'ébranlent. Joly brûle la cervelle à quelques-uns, et sauve ainsi le général et Farmée. Quelle guerre et quels guerriers !

Gharette, à peine guéri, prend sa revanche à Saint-Fulgent sur Joba, à Ghaucbé sur Grignon, aux Essards sur La Ghenaye, et fusille sans pitié les prisonniers bleus. Turreau allait Técraser à son tour à Béjarry, « s'il ne se fût tellement soûlé, qu'il ne put tenir à cheval. » ( Rapport de son collègue Duquesnoy. )

Il fut alors envoyé en Bretagne contre les Ghouaus, et Ghnrette marcha contre les incendiaires du pays de Legé. Il bat Gordelier dans ce bourg même; puis au bord d'un torrent, où celui-ci laisse huit cents morts et toutes ses munitions.

Le féroce Joly vit tomber là deux de ses fils... Il pleurait comme une mère sur le corps de l'ainé, lorsqu'on amène les prisonniers bleus. Un d'eux se jette aux pieds du vieillard, en criant : — « Grâce, mon père ! vous savez que je n'ai fait que cédera la force!... » G'était, en effet, le troisième fils de Joly, qui servait la République... Le Brutus vendéen le repousse, et le fait fusiller avec tous ses compagnons. Les Vendéens ne pardonnèrent jamais cette barbarie au général.

Encore une fois, Gharette était maître du pays; mais il ne put rester à Legé, infecté par des retranchements de cadavres. Haxo fut alors lancé contre lui. — « Dans six semaines, écrivit-il au Gomité de Salut public, j'aurai la tête de ce Brigand, ou il aura la mienne. »

Haxo était Alsacien, comme tant d'illustres généraux de la République, Il faisait la guerre en soldat, et non pas en bourreau ; ce qui le rendait d'autant plus redoutable à la Vendée. Gharette le craignait particulièrement. Il n*en commença pas moins par le battre, le 5 mars, à la Vivantière, avec des soldats qui mouraient de faim ; mais, outre Gharette, ces soldats avaient à leur tète Guérin, son intrépide lieutenant. Haxo triomphe à son tour, et enfonce les Blancs dans la forêt de Touvoie. Mais Gharette rallie les fameux gars du pays de Retz, et attire son ennemi, le

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19 mars, aux Glouzeaux, où celui-ci tombe vaincu et blesse à mort, après une sanglante bataille.

D'abord démonté par une balle, Haxo s*ados8e à un arbre, donne ses derniers ordres, et brave, le sabre en main, toute l'armée vendéenne. — « Rendez-vous! » lui crie un paysan; et pour toute réponse il l*étend à ses pieds. Il pare de même les coups d'un autre. Et cinq hommes reculent devant cette tète blanche inondée de sang, cette taille gigantesque et ce sabre inévitable. Enfin, Arnaud de Vieillevigne, blessé par le général, l'achève de trois balles presque à boiit portant. Gharette, triomphant sur tous les points, accourait pour lui sauver la vie.

Cette défaite et cette mort consternèrent les Républicains. Bonaparte disait déjà ce qu'a écrit Napoléon : — « Gharette me laisse l'impression d'un grand caractère. Je lui vois faire des choses d'une énergie, d'une audace peu communes. Il laisse percer du génie. »

Voilà, en effet, le plus beau moment de la vie de Gharette... Cette campagne d'hiver suffirait à l'immortaliser. Pendant trois mois, sans vivres, sans munitions, aujourd'hui avec dix mille hommes, demain avec trente, . il se battit continuellement, toujours comme il voulut, toujours où il voulut, et toujours avec succès...

Tandis que Gharette reprenait son ancien territoire, Marigny rentrait dans le Bocage, après trois mois de misère vagabonde. Péguisé en marchand de volailles, il avait bravé Carrier jusqu'au cœur de Nantes, jusque dans sa maison de Richebourg. — « Je suis Marigny, le général des Brigands, lui avait-il dit en lui montrant ses poignards et ses pistolets; je vais passer quatre heures à Nantes, et je te préviens que si tu me fais arrêter, tu mourras avant moi ; j'ai pris mes mesures. » Carrier eut peur de tant de courage, et Marigny, dûment renseigné, gagna de taillis en taillis le haut Poitou. Les gars de Bressuire, de Mortagnc et circa s'assemblent à sa voix si connue, et la Vendée a désormais trois généraux en chef : Gharette, Slofflct et Marigny.

D'un autre côté, Sapinaud, revenu aussi d'outre-Loire, avait réorganisé une armée dans la Vendée centrale; et FIcuriot, nommé généralissime à Savenay, tenait toujours, à la tête de sa division.

Marigny débute par un grand coup. Vctu de l'habit de paysan, comme ses soldats, sans autre distinction que sa croix de Saint-Louis, il s'empare de Mortagne, le 26 mars.

Gel événement eut une portée immense. Le Normand, accusé d'avoir rendu la ville, éclaira la Convention sur ses maladresses. Dès lors, elle changea diamétralement de système, déclara les femmes, les vieillards, les enfants inviolables, et rendit à la guerre le caractère qu'elle n'eût jamais dû perdre. Lequinio, Hens, et tous les prêcheurs d'assassinat, se firent des champions d'humanité... On peut dire que la pacification data

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de ce moment pour quelques populations amnistiées. Mais les soldats de Charette, dcStofflet et de Marigny, se défiant des loups sous leurs peaux de moutons, poursuivirent encore avec acharnement la guerre de broussailles. 11 faut dire que plus d'un général, comme DusiratàChanzcaux, continuait de brûler et d'égorger, en dépit des nouveaux philanthropes du Comité de Salut public. Eux-mêmes se contredirent ouvertement, en donnant à Turreau un mois pour en finir avec la Vendée. Celui-ci essaya d'un troisième système. Il s'agissait de repeupler le pays de bons sans-culottes et d'y jeter le plus pur de la nation. — « Que les nouveaux habitants y viennent, disait Turreau, avec l'espoir de se partager les biens des ennemis de la République. Propriétaires aujourd'hui, ils seront soldats demain. Ne faudra-t-il pas qu'ils défendent leurs terres? Ils traceront avec le sang une ligne de démarcation entre eux et les paysans, et la patrie sera sauvée. »

Ce plan était gigantesque, mais impossible, il ne réussit que sur deux ou trois points. — On les reconnaît encore à la haine des pafauts et des Royalistes.

Ainsi la République perdait sa force à mesure que la Vendée reprenait la sienne. Le 18 avril, Marigny gagne une nouvelle bataille, à Glisson, contre Amey et Friederichs. StofElet se fortifie à Maulevrier, dont il fait un camp, un refuge et une imprimerie.

Mais Turreau s'avance avec un quatrième système. — « Les Blancs, dit-il, sont vendus à l'étranger ; Pilt et Cobourg sont leurs vrais chefs. » Et avec ces mots, dont on avait tant abusé déjà, le général relève le courage patriotique de ses colonnes.

Charette les laisse pénétrer dans le Marais, et néglige malheureusement la victoire pour une intrigue d'ambition. Sapinaud, Marigny, Stoffletet Charette s'assemblent à Jallais, afin d'établir l'unité dans leurs opérations. Ils avaient entre eux quarante mille hommes, dont il s'agissait de faire une puissante armée. L'abbé Bernier arrive et brouille les rivaux, déjà aigris. Ne pouvant dominer Charette, il l'empêche de dominer les autres, en fascinant StofQet. On ne nomme donc point de généralissime; mais on signe une confédération vendéenne, et l'on convient d'agir de concert, sous peine de mort ( toujours l'impossible).

Marigny doit ouvrir la campagne, et se présente au jour convenu ; msris il n'obtient pas assez de vivres pour ses troupes, qui l'abandonnent... 11 manque alors forcément à sa promesse. Jaloux de lui depuis longtemps, Charette et StofQet l'accusent d'avoir poussé ses soldats à la révolte, et le traduisent devant un conseil de vingt-trois généraux et officiers. Charette fait le rapport et conclut à la peine capitale. 11 vote en conséquence avec Stofflet, — qui se charge de l'exécution. En vain Sapinaud, LaBouère, Beaurepaire, etc., refusent de signer; l'arrêt fatal est rendu. Marigny

l'apprend et ne veut pas le croire... — « C'est pour m'efTraycr, » dit-il en souriant.

Gharettc se repentit, assure-t-on,etToulut sauver sa victime; mais, excité par l'abbé Bernier, StofBet arrêta Marigny, malade à la Girardière, et le fit fusiller, le 10 juillet 1794, par des soldats allemands... On refusa un prêtre au condamné... Il commanda le feu avec un héroïque sang-froid.

Cette exécution fut un crime pour Charette, pour StofRet et pour Tabbé Bernier; c'était aussi une faute irréparable... Que pouvaient désormais faire d*utilc des chefs qui se jalousaient jusqu'à se donner la mort!...

L'indignation générale éveilla les remords de StofRet. Les soldats de Marigny refusèrent d'obéir à ses bourreaux, et demeurèrent cachés dans les bois. — « Qu'on nous rende le chef que nous pleurons, disaient-ils, et vous verrez si nous sommes braves, i» Quelque temps après, StofQet cheminait avec deux cavaliers. Des paysans l'aperçoivent et s*écartent avec horreur. — « Voilà, disent-ils, l'assassin de M. de Marigny. » Stofflet met pied à terre, et leur répond : « Vous m'accusez d'un crime que je déplore oomme vous. Si vous me croyez vraiment un assassin, fusillez-moi ! » Les paysans se turent et le laissèrent passer.

Charettc et StofDet, qui s'étaient entendus pour le mal, ne purent s'accorder pour le bien. L'abbé Bernier, les divisant pour régner sur eux, s'empara de l'esprit du garde-chasse.

Et cependant la République, si triomphante naguère, se résignait à la guerre de défense. Cinquième système de Turreau. Les Bleus, que le nom seul des Brigands terrifiait, dit-il, s'abritent derrière neuf camps retranchés, comme en autant de citadelles \ Ce fut le signal de la disgrâce du général et de presque tous ses lieutenants. Robespierre voulait faire cesser la Terreur, qui commençait à le gagner lui-même, et la Convention, pressentant Bonaparte, tremblait de voir un dictateur surgir de l'armée.

StofQet, de son côté, partagea son théâtre militaire en huit divisions. Il en donna le commandement à des braves , mais il en exclut orgueilleusement presque tous les gentilshommes. Il mit, du reste, en son armée, tout Tordre compatible avec les hommes et les lieux, faisant de chaque paroisse deux compagnies, et créant des correspondances assez sûres pour les assembler toutes en vingt-quatre heures. Personne n'avait encore obtenu des pay-

^ Ces camps furent disposés ainsi, sous les ordres supérieurs de Vimeux : Le général Ferrand, à Fontenay, siège de l'état-major. Ferrand avait trois mille cinq cents hommes sous ses ordres. Le général Grignon, à Thouars, avec trois mille six cents; Dutmy, en avant des Snbles-d'Ulonne, avec trois mille hommes; Travot, à Gourson, ayec quatre mille deux cent (^uatre-vingt-onie hommes; Crouzat, et bientôt après le général Jacob, à la Rouillère, avec quatre mille cinq cents hommes ; Bonnaire, â la GhAtuigncraic, avec cinq mille hommes ; le général Guillaume, entre le Vie et le Lay. avec trois mille six cents; le général Legros, â Chiche. <ivcc dix-neuf cent soixante hommes, et Dnsirat, k Montaigu, avec quatorze cents hommes.

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