‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 172 sur 223 · CHAPITRE DIX-HUITIËME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HUITIËME

Quelque opinion qu'on ait du traité de la Jaunais, qu'on y voie un chefd'œuvre de rouerie républicaine» ou un modèle de crédulité royaliste, — comme l'Empereur Napoléon, — le beau rôle est, de toute manière, du côté des Vendéens. Sincèrement ou non, publiquement ou secrètement, la République leur donnait raison sur tous les points, leur rendait les biens qu'elle leur avait enlevés, réparait les maux qu'elle-même avait faits, consacrait la justice de leur cause et l'indépendauce de leur pays : en un mot, défaisait autant que possible Tœuvre de 90 à 94. Le sang de ces pauvres villageois n'était donc perdu ni pour la France ni pour eux-mêmes. Quant à la reconnaissance officielle de la République par Gharette, que signifiaitelle, lorsqu'on lui promettait officieusement la Monarchie?

Celte promesse secrète explique seule la presque unanimité avec laquelle les chefs vendéens et chouans, Sapinaud, Couctus, Gormatin, les deuxGuérin, Solilhac, de Bruc, Sauvaget, d*Epinay, Gogué, Richard, etc., adhérèrent tout à coup au traité delà Jaunais, et jurèrent fidélité aux lois de la République française ' .

Moins les dissidents de la Jaunais furent nombreux, plus ils furent violents ; dans les deux partis extrêmes, les purs Républicains crièrent à la trahison, et les purs Royalistes à la lâcheté ! Delaunay appela les soldats de Gharette à la révolte ; mais celui-ci les calma par sa seule présence. — « Dans Tétat des choses, il fallait traiter, leur dit-il ; je l'ai fait aussi glorieusement que possible... Reposons-nous jusqu'à ce que la République viole une paix qui lui coûte dix fois plus qu'à nous-mêmes. »

Au camp de StofDet, l'exaspération alla jusqu'au délire. Le garde-chasse, entraîné par Rostaing et Trottouin, avait d'abord pris le chemin de la Jaunais avec des intentions conciliantes; mais il arriva trop tard, et Dernier lui persuada qu'on se moquait de lui. — « Au diable la République et

M demande. L'article concernant Louis XVII et sa remise aux envoyés de Gharette a existé séparément. Le traité en huit articles qui promet le rétablissement de la Monarchie est vrai dans tous ses points. On Ta nié depuis ; mais je sais que Gambacérès l'a donné en original à Bonaparte, et je n'ai pan été surpris de le trouver dans les Méhoibes de ce dernier. J'en ai moi-môme une copie, que j'ai faite à Mantes, et que, deux mois après, Hoche, à son quartier de Rennes, n'a jamais voulu croire. »

^ L'adhésion des Chouans porte un caractère particulier de pnidcnoe et de perspicacité bretonnes : « Les Royalistes de la Bretagne, ceux de la Normandie, du Haine, et des autres provinces de France, persuadés qu'un gouvernement entièrement populaire est sujet à de fréquentes et grandes commotions, et qu'elles se font toujours aux dépens de la tranquillité d'un État et du bonheur de tous, sont convaincus que les Français, d'après leur caractère physique et moral, ne pourront jamais être heureux que sous le gouvernement d'une monarchie, ils demandent qu'entre Français il s'établisse un oubli particulier, général, entier, et réciproque du passé.

« Ils ne peuvent témoigner d'une manière mieux prononcée leur attachement inviolable aux Royalistes de la Vendée, qu'en fouscrivantâ tout ce que fera le général Gharette pour rétablir la paix, l'union et la concorde entre les Français. Il suffira seulement que l'on promette, avec garantie, de remplir par la suite ceux des articles dont on ne pourrait pas pour le moment obtenir l'exécution; ce n'c»t que par des nuances douces et insensibles que les Français doivent se flatter de ramener le bonheu^panni eux. »

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Gharelte ! » s'écrîe-t-il alors, en tirant Tépéc; et, furieux des défections qui rafTaiblisscnt i chaque pas, il arrête Berard et Rostaing, poursuit Sapinaud etFIcuriot de La Fleuriaye, rend inutile l'intervention du bon abbé Jagault, et déclare traîtres à Dieu et au Roi tous les adhérents de la pacification... C'était montrer une bonne foi brutale et une valeur chevaleresque ; mais c'était méconnaître à la fois les circonstances, le pays et le» hommes.

Encore un coup,laYendéeet la Bretagne ne s'étaient battues sous le drapeau du Roi, que pourleur propre liberté... Une fois cette liberté reconquise, le drapeau du Roi ne suffisait plus à les rallier. Que de preuves n'en ont-elles pas données, depuis les affaires do 1795 jusqu'à celles de 1832?

La violation du traité de la Jaunais par la République, et la nouvelle tyrannie de Napoléon en 1814, pouvaient seules rappeler aux armes les Vendéens et les Chouans. Encore ces nouvelles levées de boucliers ne devaient-elles plus avoir l'ensemble et l'élan de la première.

L'intelligence de cet étal de choses fait le plus grand honneur au génie de Gharette et de ses adhérents. On ne peut louer que le dévouement personnel chez ceux qui ne le comprirent pas comme lui.

Charette, voulant jouer son rôle jusqu'au bout, avait promis de se rendre à Nantes. Il y entra, pour ainsi dire, en triomphe, le 26 février, sur son cheval de bataille. Il portait un de ces costumes luxueux qui lui plaisaient tant : l'habit bleu de roi, l'écharpe blanche aux franges et aux fleurs de lis d'or, le large chapeau surmonté du panache blanc. A sa droite et à sa gauche, marchaient le général Beaupuy et le général Canclaux. Celui-ci lui faisait les honneursde la journée aveçja politesse gracieuse d'un ex-marquis. Derrière eux, venaient quatre officiers républicains et quatre officiers vendéens ; puis les états-majors des deux camps, mêlés et confondus; puis, entre deux haies de gardes nationaux, les guides de Charette ombragés du drapeau blanc; puis les représentants pacificateurs dans deux voitures ornées du bonnet de la Liberté: puis enfin, la cavalerie républicaine et une multitude immense. Au premier abord, cette multitude parut étonnée; p^i^ cUe^e mit à battre des mains et à crier : Vive Charette! Il y eut même quelques cris de Vive le Roi! qui allaient trouver d'imprudents échos, lorsque les Conventionnels firent crier : Vive la Paix! en agitant sur leur passage des drapeaux tricolores».. L'impénétrable figure de Charette s'ouvrait pour sourire et pour remercier... Tout à coup, il fronce le sourcil. On passait devant la place de BoufTay, — rougie naguère de tant de sang ! Charette salue avec respect les ombres des victimes. Canclaux et Beaupuy l'imitent, et les deux états-majors se découvrent la tête.

Ainsi la Terreur n'était plus que de l'histoire ancienne !

Charette descendit et diiiaxhez les représentants, et ses compagnons furent reçus en frères égarés par lei< familles notables de Nantes. La joie des

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