‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 182 sur 223 · CHAPITRE DIX-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-NEUVIÈME

Hoche, — avec une habileté merveilleuse, — avait rouvert les églises et relevé les chaumières. Les prêtres et les paysans, réintégrés chez eux, n*aspiraient donc plus qu'au repos, après tant de fatigues et de souffrances ! Mais il n'en était pas ainsi des chefs qui avaient des engagements avec Louis XVIII ou avec l'Angleterre, — ^t qui savaient d'ailleurs leurs Ictes mises à prix parla République. Car l'infaillible système de Hoche continuait; — de plus en plus bienveillant d'une part, et de plos en plus impitoyable de l'autre : — amnistie complète aux paysans qui désarmaient ; guerre et mort aux agents qui les rappelaient aux armes!

D*Autichamp, le nouveau généralissime, rallie en vain quelques soldats de StofQet. Le baron de Vasselot n*est pas mieux écouté des anciens soldais de Sapinaud; en vain, Bourmont, d'Andigiié, Suzannet, etc., guettent Toccasion de s'illustrer à leur tour; en vain Tabbé Bernier, agent général d'armées qui n'existent plus, multiplie ces proclamations qui faisaient jadis sortir des légions du Bocage ! — Tous sont réduits à prier les émigrés de rentrer comme simples soldats, — ce qui séduit peu les courtisans du comte d'Artois.

Enfin d'Autichamp fait sa soumission, et Tabbé Bernier songe à exploiter la sienne. N'ayant plus autantd'influence sur les Blancs, il en prend sur les Bleus, à qui il persuade que lui seul peut compléter l'œuvre de Hoche... Mais ne jugeant pas l'heure arrivée encore, il feint de gagner la frontière, et il reste caché dans l'Anjou...

Vasselot, arrêté sous un habit de paysan, est fusillé devant sa fiancée, mademoiselle dcMesnard. Après Tavoir tué, le Directoire le flétrit comme traître, et cette politique, appliquée à beaucoup d'autres, achève de désorganiser les derniers combattants.

Hoche demande alors, pour la Vendée, une administration spéciale, — mi-partie de réfugiés patriotes et d'habitants indigènes. — « Les premiers seuls gâteraient mon ouvrage, écrit-il ; ils ont des haines et des vengeances à exercer; ils ne respecteront ni le culte, ni les prêtres, ni les souvenirs d'un autre temps, que les Vendéens chérissent toujours... Il faudrait, autant que possible, faire administrer ce pays par des Royalistes... Un jour viendra où la République recueillera le fruit de sa douceur et de ses concessions ; car la Vendée, ne vous y trompez pas, est une bonne terre. 11 y a dans ses enfants de l'honneur et du courage ; la Révolution a eu tort de nier cela... Soyons assez justes pour revenir sur nos erreurs ^ »

De telles paroles suffiraient pour immortaliser le génie de Hoche. Mais le Directoire avait l'esprit trop étroit pour les comprendre , il prolongea

* Hoche éUiit ici Tinterprcte de tous les Républicains de bonne foi. La réaction avait marché si vite, que li mémoire même de Ghareltc était honorée par ceui qui l'appelaient naguère un brigand r.hargéde forfaits. A celte époque où l'or était si rare, on venait de vendre vingt-cinq louis d or la ve»te et le pantalon qu'avait teints le sang du général poitevin (3 floréal an IV).

les trouilles fomentés par les émigrés, — en abandonnant la Vendée aux tracasseries des patriotes. En 1799, le marquis de La Boëssière conçoit un plan, — formé sur celui de Hoche, et qui eût gravement compromis la pacification, s*il eût été appuyé par les monarchies étrangères. Au même instant, une simple menace de conscription ralluma le feu dans quelques paroisses. Les réfractaires des déparlements voisins se jetèrent dans le Bocage. Vrignaux et Du Bouchot font le coup de fusil à Bressuirc, à Chàlilion et à Nesmi. en Anjou. Forestier, le vaillant général de cavalerie, repasse de la Bretagne dans le haut Poitou. Saint-Hubert, Grignon. Lemaignan, Toupeau, La Boucheticre, Beauveau, Dupérat, le secondent de leur mieux. Ce dernier, captif à Nantes avec des galériens, s*évade en les armant de bouteilles, qu'ils cassent sur la tête de leurs gardes. Beau voiliers et Renou rejoignent aussi Forestier. Les nouvelles bandes sont défaites à Ciricres; mais quarante braves prennent leur revanche en repoussant un régiment de Bleus à Saint-Mesmin ; puis ils soutiennent un ftiégc de trois jours, et capitulent avec les honneurs de la guerre ^ C'était toujours de Théroïsme ; mais c'était de Théroïsme perdu.

La loi des otages, qui faisait de la Terreur au petit pied, — en frappant les émigrés dans leurs parents, — donna une nouvelle impulsion aux chefs du soulèvement. Le 28 septembre 1799, d'Autichamp, Suzannet et Grignon se partagent le commandement de la Vendée. Les victoires de Cadoudal, de Frotté et de Bourmont, sur Tautre rive, viennent piquer leur émulation. Ils réussissent à réunir quinze mille soldats. Grignon remporte un avantage à Pouzauges; Suzannet, au Luc, et d'Autichamp, près de Saint- Florent. Mais ce dernier est battu aux Aubiers, par Hardouin; et Suzannet l'est à son tour à Montaigu. La police du Directoire et madame de Turpin*Crissé allaient achever l'ouvrage des successeurs de Hoclic, — lorsque le 18 brumaire changea la face des choses, en élevant Bonaparte sur le pavois...

Épuisée par sept années de convulsions et de fureurs, de combats et de massacres, de misère et de corruption, la France attendait qu'un dominateur heureux lui rendit enfin l'ordre public et la paix intérieure. Les Bourbons n'avaient pas su les lui rapporter sous la bannière libérale des Vendéens. Bonaparte les lui proposa, le 10 novembre, sous le drapeau du despotisme

' Les Républicains croyaient avoir alTaire à un millier d'hommes. « Quelle fui leur suqitrise, dit M. Crétineau, lorsqu'ils virent sortir du château ces quarante jeunes paysans, noirs de poudn*, haijssés de fatigue, tombant d'insomni**, mais fiers encore de la lutte qu'ils venaient de soutenir ! Plusieurs étaient blessés, blessés à la tète on à la poitrine. Les patriotes s'étonnèrent d'un semblable courage ; ils comptaient avec elTroi ces quarante hommes qui avaient tenu pendant trois jours contre une armée entière; ils s'approchaient d'eux en signe d'amitié; ils pressaient leurs mains ensanglantées. Tous manil'cslaiicnt hautement leur admiration ; car, entrés quarante dans le château, les Royalistes en sortaient quarante. »

Quels étaient ces quarant(^ héros? Un seul est connu, c'est Pé mit, garde de Saint-Mesmin.

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