CHAPITRE DIX-NEUVIÈME
20 janvier 179H, sur Argcnlon-lc-Château, en chasse les Républicains, et s'empare de toutes leurs armes. Ce fut le dernier exploit du chef angevin.
Hoche avait trouve le mot d'ordre qui devait compléter son triomphe : — « Mort aux officiers vendéens ! Grâce aux soldats !... » Tous les soldats se rendirent, e( les officiers restèrent seuls. Déjà Sapinaud est paralysé, et StofOct va être pris. Hoche arrive à Ghemillé, le 28 janvier 1796, avec trois régiments. Le partisan Guichard est arrêté, jugé et fusillé à Somloire. Nicolas a le même sort. Le 14 février, Bernier attire Stofflet et son conseil à la Saugrenière. Le garde-chasse y paye sa dernière dette à ses maîtres, en nommant le comte Golbert de Maulevrier agent général auprès de Louis XVIIL Au milieu de la nuit, le conseil se sépare. Bernier disparait... c< Que devint-il et que fit-il? » dit M. Grétineau, c'est le secret de Dieu, qui Ta jugé! A quatre heures du matin, Stofflet dormait, avec Lîchteningen, son aide de camp, Goulon, son secrétaire, Éroudelles, député des Chouans, et trois domestiques... lorsqu'un détachement bleu, conduit par Loutil, cerne la métairie, force la porte, et assiège le lit du général... Il se lève à demi nu, sans armes, terrasse trois Républicains, et allait peutêtre échapper, lorsque des sabres et des baïonnettes lui percent le corps et les bras, et lui abattent le front sur les yeux. Il chancelle alors, aveuglé par son sang, et les Bleus le garrottent, en criant : — a Vive la République !»
On lui enlève aussitôt le reste de ses vêtements ensanglantés; on lui jette sur le dos une méchante blouse, et on le traîne pieds nns jusqu'à Angers, où il comparait devant la commission militaire. Là, toute la fermeté de ce caractère indomptable se résume dans le silence du mépris. 11 refuse même de prononcer son nom, écoute sans sourciller son arrêt de mort, et marche au supplice, avecLichteningen et Moreau. Le général Thorîgny veut lui faire bander les yeux. — « Arrière! dit-il, en repoussant Texécuteur de sa main sanglante; les généraux vendéens n'ont pas peur des balles! » Il regarde avec calme charger les fusils, joint les mains, lève les yeux au ciel, crie : a Vive la Religion ! vive le Roi ! » et meurt à quarante-trois ans, le 23 février 1796.
Nous avons dit les vertus et les défauts, les exploits et les erreurs de Stofflet. Les premiers suffisent et au delà pour excuser les seconds.
Le jour même de sa mort, Bernier lui donnait d'Autichamp pour successeur.
L'Agence royaliste de Paris, qui avait fait tant de mal à la Vendée, faillit alors lui rendre un grand service. Les nains de l'intrigue manquèrent de sauver les géants de la guerre. Plus habile contre ses ennemis que pour ses amis, l'abbé Brottier tenta de perdre Hoche auprès du Directoire : — ce Tenez bon, écrivit-il à Gharette, et je vais remuer contre votre ennemi le
jse» BRETAGNE ET VENDÉE.
cielcircnfer.J'cii de jolies femmes dans nos intérêts. Avec cela, on est sûr de nos directeurs.» Hoche^ en effet, devint bientôt suspect, comme aspirant à la dictature, comme ressuscitant la Terreur en Vendée, «et affichani des tendresses de maréchal de Soubise pour les grandes dames qui berçaient sa vanité et flattaient son amour immodéré pour le plaisir. » ( Rapport du général Gosnet. ) En un mot. Hoche allait tomber, lorsqu'il se releva par une habile défense, et montra que ses plans seuls étaient praticables. II resta donc à la tête de l'armée, et ce fut Gharette qui succomba.
Tout en faisant poursuivre son rival de gîte en gîte, le général républicain achevait de le mettre au ban des villageois et du clergé. Ce fut un prêtre qui livra de la meilleure foi du monde les derniers canons de Gharette... M. Guesdon, curé de la Rabatelière, lui proposa, de la part de Hoche et de Gratien, un sauf-conduit à l'étranger pour lui et ses amis. — un million de francs, et la restitution de tous ses revenus...
— « Moi, fuir! répondit Gharette; abandonner les braves que je commande! Jamais! Tous les vaisseaux de votre République ne suffiraient pas pour les transporter en Angleterre, ni ses armées pour leur servir d'escorte! Loin de craindre vos menaces, j'irai vous attaquer dans votre camp. »
Gependanl ses derniers lieutenants mouraient ou se rendaient... — «Moi seul, disait-il comme la Médée antique, moi seul, et c*est assez ! » Le 20 février, à la tête de deux à trois cenis hommes, il livre à la République, près de la Begaudicre, son cent septième combat (nous les avons comptés). Il voit mourir autour de lui son frère» son cousin, presque tous ses amis; il continue de se battre au milieu de leurs cadavres... et va passer la nuit dans les bois, — au milieu de leurs fantômes...
Au point du jour, une amie fidèle ( les femmes le sont toujours au malheur), Madeleine Tournant, lui annonce queRozeau et Guérin jeune vont le livrer auxBleus... Guérin le joint à l'instant même et le presse de quitter le bois. Gharctie le regarde avec mépris, et détourne les yeux... Guérin le trahissait-il, en effet? La chose n'est point prouvée. Le lendemain. Le Couvreur, encore un de ses braves, rendait son épée... Hyacinthe de La Roberie, qui venait d'en faire autant, était promené par les Bleus, de village en village, sur un cheval sans nelle ni bride...
De là, le bruit public qui accusa ce gentilhomme d'avoir vendu Gharette, de concert avec Guérin. Hoche l'annonçait en toutes lettres au Directoire, le 27 février : — « Guérin et La Roberie sont accueillis par le commandant (le Vieillcvignc, qui me les amène... Je leur donne la permission de rester sous la surveillance du commandant, auquel ils avaient promis de faire prendre Gharette. » On ajouta plus tard que La Roberie en personne conduisit la colonne de Travot jusqu'au dernier refuge de son général. Mais