‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 179 sur 223 · CHAPITRE DlX-NEUYIÈMIi · texte numérisé non relu

CHAPITRE DlX-NEUYIÈMIi

et les prêtres!» «Allez à la messe, s'il le faut, » écrit -il à ses lieutenants. Il rallie aiirsi un grand nombre d'anciens curés, qui, ne voyant plus de danger pour la foi dans la pacification, s'en font les missionnaires au nom de l'Évangile de pardon... Le Directoire y joint des nuées d'espions, à la parole mielleuse, aux mains pleines d'argent... Bref, les officiers même de Charette, ceux qui s'obstinaient naguère à mourir avec lui, invitent, par un mémoire, les populations à déposer les armes... Charette s*indigne d'un tel revirement et le reproche aux signataires, surtout à Prudent de LaBoberie, qu'il aimait comme un fils. Les officiers se repentent, et battent dès le lendemain les Bleus à la Thébaudière, ou Prudent se justifie par un trépas héroïque...

— « Pauvre et noble jeune homme! dit Charette en l'enterrant dant^ son manteau de guerre, mort aujourd'hui comme nous mourrons demain!... »

De nouvelles batailles consacrent les obsèques de La Boberie... Lucas- Championnière, avec trois cents hommes, attaque, le 24 décembre, un convoi près du château de Châteiiay. Le chef de division Pajot meurt à son tour, dans cette affaire, — Pajot, un des plus terribles paysans et des plus grands originaux du bas Poitou ^

Ainsi Charette voyait tomber autour de lui tous ses lieutenants. Impassible comme la mort, il continue d'aller au-devant d'elle, et remporte aux Quatre-Chemins sa dernière victoire, le 26 décembre. Championnière. Collin, Beaumelle et Couëtus Ty secondèrent énergiquemcnt. Deux jours après, il fait célébrer une messe solennelle à la Boullière ; l'abbé Bémcau absout les soldats et bénit leurs armes... — « Et maintenant, où allonsnous? demande Championnière. — Droit aux Bleus, » répond Charetic. Mais, écrasé aux Trois-Moulins par le général Travot, il rencontre pour la première fois la trahison. Elle avait revêtu la forme charmante de mademoiselle de Grégo, fille de la marquise de ce nom. Confidente de tous les chefs royalistes, cette dame s'éprend de Hoche, et lui livre les secrets de

^ « C'était encore, dit M. Championnière, un des braves de rarnice: mais il ne dut ôtre regretlô que pour cette seule considération. Pajot était un gros puysaii de la dernière ignorance ; il eut tous les défauts d'un parvenu et conserva tous les vices de son état ancien. Il fallait le voir à son quartier général, à Bouin, ayant une douzaine de servantes à ses ordres, se donnant tous les aira d'un grand seigneur, et regardant comme sa conquête l'argenterie de tous les absents dont il s'était emparé. La croix de Saint-Louis lui était acquise de droit, disait-il; mais le roi ne pouvait pas lui donner une moindre récompense à la paix que le commandement d'un régiment. Rien ne pouvait être plus risible que ces prétentions exprimées en langage maraichiu, si ce n'est le ton et les manières de madame la commandertut, son épouse. Au fait, Pajot était un des plus intrépides. Un chef de parti n'a jamais assez de gens de cette espèce. Uniquement dévoué à son général, il suivait ses ordrcji aveuglément, et ne reculait jamais qu'entraîné par le torrent, après avoir lutté contre le plus longtemps possible; mais, par une suite de cette obéissance aveugle, les plus grands crimes ne lui eussent pas plus coûté qu'une action vertueuse, et Pajot eût tué son père, si son père eût habite parmi les Bleus. M. Charette l'aimait et le regretta beaucoup, et lorsque je fus lui rendre compte de l'action, il ne uie répondit que par ces mots : « Vous m'avez luissc tuer un brave homme, monsieur! »

bm BnETAUNIi Kl VENDÉE.

SCS eniiciui8. Des prèlros et des paysans rimileiil. séduits par l*or du Directoire. Mais aussi haliile qu'inlrépide.CharclIc devine, à la Rufliêre.que sa marche est trahie... Il la change brusquement, el s'élance jusqu'à Chavagnc, à travers les fusils et les baïonnettes républicaines.

Il n'avait plus ni poudre ni pain... Quelques débris de son armée l'entouraient à peine Il envoie Ift comte de Suzannel et il'Argcnsinrormerles princes de sa situation ; mais déjà de nouveaux partisans l'abandonnent. Le iidèle Couëtus lui-même, ce Lescure du bas Poitou, obtient un armistice du général Graticn... Il se charge d'amener Charetle à la paix... Charetle lui donne, en cfTet. son nssenliment.

quoique avec défiance. Couëtus se rend au château de l'Ëpinay.sur la parole dcGratten...

Des avis secrets luiannonccul une perfidie... Il refuse de les croire, et se voit arrête au milieu de la nuitavecdeux de ses compagnons, jugé par une commission militaire et fusillé Gonire loules les lois d<! l'honneur. On le somma de racbcitas.«Hi 1er sa vie par un mcnsongi',

un déclarant qu il n avait pas comnniiilc l'avaiit-garde aux Quatre-Chemins — « Le fait est vrai, répondit il noblement; comment voulez-vous que je le nie ' »

Hoche connut il et autorisa t-il ce lâche démenti de son propre système ? Croyons qu'il n'en fut rien, pour sa gloire, Le fait est que le résultat trompa complètement l'attente du Directoire. Il croyait effrayer, il ne lit qu'exaspérer. Convaincus qu'ils n'avaient plus de merci à attendre, 1rs derniers Vendéens se resserrèrent autour de Cbarctte avec le courage du désespoir...

Slofflel profila de l'occasion pour s'élancer de ses canlonnenicuts : — « Nous marchons tous à l'èchafaud, dit-il à ses officiers : mais tout le monde pousse à la guerre ; faisons-la donc jusqu'à la fin !» Il se nro, le

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