‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 174 sur 223 · CHAPITRE DIX-NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-NEUVIEME

fit pulluler des milliers (rintriganls, comme un rayon de soleil multiplie les insectes.

Aux bataillons des géants succédèrent les clubs des pygmécs, les cercles monarchiques, les agents royalistes, les marchands de contre-révolutions. les commis voyageurs de Gand et de Vérone, etc.

Rien de misérable et d'affligeant comme le spectacle de la Vendée et de la Bretagne en proie à tous ces exploiteurs du sang et de la gloire de leurs héros !

L'abbé Brottier se distingua entre tous , — ce brouillon qui eût désuni les létjions célestes^ comme disait le cardinal Maury. Captant la contiance du régent (depuis Louis XVIII), il calomnia d'abord Charette, puis l'exalla selon les circonstances, et se lit, à la tèlc de V Agence roijaliMe^ l'entremetteur obligé, le contrôleur et le censeur de toulcs los opérations du dedans et du dehors. Il accabla le général poitevin d'émigrés-ambassadeurs, qui prétendaient lui enseigner son mélier de partisan, et qui, tout parfumés encore des bals de Londres et de Coblentz, voulaient pousser à de nouvelles batailles la Vendée à peine guérie de ses blessures et sortie de ses ruines.

— Vous avez toutes vos forces et toutes vos espérances, eût pu répondre la Vendée à ces ambitieux égoïstes, vous qui, prudemment cachés pendant le combat, n'arrivez au jour que pour le partage du butin ; mais regardez ce qui me reste de mes heureux et innombrables enfants : des femmes et des vieillards mourant de fiiim sur des décombres, — des soldats mutilés par les sabres et criblés par les balles, — des hommes exténués de fatigues, de privations et de désespoir \..

^ « La dévastation, dit M. Grétiiieau, s'était partout répunduc. Le l'cr et le i'cu avaient tout ravagé, tout cousumé, et, pour ne citer qu'un exemple de cette dévastation générale, racontons ce qui se passa sur les ruines de GboUet, lorsque ses habilauls y revinrent.

« Â la suite des derniers combats qui s'étaient livrés dans ses murs, cette ville, entièrement dépeuplée, resta déserte pendant de longs mois \ elle n'eut pour liotes <|ue les 1ou)m des forêts voisines, attirés par l'odeur des cadavres. Les chiens des métairies et des nombreuses blanchisseries qui environnent ChoUet accoururent bientôt pour disputer aux loups leur épouvantibte curée. Lorsque le traité de la Juuiuiis permit à chacun de rentrer dans ses foyers, les premiers lubitants qui »e pré» sentèrcnt sur les débris de leur cité furent obligés de défendre leur vie contre ces animaux repus de chair humaine. Il fallut deux jours d'une chasse prudente pour leur faire abandonner la place ; encore ne fut-ce qu'eu menaçant qu'ils se retirèrent dans les bois de Vezins et de Mortagne.

M Alors, maîtres des rues solitaires et des décombres sans refuges, on vit ces infortunés de tous les partis errer au milieu des ruines; ils ne rencontrèrent un abri qu'au fond d'une de ces vastes caves de tisserands, que des maisons ébranlées sous le feu avaient protégée. Quelle ne fut pas leur surprise en trouvant là un hôte connu de tous, qui pleurait de joie et serrait dans ses bras chacun de ses compatriotes échappés à tant de désastres I Gel hôte se nommait Adrien Garnier, le sacristain de la paroisse. Jamais il n'avait pu se décider à quitter le sol natal et à suivre les (lionnes. Gâché à tous les yeux dins ces catacombes recouvertes de cadavres, il avait attendu en silence la mort ou la liberté. Lorsqu'aux hurlements des bêles fauves, qui, après le départ des armées et des habitants, prenaient possession de Ghollet, il vit qu'il n'avait plus affaire qu'aux loups et aux chiens affamés, il sortit de sa retraite pour leur disputer quelques provisions. Sa première tentative fut heureuse, elle l'enhardit. Il parcourut les maisoiis incendiées, y recueillit des vivres, des meubles, du linge, de l'argenterie, et les effets précieux qu'il put arracher de dessous les décombres. Avec un ordre admirable, il classa, il

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Lcà Vendéens n'avaientqu'uncchoseà faire : allendrc sous les armes, cl le plus longtemps possible, que la République exécutai ou violât le traité de la Jaunais. Mais rAgence de Paris ne leur permit pas cette politique sage et réparatrice. Elle poussa, malgré Charette, des bandes égarées contre les colonnes républicaines... Heureusement le prudent Canclaux fermâtes yeux sur ces échauffourées, et se souvint que Charette lui-même les avait prédites en signant la paix, — déclarant qu*il les désavouait d'avance, cl qu'il ne pourrait les empêcher.

Mais l'ennemi le plus dangereux de la pacificaiion fut le ministère anglais. 11 lui fallait à tout prix entretenir le feu qui consumait la France... Et déjà il méditait le second acte de la comédie de Granville : l'expédition de Quiberon...

Les princes, dont on flatte l'ambition, donnent les premiers daus le nouveau piège. Ils envoient le marquis de Rivière à Charette, pour le réconcilier avec Pitt et avec StorHet (44 mai). Charette ne cède qu'à regret au premier vœu, mais se rend cordialement au second... Il revoit SlofOet au quartier de Sapinaud, lui tend la main et lui dit : « J'oublie les intrigues qui nous ont séparés; que notre union soit désormais sincère* et ne combattons plus que la République. » Cette réconciliation fut scellée du sang de Delaunay, que Stofflet livra à la justice de Charette. C'était un transfuge de Laval, athée par fanfaronnade cl brave par caprice, audacieux et intri* gant par-dessus tout.

Cependant l'expédition de Quiberon se préparait ouvertement. Les agents de Puysaie allaient et venaient d'Angleterre en Vendée. Stofllet et Charette, en dehors de ces intrigues, exécutaient personnellement les traités, mais ne pouvaient empêcher les conflits de se multiplier de jour en jour. LeComité de salut public perdit patience, et viola enfin ses serments, — d'abord en établissant un poste à Lamotte-Achard, puis en ordonnant l'arrestation deCharette (à laquelle Canclaux se refusa noblement), puis en traitant de rebelles les paysans qui se défendaient contre les exactions ! Bref, le 18 juin 1795, l'adjudant général Carty vient demander à dinar au quartier d'Allard, ancien aide de camp de La Rochejaquelcin, à qui Charette avait confié la division de Joly. Apres un repas joyeux, les Bleus proposent au chef vendéen de le reconduire, l'emmènent dans la campagne, le désarment et le traînent prisonnier à Saumur... Charette proteste. Canclaux a les mains liées... La guerre recommence...

Entre aulres parjures, la Convention avait promis de remettre aux Vendéens, avant le 13 juin 1795, l'infortuné Louis XVII, et elle le laissa mourir lentement sous les coups du cordonnier Simon. Ce fut le principal

numérota tous ces fruits d'une conquèlc inspirée par la charité la plus désintéressée. W rendit à «es compatriotes, sans distinction de parti, les richesses qu'il avait accumulées, aCn de les préserver peut-être d'un nouveau pillage. Pour lui, il ne conserva que le souvenir du bien qu'il avait fait. »

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