CHAPITRE DIX-HUITIÈME
uns et des autres tenait du délire... a Tous, sans doute, étaient de bonne foi ce jour-là, dit M. Crétineau ; un enthousiasme pareil ne saurait être commandé. »
(lependaut, derrière les amis de la paix, on entendait murmurer les derniers montagnards. Charetle lui-même les reconnaissait à leurs yeux sombres : et le soir, à la société populaire, il lui fallut déposer les insignes vendéens. Il fut dédommagé; au théâtre, par des acclamations flatteuses; mais rien ne put rappeler le sourire sur ses lèvres, ni le calme dans son esprit. Un doigt fatal, comme celui de Daniel, lui montrait le terme prochain de ces expansions. On fit de vains efforts pour le retenir à Nantes. Le lendemain, il regagna son camp nu galop.
Tous les royalistes qui restèrent à Nantes n'imitèrent pas la réserve de leur chef. Quelques-uns insultèrent le drapeau républicain, et manquèrent de réveiller le tigre endormi... On les écarta adroitement, en leur interdisant d*afficher la cocarde blanche. Les notables nantais n'en furent que plus généreux envers les proscrits qui affluaient chez eux. Ruelle leur donna publiquement l'exemple, et l'ancien prisonnier de Saint-Florent. M. Haudaudine \ s'acquitta alors envers madame de Bonchamps. Sa bourse, sa maison et son crédit furent noblement ouverts à l'illustre veuve et a tous ses amis.
A ce spectacle de paix et de conciliation, pourquoi faut-il opposer un tableau de haine et de discorde : celui 4c^^ch<îfs vendéens se calomniant et se déchirant, quand ils n'avaient plus d'ennemis à combattre? Les insinuations les plus odieuses contre Charelte partir.enl de la tente de Stofflet et du cabinet de Bernier. L'impérieux abbé mettait le général poitevin au ban de la Vendée, pour commander à la Vendée elle-même sous l'épée fanatique de Stofflet. Le 2 mars, un conseil de guerre, présidé à Jallais par le garde-chasse, déclara traîtres les pacificateurs de la Jaunais, et appela tous les Vendéens à détruire celte ceuvre de lâcheté.
— Décidément, répondit Charette, Stofflet est fou. Bernier le perdra.
Désespérant de traiter avec Stofflet, Ganclaux marcha contre lui. Le général, furieux, se vengea sur Pnidhomme, adhérent de son rival, — qu'il fil sabrer par ses chasseurs...
Les mêmes discordes travaillaient la Convention nationale... Accusés aussi de trahison par la queue de Robespierre, les signataires du traité de la Jaunais n'osaient le rendre public. Ils enlevèrent enfin, le 13 mars, un vote approbateur, en déposant à la barre un drapeau blanc offert par Charette comme gage de sa loyauté.
Toute l'influence du curé de Saint-Laud n'avait réuni que peu d'hommea autour de Stofflet. Traqué par Canclaux, et près de tomber dans ses mains, le garde-chasse propose enfin une entrevue aux Conventionnels*
' Il vient de mourir oclogénaire, i Nanlen, «u milieu de l» vénération publique^
5U RRËTAGNIi: ET VENDEE.
Ou lui impose une seule condition : de reconnailre la République « pour la forme, » comme Cliaretlc... — Impossible, répond SlofOet, je ne trahirai jamais mon drapeau !... II parlait avec une telle sincérité, que Canclaux s'écria : « Général, votre conduite n'est pas celle d'un homme d'Etat, mais elle est assurément celle d'un brave !... »
Les hostilités recommencent. Canclaux fait fouiller toute la forêt de Vezins. Stofllet lui échappe avec l'habileté du renard. Il ordonne alors une battue, village par village; mais les derniers Vendéens, dignes des premiers, renouvellent, à Chanzcaux, les prodiges de la grande guerre. (9 avril 4795.) Déjà célèbres par leur courage et leurs malheurs, dix-sept gars de ce village, qu'a immortalisés M. le comte de Quatrebarbes, jurent de mourir tous pour sauver leurs femmes et leurs enfants. Il s'agit de leur laisser le temps de gagner les bois, en arrêtant les colonnes ennemies... Les nouvelles Thermopyles seront le clocher de la paroisse. Le signal est donné par le sacristain Ragueneau et par le curé Blanvillain, naguère assermenté, maintenant réfractaire... On se retranche dans le clocher avec des munitions et des vivres... Le général Caffin arrive, et trouve les maisons désertes. (Un petit nombre avaient échappé aux colonnes infernales.) Il cerne l'église, et promet la vie à ceux qui se rendront. « Vive la religion et vive le roi ! » répondent les dix-sept gars. Le siège du clocher commence. Les hommes occupent les meurtrières, et les femmes chargent les fusils. Pendant cinq heures, les Bleus sont décimés, sans pouvoir rendre la pareille... Enfin ils allument de la paille et du bois dans l'église, à moitié brâlée déjà... Les gars les repoussent encore par une décharge générale, mais ils reviennent mutilés et sanglants, et ajoutent un monceau de cadavres au bûcher, pour le rapprocher de la voûte... Les flammes s'élancent en tourbillons jusqu'au clocher... «Rendons-nous! s'écrie l'abbé Blanvillain, hors de lui... — Ahl monsieur le curé, dit Ragueneau, ra* chetez plutôt par le martyre votre serment sacrilège ! » Et le prêtre se résigne à mourir avec tous ses compagnons... Une balle lui traverse la cuisse, en mémo temps que les flammes l'atteignent. Mais il oublie sa blessure pour secourir un mourant. Il donne le saint ciboire à une femme, il s'ëlance... et tombe au milieu du bûcher. Bientôt Ragueneau reçoit aussi le coup mortel. Une belle fille de vingt ans se précipite sur son corps : c'est Jeanne, sa sœur. On veut l'arracher au feu qui la dévore. « Non ! s'écriet-elle, laissez-moi périr...» Et elle se rejette dans les flammes... Cinq femmes et treize hommes sont encore vivants... A genoux, la tète dans leurs mains, ils attendent la mort. Les Bleus les contemplent avec une admiration mêlée d'épouvante. « Rendez-vous, leur crie-t-on, vous n'aurez pas de mal !... » Deux hommes croient à cette promesse, ils sont fusillés à quelques pas... « Notre Dieu est mort pour nous, mourons pour lui ! » dit un chasseur de StofDel, en recevant une balle dans la tète... Enfin, les
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plus acharnés Rcpublicnins sont omus jusqu'anx lannos... Ils ap|)lii|ti<tnl «los échelles au mur, cl vont sauver les derniers coinliallanls malgré eu.\. Caflin proincl la grâce à tous, et, comluits à Cheniillé, ils l'olitinrcnl, on oITct, le mois suivant.
Quelques jours après, les frères Cadi prirent Châlons, et écrnsèrenl tout un bataillon, dans une île de la Loire.
A eos nouvelles, Canclaux tremble de voir renailre l'acharnemenl ven- . déen. Il décide, en conseil de guerre, qu'on ne versera plus le san^ que par absolue nécessité. Il envoie ses soldais porter des secours et des indemnités dans ce pays de Bressuirc et de Chàtillon qu'ils jonchaient naguère de cadavres et de ruines.
Enfin l'abbé Bernier, renonçant à l'impossilile, décide Slofflet à signer, à Varades, le traite de la Jaunais, — sauT les clauses secrètes (2 mai). Le général poitevin Tait nablcmenl les choses; il stipule le retour en France de son ancien niaitrc le comte de Colbcrt et sa réintégralian dans tous ses biens. Puis il atténue par une jtroclanintion les calomnies prodiguées à ses rivaux, et i| invile tous les Français à devenir <c un peuple de frères et d'amis. »
Douze jours avant, le 20 avril, les chefs de la Bretagne avaient Irnilc â la Mabilais *, de sorte que toutes les provinces de l'Ouest se trouvèrent pacifiées, du moins en apparence.
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CHAPITIIE nrX-NElIÏIEME.
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Nt les Vendéens, ni les Brc- tons, ni les conventionnels, ne se fnisnient d'illusion sur rimpossihililé d'exécuter les trailés de la Mnbilaij et de 1»
Jaunais. Les insurgés resinient armes et ndminisircs monarcliiqucmonl. au milieu de la France républicaine. Leur moindre contact avec les patriotes pouvait donc jeter des étincelles, — c( ces élinrelles rallumer des incendies. Puis I plupart des chefs étaient la guerre. Puis enfin la pai^