‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 176 sur 223 · CHAPITRE DIX-NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-NEUVIEME

Cussy, Gouvcllo, Marsan, Ghevignc, Gailloii, La Gondic, Ségur, Villars, Beaumonl, La Boëssière, Lalour-Dupin, Bourkc, d'Absac, Vcrtcuil, Charles de Mathan, d'Arllicnay, La Pelouse, de La Tremblayc, de Grammont , de Saint-Pern. Guitry, Ternay, Jarnac, de Vaulx, Penbouet, Chabannes, Pclleporl, etc., etc., tous anciens officiers si habiles et si braves, qu'au dernier moment TAngletcrrc leur défendit d'embarquer! — La première division avait à sa tétc le major général Dayle ; la seconde se composait entièrement d'émigrés.

Le 25 août 1795, le comte d'Artois annonce à Charette son arrivée pour les premiers jours de septembre... C'était la fcte de la Saint-Louis; toutes les divisions s'assemblent au cri de Vive le Roi I La Convention, hurlant de fureur, appelle tous les révolutionnaires aux armes. Il s'agissait de perdre le fruit de trois années de victoires, ou de donner le coup de grâce à la Monarchie, en écrasant ses derniers défenseurs! Monsieur arrive sur les côtes de Bretagne, et assiste, dans l'ilc d'Houat, à un service funèbre en l'honneur des victimes de Quibcron. Douze jours se perdent en délibérations et en correspondances, pour savoir si on attaquera Noirlnoulier on rile-Dieu ; au lieu de se jeter sur la côte, seul avec son épée, comme Rivière et quelques gentilshommes, le comte d'Artois reste à la merci du Commodore Waren. « Il faut s'en rapporter aux Anglais, » répétait-il patiemment. Deux fois déjà, deux fois en vain, Charette est venu à sa rencodtre. On le débarque enfin, le 29 septembre, à l'Ile-Dieu. Le duc de Bourbon l'y joint avec un brillant concours de Nobles. StoHlet lui-même sort de l'inaction, et deux officiers, déguisés en matelots, viennent mettre les troupes angevines aux ordres de Monsieur. Soixante-dix mille combattants l'attendent, sans compter la Chouannerie bretonne : l'armée de Charette, vingt-quatre mille hommes; celle de Sapinaud et de Fleuriot, quatorze mille; celle de Stofflet, vingt mille; celle de Scepeaux, douze mijle. Les chefs de l'esprit public, h Paris, et Pichegru, sur le Hhin, sont prêts à passer à la cause monarchique, le lendemain de sa première victoire. Menacée par les sections de la capitale, la Convention joue le reste de sa popularité le 15 vendémiaire (5 octobre), en faisant mitraille^ les citoyens par Barras et Bonaparte. Elle expire en masse vingt jours après, et cède le gouvernement de la France au Directoire (Larevcillère-Lepeaux, Barras, Bewbell, Letourneur et Cnrnot). Comment le comte d'Artois et les Anglais profitent-ils de ces circonstances miraculeuses? Pour croire à tant de faiblesse d'une part, ot à tant de rouerie de l'autre, il faut lire les pièces officielles que nous avons sous les yeux I Le 5 octobre. Monsieur écrit pour la troisième fois à Cliarctte qu'il va le trouver sur un point quelconque du rivage. Charette assemble encore toutes ses divisions et marche avec transport vers la mer, à la t.^te de quinze mille hommes II repousse les Bleus à Nesmy; le 10 octobre, il arrivé au villapode laTranchc, tout près

du Pcr luis-Breton. C'est là que le prince va venir! c'est là que la Monarchie va rentrer en France ! c*osl là que la Vendée va recevoir le prix de trois années de combats et de douleurs! Chefs et soldats regardent vers l'Océan avec des palpitations de joie et d'impatience... Un tourbillon de sable s'élève et s'approche. . . Voilà le prince, sans doute! Tous les chapeaux volent en Tair, tous les tambours battent, tous les drapeaux se déroulent, toutes les voix poussent un cri. . . Charette s'élance hors des rangs !. . .

Ce n*e8t pas le comte d'Artois ! c'est son aide de camp, le comte de Grignon. H annonce que le prince ne débarquera pas, que tout est ajourné!.. . Puis il remet à Charette, de la part de Monsieur, un magnifique sabre, portant cette inscription si déplacée : Je ne cède jamais!

Charette rougit de honte et frémit de rage. Il regarde en silence l'aide de camp, le sabre et l'horizon. . . « Monsieur, répond-il enfin d'une voix étoulTée, votre maître m'envoie mon arrêt de mort. Vous voyez autour do moi ces quinze mille hommes ; demain il ne m'en restera pas trois C4înls ! Dites à Son Altesse Royale que je n'en observerai pas moins la devise qu'elle m'adresse : Je ne céderai jamais. Je n'ai plus qu'à fuir ou à mourir en brave. Je ne fuirai pas, moi ! je saurai mourir !

Et il tourne le dos et s'éloigne, ayant déjà la mort dans l'âme, et déchargeant sa fureur contre l'Angleterre et les Anglais.

Le lendemain, dit le comte de Vauban (qui a eu la lettre sous les yeux), Charette écrivait à Louis XVIII : « Sire, la lâcheté de votre frère a tout perdu. »

Les courtisans du prince le justifièrent en prétendant que son rang ne lui avait pas permis de chouanner. Ils lui attribuèrent même ce mot incroyable, qui vint retourner le poignard dans le cœur de la Vendée.

A la place du comte d'Artois, Napoléon aiurait daigné chouanner, car il s'écria, en se faisant raconter cet épisode : « J'eusse traversé la mer à rile-Dieu sur une coquille de noix ! » •

M. Crétineau assure que le prince voulut échapper aux Anglais et fit chercher vainement une barque pour gagner le rivage de France. Il est évident qu'il eût trouvé cette barque, s'il l'eût cherchée avec rirrcvocabic intention de la trouver ! Henri IV y serait assurément parvenu, lui qui sut conquérir tout son royaume en ciiouannant!

On assure encore qu'en quittant l'Ile-Dieu, Monsieua répéta le mot de François T' : Tout est perdu fors l'honneur. Nous ne dirons pas quelle variante il fallait faire à ce mot, — par respect pour le tombeau de Goritz...

Le comte d'Artois se repentit trop tard de sa faute, et essaya vainement de la réparer en se jetant sur la côte de Bretagne... Alors il pleura cl supplia ses courtisans de rarraclier à la surveillance anglaise... Tout ce qu'il put obtenir, ce fut d'envoyer aux chefs vendéens de nouvelles promesses et de l'argent, le 17 novembre.

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