‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 181 sur 223 · CHAPITRE DIX-NEUVIÈMK. . 56i · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-NEUVIÈMK. . 56i

le noble accusé a été lavé de cette calomnie, d'abord par le témoignage de Travol lui-même et de quatre officiers de sa brigade : puis par un tribunal d'honneur, composé du comte de Chalus,Lucas-Ghampionniore, Davy-Desnorois, Leverrier de Beaumanoir cl Dubois de La Patellièrc.

Des noms aussi cbers à la Vendée ne peuvent laisser aucun doute sur l'honneur de La Roberîe.

Cependant Hoche était instruit de toutes les marches de Charette et le suivait pas à pas, sans pouvoir mettre la main dessus. Un combat désespéré ou un détour adroit sauvait d'heure en heure l'illustre proscrit.

Un jour, les Bleus attaquèrent son arrière-garde, où étaient les deux demoiselles de Couêtus et mademoiselle de LaRochette, aujourd'hui madame de Chantereau. Les trois jeunes filles refusent de se rendre. L'une d'elles gagne un bois, et les deux autres reçoivent des coups de sabre à la tête. On les emmène prisonnières aux Sables- d*01 on ne. Elles avaient la figure couverte de sang. Un officier républicain leur jette un mouchoir et disparaît. Ce mouchoir contenait plusieurs pièces d'or... Elles n'ont jamais pu re- Irouver Fauteur de cette touchante action.

La défiance de Charette avait toujours égalé sa fermeté. On juge si l'une et l'autre se développèrent au milieu des espions et des traîtres qui l'entouraient. Ses derniers amis massacraient sur le moindre soupçon ceux qu'ils redoutaient. Tel fut le sort de M. Guesdon, curé de la Rabatelière, qui, comme on sait, avait servi d'ambassadeur au général Gratien. Soupçonné de dénonciation, il fut enlevé de son domicile, et fusillé dans une lande avec ses deux domestiques. Travot accuse formellement Charette de cette exécution. Mais M. Crétineau-Joly assure qu'il était alors éloigné de

deux lieues.

— « Cette guerre est donc interminable, s'écriait le général Hoche, qui écrivait en vain à Travot, à Mermet, à Hedouville, à Grigny. — Rassemblez vos troupes, tuez vos chevaux, vous n'aurez rien perdu, si vous réussissez!... Promettez, récompensez, menacez, punissez, mais amenez Charette, ou faites-le prendre par d'autres !... Puisse mon âme vous animer, ou plutôt puissent vos opérations égaler en vivacité l'amitié que j'ai pour vous!... La fin doit couronner l'œuvre! Il nous faut Charette et le reste des armes ! etc., etc. '. »

I C'est dans ce même temps que Hoche avait avec le président Maussion les curieux entretiens rapportés par Mellioet, — et dans lesquels il exposait et jugeait avec Unt de sagacité la tictiquc des Vendéens et des Chouans... « C'est, disait-il, à se donner au diable en pays catholique ! On se bat contre on ne sait qui. Les troupes marchent paisiblement sans apercevoir un seul homme armé, et tout Ji coup, au détour d'un chemin, une Tusillade sort d'une haie infernale.. On veut répondre, il n'y ■ phis personne. Les assaillants ont fui dans toutes les directions. A cent pas de là, nonchalamment appuyés sur leurs bêches commode tranquilles Uiboureurs, ils vous regardent passer, comptant le nombre de ceux qui manquent dans vos rangs, et que leurs fusils anglais ont abattus comme ils abattent une perdrix ou un lièvre à l'affût; car tout paysan est chasseur, et chasseur adroite Et comment re-

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aux fermes sur sa route, ni un peu de pain, ni un peu de repos. Toutes les, fermes sont occupées par des soldats acharnes à sa poursuite. Le 25 mars, son armée, — cette armée si terrible naguère, était réduile à trente-deux hommes. — Lui-même n'avait plus de cheval et courait à pied jour et nuit... — lorsque quatre colonnes le cernent à la Prélinière, dans la paroisse dé Saint-Sulpice. « C'est ici, s'écric4-il, qu'il s'agit de lutter jusqu'à la mort et de vendre chèrement sa vie! Seul avec ses trente-deux compagnons, il soutient pendant trois heures la charge de deux cents chasseurs et grenadiers. Douze cadavres lui servent de dernier retranchement. — 11 reçoit un coup de feu à la tête; un coup de sabre lui coupe trois doigts. Son sang arrose la terre... — mais il résiste encore. . . Un dévouement sublime prolonge alors ses jours... Un déserteur alsacien, nommé Peffer, qui a pour lui une espèce de culte ( poussé jusqu'à la férocité la plus sanguinaire envers ses ennemis), lui donne son chapeau et prend le sien où flotte le panache blanc. c< Mon général, s'écrie-t-il alors, sauvez-vous 1 A l'aide de votre panache, je les attirerai tous sur moi, et ils me tueront. » Peffer avait dit vrai. Cinq grenadiers deValentin le massacrèrent, tandis que Charette gagnait le bois de la Chahoterie. Là paraît la colonne de Travot. Un nouveau, un suprême combat s'engage. Haletant, épuisé, perdant son sang par trois blessures, le général chancelle. Le Vendéen Bossard le charge sur ses épaules ; Bossard est frappé à mort. Le jeune Larochc-Davo s'approche pour saisir ce glorieux fardeau ; comme Bossard, il meurt sous les balles républicaines. Un troisième, dont le nom est malheureusement ignoré, se dévoue encore. Charette, sans connaissance, est déposé dans un taillis près de la Chahoterie ; Travot, cinq minutes après, y pénètre avec ses voltigeurs. Le chef royaliste est fait prisonnier ; — mais, en rendant son épée, il a retrouvé son énergie...

Travot et ses officiers le traitent avec le respect que mérite un héros. . . Ils le conduisent d'abord à la prison d'Angers, d'où Stofllet, son rivaL vient d'aller à la mort. Jusque-là, Charette n'avait pas dit un mot : c( Voilà donc, s'écrie-t-il enfin, où m'ont poussé ces gueux d'Anglais ! »

— Charette est pris ! Charette est pris! cette conquête électrise toute l'armée républicaine : « Mon cher général, écrit Grigny à Hoche, nous sommes comme des fous depuis cette bonne nouvelle. » Elle arrive à Paris à huit heures du soir. Les cinq Directeurs la reçoivent avec des cris de joie et la font annoncer sur tous les théâtres, — comme ils eussent fiiitdc la prise d'une capitale et d'un royaume...

Charette est conduit en bateau d'Angers à Nantes. Tout le long de la route, les chaloupes canonnières tirent d'heure en heure pour annoncer son passage. « Voilà qui est bien impolitique, dit-il en regardant les deux rives...» Mais les patriotes seuls accourent avec des cris d'allégresse.

561 BRETAUNK ET VENDEE.

Pas un Vendéen ne se remue pour sauver le génie de la guerre .. .

A onze heures du soir, Gharetie entre, proscrit, enchaîné et sanglant,

dans cette ville de Nantes qu'il avait naguère traversée en triomphe. —

Moins généreux que Travot, Dutilh Taccable d'injures. Le captif lui répond

^en haussant les épaules. On panse ses blessures, et il dort tranquillement

jusqu'au matin.

Le lendemain, une panique interrompt les réjouissances populaires. — La foule s'imagine qu'on a substitué à Charette un Vendéen sacrifié à sa place, et elle demande à grands cris à voir de ses yeux le général poitevin. Alors Dutilh commet un second crime de lèse-gloire et de lèse-humanité. La garnison et la garde nationale sont rangées sous les armes. On place Charette au milieu d*un immense cortège de généraux à cheval, de soldats et de peuple, et on le promène, comme un trophée vivant, par toutes les rues de la ville ^ Dans ce long supplice inventé pour lui, rien n'ébranle sa dignité, ni son courage surhumain... Sa vigueur seule cède un moment aux horribles souffrances de ses blessures... Il chancelle, épuisé, sur la Fosse, et dît aux généraux qui flétrissent leur uniforme : « Si je vous avais pris, messieurs, je vous aurais fait fusiller sur-lechamp! » Cette leçon fut inutile. La promenade continua jusqu'au bout...

Rentré dans sa prison, Charette demande sa famille; on la lui amène, tout en pleurs. «Retenez ces larmes, dit-il après une première émotion, laissez-moi toute mon énergie, j'en ai plus besoin que jamais ! » Sa famille s'éloigne en étouffant des sanglots. — Il reste quelque temps seul, — puis joue avec la fille du geAlier, âgée de onze ans , puis se recouche, et dort en paix comme la veille. Au point du jour, le 29, il fait venir le tailleur de l'armée poitevine. Flamand Boêts;ii règle ses comptes avec lui comme il l'eût fait à son quartier général, et lui dit, en lui donnant sa main à baiser: c( Adieu, Boëts ; hier encore je pouvais vivre à l'étranger , mais j'avais juré de mourir en France, j'ai tenu mon serment! »

Il allait continuer cette conversation, lorsque le concierge entra... Il pria celui-rcj d'aller chercher un perruquier pour lui faire la barbe. A ces mots

i « Un concours immense, dit un témoin de cette scène, était répandu sur son passage et remplissait Iqs balcons. Des cris de Vive îa Èépublique ! se firent souvent entendre ; mais, soit qoe le cortège en imposât, soit qu'eflectivement nous reprissions de meilleures mœi^rs, et que le temps des fureurs fût passé, l'indignation se contint, et on lui épargna les injurieuses personnalités. Il était habillé d'un pantalon gris, d'un habit-veste pareil, sans autre distinction qu'un gnlon d'or étroit et dentelé qui bordait son collet. Autour de sa tétc, un fichu blanc était négligemment noué à la créole. Il avait reçu un coup de feu à la tête; son épaule droite était encore couvert^ de sang. Il avait le bras gauche en écharpe; un coup de sabre lui avait coupé trois doigts de celle main. Sa contenance était assurée, sa marche ferme, et le plus grand calme était répandu sur sa figure. Son teint n'était plus, comme au temps de la pacification, blanc et uni ; les fatigues l'avaient bruni. Il regardait tout sans insolence et sans bassesse. Il répondsiit à toutes Icç questions sans aigreur cl avec sang-froid. Quand on lui piirlait des massacres de Maihecoul et autres qu'il avait ordouiios, il se contentait d'un signe de tcfe iié^iiif cl d'un sourire amer, comme pour faire sentir qu'il avait fait son métier. »

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le concierge, interdit, s*avance vers le capitaine Leyicux et lui parle bas pour le consulter... «Je devine, dit Gharette avec un sourire expressif, j'ai commis sans doute une indiscrétion, n*en parlons plus. Je désirais me mettre en état de paraître en public comme tout le monde ; or, cette longue barbe... » Et son geste termina la phrase... « Du moins, on ne me refusera pas un dernier repas : cela ne fait pas mourir d'avance, ajouta-t-il en souriant encore , je voudrais avoir deux côtelettes de mouton et une demibouteille de vin rouge. Est-ce trop pour le temps qui me reste à vivre? » On se hâta d'aller exaucer ce désir, et Boëts, qui avait peine à retenir ses sanglots, lui fit ses adieux en se jetant dans ses bras. «Adieu, mon ami, lui dit Gharette, avec le calme qui ne l'abandonna pas un seul instant, adieu, nous nous reverrons dans l'autre monde! »

Après le déjeuner, la sœur de Gharette vint le revoit... Que fut-il dit dans cet entretien fraternel ? Nul ne l'a révélé. Sa sœur était encore avec lui, lorsqu'il reçut l'avertissement de comparaître devant ses juges. Son interrogatoire dura près de cinq heures. Il le soutint avec une grande énergie^ quoique sans jactance, et le résuma par ces paroles : « J'ai combattu et je meurs pour ma religion, pour ma patrie et pour mon Roi! »

Lorsque les juges se retirèrent pour voter, Gharette causa avec ceux qui l'entouraient : il leur raconta les circonstances de sa capture, et répondit à ceux qui s'étonnaient qu'il ne se fût pas tué, que le suicide avait toujours été contre ses principes, et qu'il le regardait comme un acte de lâcheté. Quand on lui lut son jugement, des cris de Vive la République! retentirent dans toute la salle, il les entendit sans émotion : ses traits ne furent pas décomposes up seul instant.

Gharette, dit encore son défenseur Yillenave, écouta son arrêt de mort avec un sang-froid imperturbable, et sans accuser, par un seul mot, ni les juges, ni le jugement. Avant son exécution (qui eut lieu immédiatement après), il causa pendant plus d'une heure avec les généraux, et les étonna sur le théâtre môme de sa destruction si prochaine, par une conversation suivie et tranquille. Dans les débats, il lui fut appris qu'on avait arrêté le général Jacob, sous l'accusation de trahison envers la République, pour avoir fui devant* l'armée vendéenne. <c Le général Jacob est faussement accusé d'avoir fui devant moi, s'écria Gharette avec une chaleur qu'il n'avait pas montrée pour sa propre cause. Je dois à la vérité et à l'honneur de ce brave soldat, de déclarer publiquement que c'est une calomnie. » Avant de quitter le tribunal, Gharette adressa ces seules paroles à ses juges : « Je ne cherche point à prolonger l'instant de ma mort, mais je prie qu'on me donne un prêtre catholique. » On appela l'abbé Guibert , curé de Sainte-Groix ; et c'est à ce vénérable témoin que nous devons les détails suivants :

— «Monsieur, dit l'abbé Guibert en se présentant à Gharette, je Viens, dans

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le moment cruel où vous vous trouvez, vous offrir les consolations de la religion. Je ne suis point appelé d'ofGce auprès de vous, la confiance ne m commande pas, vous êtes libre de choisir. » Sans répondre, Charette, après une sorte de salut approbatif, se mit aux genoux du prêtre... Il était onze heures du matin... A quatre heures, l'abbé Guibertne l'avait pas quitté, lorsqu'un roulement de tambour se fit entendre. « Vous êtes prêt, monsieur! s'écria l'abbé Guibert en lui prenant la main et la pressant avec émotion. — Marchons. » Et Charette s'avança, d'un pas assuré, à côté de son confesseur, en répétant avec lui, à voix basse, la prière des morts... La foule s'écarte, calme, pour faire place au condamné et aux gardes qui l'entourent... Un seul homme ose jeter à Charette un mot de haine et tourner en plaisanterie la prière qu'il récite. . Charette le regarde fixement sans se troubler, sans même laisser deviner un signe de dédain , puis ce même regard se promène sur le peuple... L'abbé Guibert lui reprend la main, comme pourlerappeler à lui-même... Charette n'avait rien oublié, et c'est en écoutant les exhortations religieuses qu'il arrive jusqu'à la place Yiarme. Il demande à parler à Travot.. . Puis, après une conférence à voix basse, de deux minutes à peine, il se rend d'un pas ferme au milieu de la place. Cinq mille hommes étaient réunis ep carré sur cette place. Â côté de ceux qui devaient fusiller le condamné, un cercueil était prêt à recevoir son cadavre. Voyant Charette y jeter un regard, l'abbé Guibert lui demande du courage. <c Monsieur, répond le général, j*ai marché cent fois à la mort; j'y vais aujourd'hui pour la dernière fois, — sans la braver, sans la craindre. »

Alors commença le roulement des tambours^ Charette ayant prononcé distinctement un acte de contrition, ôta sa main de son écharpe, et reçut, debout, le coup fatal. — « En effet, se plaçant debout sur le lieu où devait tomber son corps privé de vie , Charette repoussa doucement le bandeau qu'on voulait poser sur sa vue, et, présentant sa poitrine au piquet chargé de l'exécution, il plaça la main sur son cœur, disant : « Frappez là!... C'est làqu'on doit frapper un brave ! ...» Le signal fut imimédia tement donné, avec le geste, par un officier... Charette ne tomba pas aussitôt. Un instant il resta debout, comme s'il n'eût pas été atteint, puis la jambe droite fléchit, ensuite la hanche ; le coude s'appuya à terre comme pour retarder sa chute, et il sembla, dit un de ses historiens, descendre de lui-même au tombeau.

L'officier qui avait ordonné le feu trouva la chose si peu naturelle, qu'il s'approcha pour constater la mort... Charette n'était plus, et ceux-là même qui par esprit de parti s'étaient réjouis de sa mort, répétaient entre eux : Il était brave!

Ainsi mourut Charette , à l'âge de trente-trois ans.

Le monument qui le rappelle à la Vendée s'élève encore à Legé, sur la

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grande roiiln; mais on n'y voit plustiii slatue, brisée par des garnisairc)), après 1H30,

C^ttUtltUgt.

Napoléon, nous l'avons déjà dit. vit dans Gharclte un homme de génie et un grand caractère...

Ce jugement a prévalu sur celui des administrateurs de Nantes, qui. frappant le cadavre du lion, le traitèrent de scélérat, charge de forraits.

Charctic était, par-dessus tout, le type accompli du capitaine partisan, dans la plus mauvaise comme dans la meilleure acception de ce mot. Ecoutons encore son difinelieulcnanl.M. Lucas-Championnicrc— (|ui l'a suivi dans toutes ses marches et dans tous ses combats : « M. Gharettc, par nne activité conliiiuelle, nous sauva de l'entière destruction à laquelle nous étions voués. Marchant toujours à pied, malgré les miiuvais chemins et les temps les plus humides, il encourageait les moins patients à supporter la misère ; s'il voyait quelqu'un mordre dans un morceau de pain, il lui en arrachait la moitié en lui disant : « Tu es bien gourmand, camarade, de manger seul sans partager avec (on général. » Il prenait la pipe du premier venu, et fumait avec comme si elle avait été de matière précieuse. Il allait de caserne en caserne : « Voulez-vous me donner à souper, » disait-il aux uns. A d'autres : « Vous avez de la paille et de bon feu, je reste i coucher avec vous. » Un causait de la dernière déroule, on rappelait une ancienne victoire ; chacun racontait ce qu'il avait appris des affaires de )» République; on convenait ensemble qu'elle ne pouvait exister longtemps.

im BRETAGNE ET VENDÉE.

Nous ne songions alors qu'au bonheur dont nous devions jouir après la guerre, et ce n'était même plus une peine de perdre la vie avec un général qui semblait être Tami de chacun. »

Le grand défaut de Charette était l'excès de son orgueil. Nous en avons rapporté plusieurs exemples. M. Championnière en cite un remarquable. « Les noms de sauveur de la France, de restaurateur de la Monarchie, l'enflaient tellement, qu'il se crut capable de réaliser des prodiges. On peut juger à quel point il s'abusait, par cette réponse qu'il me fit, un jour que je lui témoignais de la défiance des troupes anglaises qu'on nous annonçait : Ne craignez-vous pas, lui disais-je, que leur dessein ne soit de reprendre en France leurs anciennes possessions plutôt que de replacer notre Louis sur le trône? — Je crois peu, me répondit-il, au désintéressement des Anglais; mais laissez-moi faire, j'ai joué la République par-dessous lajanibc« je jouerai Pitt par-dessous la cuisse.» Charette possédait le talent précieux de faire croire aux gens qui conversaient avec lui, qu'il les avait pénétrés, et qu'il serait pour eux impénétrable. A toutes les questions qu'on lui faisait, il ne répondait que par un monosyllabe* qu'il accompagnait d'un sourire ironique, joint à un coup d'œil fixe et perçant, qui semblait dire beaucoup. »

La conclusion de M. Championnière est frappante : « Charette avait prédit que la guerre de la Vendée ne recommencerait pas sérieusement. C'est qu'il savait bien que nul autre après lui ne saurait manier l'esprit des paysans; et ceux qui l'ont essayé depuis n'out-ils pas prouvé qu'il avait dit la vérité?»

Nous allons prouver à notre tour, par la fin de notre récit, la justesse des réflexions de M. Championnière.

Nous ne trouverons plus dans l'Ouest, — après Charette et en dehors de la Chouannerie, — que des complots avortés, des soulèvements partiels, des escarmouches brillantes et des dévouements inutiles.

Une fois les persécutions religieuses et individuelles supprimées, — le mobile populaire et libéral, — ce nerf de la grande guerre vendéenne, — ne pouvait être suppléé par des intérêts de couronne et de dynastie. Les princes n'avaient pas su mettre à profit l'héroïsme des Vendéens, en s'y associant une seule fois par un courageux effort. Leur exil devait expier cette faute par l'indifférence de ces mêmes Vendéens, — en attendant que leur Restauration se vengeât par tant d'ingratitude.

Aussi l'insurrection de l'Ouest, qui avait commencé par des soldats sans généraux, finit-elle, au contraire, par des généraux sans soldats.

Il nous suffira, pour le démontrer, de résumer les derniers événements de la rive gauche de la Loire; après quoi, nous n'aurons plus qu*à passer sur la rive droite, où nous compléterons l'histoire particulière de la Chouan* nerie.

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