‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 175 sur 223 · CHAPITRE DIX-NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-NEUVIEME

motif de rupture invoqué par Gharolte et par tous les chefs royalistes, dans la déclaration solennelle qu'ils publièrent le 22 juin, — déclaration dont on ne peut soupçonner la loyauté, sans accuser de mensonge tous les hommes d'honneur qui la signèrent ^ (Leurs noms couvrent plusieurs pages de Tacte ofliciel.)

Le plan de Gharelte se réalisait donc pour la guerre, — comme il se fût réalisé pour la paix, si la République avait tenu ses promesses. Après quatre mois de repos, la Vendée a retrouvé et rallié ses forces... Et si elles n'offrent plus l'ensemble et l'élan de 1793, elles tiendront encore la Convention en échec jusqu'au jour qui la verra tomber.

Gharette reprend les armes, le 26 juin, au cri de : Vive Louis XVUI, roi de France ! Un bataillon républicain, qui venait l'arrêter, passe en masscsous son drapeau... Il annonce alors à touicsses divisions la mort de Louis XVII et l'avènement du comte de Provence, le soulèvement des Ghouansde Bretagne et l'arrivée prochaine des émigrés à Quiberon. Ses lieutenants se lèvent comme un seul homme à son appel. Il force le camp des Essarta, le 28 juin, tandis que les deux Guérin battent les Bleus à Beaulieu et à Aigrefeuille. Il reçoit alors de Louis XVUI le brevet de lieutenant général, et cette faveur si méritée ranime la rivalité de Stofflet. Le curé de Saint- Laud défend à celui-ci de reconnaître le nouveau général et le nouveau roi.

Il faut dire que le parti royaliste était divisé au dehors comme au dedans. Louis XVIII était le roi des monarchistes constitutionnels, et Charles X était le roi des monarchistes absolus. L'antipathie des deux frères était, d'ailleurs, instinctive, et l'on sait qu'après avoir servi d'instrument à leurs favoris, elle n'a cessé qu'au lit de mort de Louis XVIU, grâce à l'intervention de madame du Gayla.

L'abbé Bernier devint, en 1795, l'agent de Gharles X, comme l'abbé Brottier était l'agent de Louis XVUI. Les intrigues de ces rivaux ambitieux ne contribuèrent pas moins que celles de l'Angleterre et de la République au désastre affreux de Quiberon (16 juillet 1795).

On trouvera le récit de ce désastre à notre chapitre de la Ghouannerie.

Bien que Gharette n'eût contribué à l'expédition des émigrés que sous forme de diversion, il n'en reçut pas moins un contre-coup fatal, qui suspendit ses propres succès.

Le premier résultat de la victoire des Républicains et de l'abus sanglant qu'ils en firent fut d'inspirer, aux Vendéens comme aux Ghouans, un acharnement qui changea la guerre en boucherie. Gharette répondit aux fusil-

^ S'il blUH joindre une pren?e de plus aux Mémoiru de Napoléon et aux aveux de Boursault, on la trouverait dans les Mémoire» de Barrirez récemment publiés par M. Carnot. c L'histoire recherchera, dit Barrère, quels traités étrangers et imposteurs autant qu'antinationaux furent faits i la Jaunaiff, — entre le troisième Comité de salut public et 1m envoyés de Tarmée catholique, — traités qui trouvèrent une soumoii qvelcosqir dani la mort précoadu filt de Lomé XV!, détenu au Temple.)>

S5U BRETAGNK ET VENDEE.

ladcs d'Auray par l'cxterniination de quatre cents prisonniers bleus. « Je vous déclare, ccrivil-il aux généraux républicains, qu'à l'avenir, je sacrifierai homme pour homme, toutes les fois qu'on égorgera un émigré. »

La cause royaliste n'avait plus d'espoir que dans Charettc et dans ses braves Poitevins. Rivière et autres envoyés accoururent leur promettre de nouveaux secours des princes et de l'Angleterre. Ils tentèrent aussi une seconde réconciliation avec Stofflet, qui venait d'être fait maréchal de camp et chevalier de Saint-Louis. Mais l'abbé Dernier empêcha insidieusement le succès de cette négociation. Quant aux Anglais, qui avaient tant à faire pour regagner la confiance de Gharette, ils lui apportèrent, en efTet, des munilions, que le général échangea fièrement, près de Saint-Gilles et sous le feu des Républicains, contre le blé de ses paysans. G'était la première fois que l'Angleterre tenait sa promesse, et ce fut malheureusement la seule. L'expédition de l'Ile-Dieu vint compléter les mystifications de Granville etdeQuiberon.

Toute l'Europe avait les yeux sur cette flotte anglaise qui amenait enfin le comte d'Artois aux Vendéens ! — Les Itois vaincus avaient partout cédé le terrain à la République. La Monarchie n'avait plus d'autre palladium que la bannière vendéenne! «cEt cependant la République était ensevelie dans son triomphe, s'écrie Napoléon, si le comte d'Artois eût touché le sol de la patrie! » Mais, hélas! il en était séparé par un double abime : sa propre pusillanimité et la duplicité britannique. Les géants vendéens n'étaient appelés que pour mourir, comme les gladiateurs de Rome, — devant ce César*Pygmée, incapable de se mettre à leur tête.

Tout égoïste et tout insensible qu'il fût, Louis XVIII n'eût peut-être pas reculé ainsi, lui qui venait d'écrire au duc d'Harcourt cette sommation politiquement héroïque : « On craint pour ma vie, si je passe en France; mais de quel poids est ma vie à côté de mon honneur et de ma gloire. Que me reste-t-il? la Vendée ! Qui peut m'y conduire? le Roi d'Angleterre! Insistez de nouveau sur cet article. Dites aux mifiistres, en mon nom, que je leur demande mon trône ou mon tombeau. La Providence en décidera! »

Mais les Anglais se gardèrent bien de prendre Louis XVIII, qui eût débarqué par calcul et malgré eux, quand ils avaient sous la main le comte d'Artois, dont ils étaient sûrs d'enchaîner la faiblesse.

A rile-Dieu, comme à Granville, lord Moira — funeste augure ! — commandait en chef. Cent cinquante-huit gentilshommes des premières maisons de France s'étaient enrôlés sous son nom : Grussol, Coigny, Vaudreuil, Yibray, Seignclay, Menou« Ganisy, Noë, Béhague , Lambertye, Roncherolles, Dampierre, Desdorides, Monaco, Bombelles, Gasteliane» Valory, Berlrix, Marcellange, Durfort, Monti de Lacour de Roué, Monti dcLormicre, Narbonnc, Lezardièrc, Anielol, Lorge, Sillard, Marmande. Kauchicourt, La Neuville, Lubcrsac, La Charce, Gaqueraye. Fontanges,

Page 1