‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 178 sur 223 · CHAPITRE DIX-NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-NEUVIEME

donnés... Ils doivent les prévenir par une bonne police. Je leur recommande de voir un Français, un frère, en tout homme égaré par Terreur.. . etc. M

C'était tlétrîr d'un seul mot tout le passé. — Le général Avril s'en plaignit, grossièrement : — « On m'a assuré, lui écrivit Hoclie, que vous aviez dit, après avoir lu ma circulaire aux habitants des campagnes, qu'elle n'était pas de moi, que je ne savais ni lire ni écrire. Je te sais, citoyen, et de plus je sais couper les oreilles aux imposteurs et aux dénonciateurs. »

Arrivé dans le bas Poitou avec dix-huit mille hommes. Hoche dit habilement aux Vendéens : — c< Pensez-vous qu'avides de sang, nous allions venger l'assassinat par l'assassinat? Non ! Les vrais Républicains ne sont pas cruels. Ils viennent vous arracher à la tyrannie, et non vous égorger. Ne nous fuyez plus ; nous saurons respecter votre faiblesse... Kétablissez vos chaumières, priez Dieu, et labourez vos champs. C'est contre Charette, cet éternel ennemi de votre repos et de votre bonheur, que je dirige les forces qui me sont confiées par la'RjépuUf<]«ie. »

Et les faits vinrent aussitôt coiifirmer ces paroles, — de manière à ne plus laisser de doute ni de méfiance aux paysans-..

Tel éiait le nouvel ennemi quç Cliarette, épuisé, allait attaquer dans toute sa force... Ceci fut encore un véritable 'combat de géants.

Tandis que Hoche s'avance pour ceriicr le général poitevin dans son camp de Belleville, — celui-ci réunit ses divisions et leur donne le mot d'ordre. — Il veut renouveler sa grande campagne de l'hiver précédent, et, par des harcèlements quotidiens, couper à propos les colonnes républicaines. Ses soldats sont peu nombreux, et la défection ou le découragement les décime d'heure en heure; mais il a encore autour de lui ses intrépides divisionnaires, — les deux La Roberie, Couëtus, Lucas-Championnière, Cailleaux, Guérin jeune, Savin, Pajot, Fougaret qui vient de succéder à Guérin l'ainé, etc., etc. Charette abandonne avec eux son quartier de Belleville, et les égaille en tirailleurs dans le bois des Gats.

Hoche poursuit en administrateur et en général son admirable stratégie... Impitoyable justicier des capitaines, il reçoit à merci les soldfits qui se rendent, donne aux paysans de quoi rebâtir leurs chaumières, — fait enlever les bestiaux, les femmes, les enfants de ceux qui résistent, et les leur restitue avec indemnité, lorsqu'ils déposent les armes. Il agit moins noblement quelquefois, il paye les délateurs et les espions, — conformément à la politique honteuse du Directoire...

Sapinaud, tranquille depuis longtemps, vient alors au secours de Charette, et bat, à Mortagiie, avec les frères Gogué, le général Boussard, qui périt dans l'action. Hoche lance à sa place le général Willot, et traque luipicme Charette dans les landes et les bois de la Uoche-sur-Yon. Pendant

un mois, celui-ci lui échappe, en le harcelanl, disparaissant tous les soiri^ et reparaissant tous les matins» enlevant les convois à Timproviste, se retranchant de taillis en taillis et de buisson en buisson, — toujours inévi> table, et toujours imprenable à la fois. Hoche désespère un moment de vaincre un pareil homme. Quatre mille de ses soldats sont blessés ou malades... Les autres sont harassés ou découragés... Il fait alors une chose indigne de son caractère : il met à prix la tête de Charette : — « Gharettc a six mille louis en or, écrit-il à Delaage, promettez-les à quiconque ramènera mort ou vif. » Honneur à la Vendée! Elle n'aspirait qu'à voir finir cette guerre, — et elle n'eut pus un traître pour vendre son général !

Cependant Charette sent que l'heure fatale approche. Il assemble sesi derniers braves, et leur dit: — «Je vous rends vos serments, messieurs, cherchez à vous sauver, je l'approuve; quant à moi, j'ai juré de mourir les armes à la main. Je tiendrai ma parole... »

Une seule voix répond à ce discours : — « Nous mourrons tous ensemble!... » Au même instant, un courrier pénètre dans la forêt de Grâla. où cette scène avait lieu, et remet à Charette une lettre de Sowvarow, l'illustre généraLrusse :

— « Héros de la Vendée, glorieux défenseur de la foi de tes pères et du trône de tes rois, salut! Que le Dieu des armées veille à jamais sur toi !... Et vous, immortels Vendéens, dignes compagnons d'un grand homme, relevez le temple du Seigneur... Brave Charette, honneur des chevaliers français, l'Europe étonnée te contemple, et moi, je t'admire et te félicite... Gloire à toi !... Ce 1" octobre, à Varsovie. Signé Sowvarow. »

Cela n'est-il pas sublime? Et Charette ne dut-il pas croire encore qu'il pouvait sauver la Monarchie? — On était à la fin de 1795. Toute la Chouannerie bretonne était en armes. La Normandie allait se lever. L'infatigable Puysaie remuait l'Angleterre et la France, et StofDet remettait au vent sa terrible épée...

Malheureusement, le garde-chasse n'eut que le temps d'expier, par une belle mort, les dernières fautes de sa vie... Le 12 décembre, l'abbé Bernier, qui voulait partager avec Hoche le rôle de pacificateur, entraîne Stofflct au May, près du général républicain. Celui-ci est tellement fasciné par le curé deSaint-Laud, qu'il propose au Directoire d'unir ce talent à ses propres armes; mais le revirement fut trop brusque. L'orgueilleux prêtre secrut joué par le généralissime, et poussa sur le champ de bataille l'instrument qu'il venait d'employer à la paix. Cédant jusqu'au bout à son inlluencc, StofQet appelle ses lieutenants et ses soldats aux armes.

Il était trop tard. Bernier devenait enfin suspect aux Royalistes... et, dans l'Anjou comme dans le Poitou, la modération de Hoche prenait le dessus. H se fortifie encore, en recevant du Directoire des pouvoirs illimités sur tout rOuest. 11 va répétant partout : — « Respectez le culte

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