‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 171 sur 223 · CHAPITRE DIX-HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIEME

révolutionnaire jusqu'à la paix. Il écrase Lyon^TouIon ella grande Vendée. 11 coupe la lélc de Marie-Ântoinelte, pour ne plus hésiter devant aucun crime. Le vent de la Terreur souffle des quatre points cardinaux ; tout ce qui s'élève au-dessus de la bouc tombe dans le sang. Enfin, les égorgeurs, n*ayant plus rien à détruire, se mettent à se dévorer entre eux. Les Dantonistcs abattent les Héberlistes, et sont abattus à leur tour parle Comité. Toutes les gloires, toutes les vertus du pays, ne brillent plus qu'à la frontière, au milieu do nos armées indomptables. La Terreur envahit la France d'un bout à l'aulre, comme l'ombre s'empare de l'horizon quand les astres sont éteints. Le pain et l'air manquent à la fois. Un ne vit plus, on^ie respire plus. Le dictateur Robespierre se fait Messie, — sans cesser d'être bourreau. Il devient alors ridicule, et sa perte commence. Dans son vertige, il frappe, il frappe, il frappe... Fouquier-Tainville propose d'établir les guillotines dans les tribunaux, pour juger et exécuter cinq cents modérés par jour... Ceci lasse enfin la patience de Dieu, qui dit à cette mer de sang : — « Tu n'iras pas plus loin! » Le 9 thermidor sonne ( 27 juillet 1794 ). Robespierre, éperdu, se brûle la cervelle, il monte à l'échafaud avec Coutbon et Saint-Just, et la France sent un peu d'air rentrer dans sa poitrine.

Jamais réaction pareille ne s'était vue dans notre pays de réactions... On chasse les Jacobins; les Girondins sont rappelés... On évacue les prisons ; on déclare les cultes libres. On extermine « la queue de Robespierre ; » on divinise ceux qu'on massacrait la veille. On donne des bals des victimes... on porte des costumes à /a ridime, des bonnets à rhumanité^ des corsets à la jmtice, etc. On foule aux pieds la carmagnole et le bonnet rouge, pour reprendre les habits efféminés de la Régence. On en reprend aussi malheureusement les vices et la dépravation... Les derniers égouts de la Terreur s'écoulent par cette voie. Aux noyeurs et aux enterreurs de Carrier succèdent les muscadins, rangés autour de Notre-Dame de Hieijnidor ( madame Tallien ).

Cette révolution ne pénétra que peu à peu en Vendée, où la guerre maintint quelque temps la Terreur. L'abbé Dernier, du reste, écoutant de plus en plus son ambition, écrivait à Stofflet et aux Vendéens « de ne pas se laisser gagner par la fièvre pacifique et conciliatrice. Il ne faut pas désarmer!.. Si cette révolution se consolide, il sera temps de parler de paix. »

Vimeux, le nouveau général en chef, annonça donc en vain la réaction thermidorienne aux insurgés. Ils refusèrent de croire aux promesses de grâce qui les avaient menés si souvent à la boucherie...

Le successeur de Vimeux, Alexandre Dumas, fils du marquis Davy de La Paîlleterie et père de notre célèbre écrivain, brave capitaine et républicain généreux, ne fut guère mieux écouté. Dès qu'il vit comment on combattait les Vendéens, il donna sa démission, — « préférant, au commande-

menl en chef d*unc armée d*ègorgeiirs, le seniicc de simple soldtit dans une guerre où l'on put faire des prisonniers. » Plus lard, le général Savary lui contait les massacres du Bocage, et ajoutait : — « Les ordres étaient formels : qu'eussiez-vous fait, si vous les aviez reçus? — J'aurais désobéi, répondit Dumas, ou je me serais fait sauter la cervelle. »

La Convention ( il faut le dire à sa gloire) persista néanmoins dans le$ voies de la douceur, et rappela tous les représentants et tous les généraux impitoyables. Elle engageait en même temps sous main les Vendéens à livrer leurs chefs ; mais ces trahisons furent rares et tardives.

Sûrs encore de leurs soldats, Charette et StofOet appelèrent, au contraire, les Républicains sous le drapeau blanc, et poursuivirent chacun sa pointe. Charette enleva au général Jacob le camp retranché de la Roullière, et au général Guillaume celui de Fréligné, où le jeune Bleu Mermel se fit brûler sur le corps de son père. ( Septembre 1794. )

De son côté, Stofflct gagnait du terrain et empiétait sur l'autorité du chef du Poitou. Une affaire de papier-monnaie, émis par Bernier et repoussé par Charette. envenima la querelle... Celui-ci assigna StofDet devant les étatsmajors. StofOet refusa de comparaître, et le pacte de Jallais fut annulé...

PfelHcr-nionnaie vendra.

En même temps, le vieux Joly, devenu odieux aux soldats de Charette par ses rigueurs, et traqué dans les bois comme un sanglier, périssait sous les coups des gars de la Barbinière, qui le prirent pour un espion, direntils, et ne le reconnurent qu'après sa mort.

Le nom de Joly est aujourd'hui un des plus terriblement héroïques des traditions vendéennes. Son caractière et son influence sont une preuve de

CUAPITKË DIX-HUITIEME. 557

plus que la guerre de l'Ouest élait essentiellement libérale et populaire. Joly détestait et maudissait ouvertement la noblesse et le clergé... C'est ce qui a fait croire, non sans raison, qu'il avait été condamné par Charette et fusillé sur son ordre. Quant à la femme du vieux chirurgien, elle périt réellement dans une embuscade tendue par Delaunay, qu'elle accusait de la mort de son mari...

Au commencement de la même campagne, un digne rival de Joly, l'impitoyable chef du pays de Retz, M. de La Gathelinière, assassiné, dit-on, par un de ses hommes, avait été traîné mourant à Nantes et guillotine.

Partout, hélas ! et toujours la rivalité et la discorde. Les soldats de Joly et de La Gathelinière firent comme ceux de Marigny : ils se dispersèrent et refusèrent d'obéir à d'autres chefs.

Ganclaux a remplacé Dumas et prêche aussi, mais diflicilemcnt, la conciliation. La République était encore dans la position de ce menteur de la fable, — que l'on ne croyait plus, même quand il disait la vérité.

Les Vendéens, toutefois, offrent déjà en ce moment un caractère mixte et fatal. Les populations, sans armes et sans asile, penchent de plus en plus pour la soumission. Les troupes mêmes de Sapinaud, au centre, deviennent insensiblement inactives ; mais les soldats de Gharette, soutenus par leur indomptable chef, sont encore acharnés à la guerre. Convaincus que la République veut les leurrer par une nouvelle perfidie, et furieux de voir leurs familles près d'y ajouter foi, ils rendent après coup sang pour sang, et feu pour feu, aux patriotes. Geci est l'inévitable fin, et pour ainsi dire la queue de la guerre civile. Les plus furieux même se tournent contre leurs anciens camarades qui déposent les armes. Ils vont les chercher de ferme en ferme, et les ramènent au combat sous peine de mort.

La République donne alors à la Vendée un nouveau gage de paix : c'est la tête de Garrier, son infâme persécuteur. Mais Garrier, qui paye pour tant d'autres, a dit à la Convention ce mot terriblement vrai : — a Tout est coupable ici comme moi, jusqu'à la sonnette du président! » L'habile et savant Carnot, qui multipliait naguère les régiments, multiplie les promesses d'amnistie et de pardon. Onze représentants viennent dans rOscst arrêter les exécutions, ouvrir les cachots, fissurer les royalistes.

Une jolie femme de Nantes, madame Gasnier-Cliambon, célèbre par son dévouement aux proscrits, donne le coup de grâce au parti guerroyant en se faisant le ministre pacifique de Ruelle, successeur de Garriei^ Elle se rend près de mademoiselle de Charette, et près de Gharette lui-même, avec M. Bureau de La Bâtardière et M. Bertrand-Geslin, aide de camp du général Ganclaux. Us portent un décret de la Convention qui donne aux représentants carte blanche pour pacifier les Vendéens.

Grâce à mademoiselle de Gharette, l'ambassade parvient jusqu'au gé-

lierai, nu château de la Roclic-Boulogne. Le 28 décembre, madame Gasnier Taborde la première, en lui rendant sa sœur. Ia*s grâces et la bonté de cette femme le touchent tellement, qu*il accepte une entrevue sur an terrain neutre avec Canclaux et Ruelle. On dit, à la vérité, que celui-ci avait chargé madame Gasnier d'une lettre qui laissait entrevoir une restauration monarchique. La réaction thermidorienne allait si grand train, que cela n'est pas invraisemblable.

Quoi qu'il en soit, Charette, disposé enfin à la paix, faute de pouvoir continuer la guerre, consulte ses officiers à Vieillevigne. Tous opinent pour un traité honorable, — excepté Savin, Le Moelle et Delaunay. Le comte de Bruc du Cléré et Amédée de Béjarry, deux hommes d'esprit et de cœur, sont envoyés aux Conventionnels. Bertrand-Geslin répond de leur tète sur la sienne. Ils s'abouchent avec les représentants, traitent avec eux de puissance à puissance, et se convainquent du retour de tous les esprits aux idées monarchiques. Les ennemis de la Vendée étaient devenus ses flatteurs... « La Révolution avait fait son temps, disait-on; la République était impossible... Les Vendéens seuls avaient prévu juste. Les deux partis n'avaient qu'un pas à faire pour s'entendre et s'embrasser... » Il faut dire que, chez les Girondins, ce langage était une exagération, et chez les Jacobins, une hypocrisie. La Convention, qui négociait en môme temps avec l'Europe, voulait à tout prix apaiser les Vendéens. Comment expliquer autrement les conditions qu'elle accepta?.. Il fut établi que la Vendée garderait ses armes, sa religion et ses lois ! — Nous voulons tout ce que vous voulez, dirent les Conventionnels à l'oreille de MM. de Bruc et de Béjarry. Ce n'est plus qu'une question d'à-propos.

Bientôt les patriotes d'hier, aujourd'hui Royalistes, joignent les actes aux paroles. Le 6 janvier 1795, ils célèbrent la fête des Rois avec les Vendéens, et crient avec eux : — Vive le Roi! — comme dans le bon temps. Charette pouvait-il douter de ces belles protestations? lui qui, séparé du monde depuis un mois, ignorait combien la Révolution avait changé la France! S'il ne stipula point le retour des Bourbons, c'est qu'il le crut assuré de lui-même, ou bien c'est qu'il n'y tenait pas plus au fond que les paysans vendéens, — armés avant tout pour leur propre défense, et désarmés par les concessions de la République. «

En vain StofOct et Bernier s'unirent de nouveau pour arrêter l'élan pacifique donné par Charette ; en vain, à toutes les propositions des Conventionnels, ils répondirent énergiquement : — « Un Roi ou la mort! » Il fallait répondre aussi par des victoires, et ils ne trouvèrent que des soldats découragés ; il fallait prouver aux Vendéens que la République les abusait toujours, et les événements seuls devaient détromper les malheureux, soumis alors par leur propre épuisement.

Les conférences s'ouvren là la Jaunais,à unelieue de Nantes, sur la roule

GUAPITRE DIX-UtlITiÈME. 539

deClisson.La Convention tient tellement à leur succès, qu*elleadonnéquatrc millions à ses délégués pour « employer tous les moyens de séduction. » Mais ces armes dorées ne rassurent pas les onze émissaires, — tant est grande la frayeur que leur inspire Charette ! Menuau seul ose d'abord se présenter au général, qui lui dit, après deux heures d'entretien : — <( Allez maintenant prouver à vos collègues que je ne vous ai pas mangé ! » Tous arrivent enfin à la Jaunais, le 15 janvier 1795, avec une imposante escorte. — Les plus beaux soldats, sous les plus beaux uniformes de la République, saluent les guerriers en sabots, les fusils rouilles et les cocardes en papier blanc, que cette même République raillait si fort avant de fuir devant eux ! Charette rejoint les représentants et les généraux sous la tente commune. Il porte fièrement son panache et son écharpe blanche :

— « Messieurs, dit-il, vous savez que je viens ici pour la paix, et non pour l'amnistie.

— Et nous, répondent Canclaux et Lauuay, nous venons réunir des Français qui n'auraient jamais dû se séparer ! »

Trois jours après, le traité suivant était signé :

Section P. — Article l'^Tout individu et toutes sections de citoyens quelconques peuvent exercer librement et paisiblement leur culte.

Art. 2. Les individus et ministres de tout culte quelconque ne pourront être troublés, inquiétés ni recherchés pour l'exercice libre, paisible et intérieur de leur culte.

Art. 3. Les autorités civiles et les commandants de la force armée sont chargés de tenir la main à l'exécution du présent.

A cet effet, il sera imprimé et envoyé aux autorités des départements et dans les arrondissements des armées de l'Ouest, des côtes de Brest et de Cherbourg.

Ont signé : P. M. D. Launat, Lofficial, Bollet, Bruc, Jariky, Ruelle, Chaillou, Pomme, Morisson, Menuau, Dornier.

Section II'. — Article 1". Les Vendéens qui n'ont aucune profession ni état sont libres d'entrer dans les troupes de la République.

Art. 2. Ceux d'entre eux qui étaient naturels et habitants de la Vendée avant le mois de mars 1793 ( vieux style ) seront organisés en gardes territoriaux et soldés par le trésor public.

Art. 3. Ces gardes territoriaux n'excéderont pas le nombre de deux mille; ils seront soumis aux autorités constituées civiles et militaires.

Art. 4. Leur organisation sera faite par les représentants du peuple ; ils seront divisés en compagnies, et distribués sur tous les points du territoire français ci-devant district de la Vendée, sans pouvoir en sortir.

Section IIP. — Article 1".Tous les bons signés parles chefs, dans les deux armées du centre et du bas de laVendée, par le commissaire aux vivres et les délégués par eux, seront remboursés jusqu'à concurrence de deux millions.

510 BBETAGNE ET VENDÉE.

Art. 2. Toutes les mesures d'exécution seront prises pour s'assurer de la sincérité des bons qui seront présentés à l'ciTet du remboursement.

Section IV' ( elle fut signée à Nantes, le 26 février ). — article 1". Les personnes des chefs et des habitants de la Vendée insurgée qui se soumettent aux lois de la République une et indivisible sont à l'abri de toutes recherches pour le passé.

ART. 2. Il sera accordé des secours et indemnités aux habitants de la Vendée, pour leur aider à relever leurs chaumières et maisons, pour y rétablir l'agriculture et faire revivre le commerce. .••.•.... . ..•■.••••k...

Art. 6. Les jeunes gens de la réquisition restent dans la Vendée pour y rétablir l'agriculture et l'industrie.

Ce traité eut-il ses articles secrets, comme tous les traités? — Non ! répondaient les Républicains; — Oui! répondaient les Royalistes; — lorsqu'un témoignage incontestable, celui de Napoléon, a donné raison aux Royalistes. Lisez cette page des Mémoires du grand homme :

<c Les articles secrets des traités de la Jaunais donnent une juste idée de rhabilcté des négociateurs républicains et de la crédulité des négociateurs vendéens. Les voici :

c< Les Républicains, convaincus qu'après plusieurs années de combats infructueux, ils ne peuvent assujettir ni détruire les Royalistes du Poitou et de la Rretagne, sont convenus des articles suivants :

« l"* La Monarchie sera rétablie.

<( 2° La Religion catholique sera remise dans toute sa splendeur.

c< 3*" En attendant l'époque du rétablissement de la Monarchie, les Royalistes resteront entièrement maîtres de leur pays; ils y auront des troupes soldées aux dépens de l'État, qui seront à l'entière disposition de leurs chefs.

c< 4'' Les bons signés au nom du Roi , et qui ne s'élèveront qu'à 1,500,000 francs, seront acquittés sur les caisses de l'État. Les Royalistes garderont, en outre, tout ce qu'ils ont pris aux Républicains.

V 5° Les chefs et les soldats royalistes recevront de grosses sommes pour les indemniser de leurs perles et de leurs services.

« 6*" Non-seulement on ne pourra imputer aux Royalistes rien de ce qui s'est passé, mais encore on lèvera le séquestre de leurs biens et de ceux de leurs parents condamnés.

(c 7^ Les Emigrés qui se trouvent en Rretagne ou en Poitou seront censés n'être jamais sortis de France, parce qu'ils s*y sont battus pour le Roi.

c( S'^Tous les Royalistes resteront armés jusqu'à l'époque du rétablissement du trône, et jusqu'à cette époque, ils seront exempts d'impôts, de

milices et de réquisitions de tout genre \ »

^ Le Coiivoiilionnel BoursauU, qui était sur les lieux, neul |kis moins explicite : « Charettc. dit-il. •>ùl demande l'aliolilion de la République, qu'en serrant un peu le boulon, il aurait obtenu l'objet de

Page 1