JEAN COTTEREAU
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(luit alors, comme une traînée de poudre , de la Bretagne à la Vendée . — de la Chouannerie pullulante aux armées du Poitou et de TAnjon. Maintenant que nous avons vu mourir ou se rendre les derniers chefs et les derniers soldats de ces armées, — repassons en Bretagne, où nous retrouverons la Chouannerie dans sa force , et prête à envahir le bas Maine cl la basse Normandie.
Mais achevonspréalablemcnt le tableau des événements révolutionnaires en Bretagne, — tableau que nous avons laissé au moment où les Jacobinç^ et les Girondins se livraient leur dernier combat (2 juin 1793).
Jamais la Révolution ne s'était trouvée dans une position aussi désespérée qu'après la défaite des Girondins. Cinquante départements étaient fédérés contre Paris. Les Vendéens triomphaient sur toute la Loire. Les troupes de rÉtat, battues aux frontières, étaient séparées de la capitale par rinsurreclion du Midi. Ce fut le moment sublime des Jacobins, qui surent vaincre et gouverner, — tandis que les Girondins ne savaient que parler et mourir.
Il faut dire que la situation de ceux-ci était inextricable. Ennemis de la guerre civile en Vendée, ils allumaient la guerre civile en Bretagne et en Gascogne. Républicains sages, ils appelaient à eux les Républicains modérés, et c'étaient les Royalistes qui venaient, de tous côtés, à leur secours. La contre-révolution les débordait malgré eux, et ils voyaient avec efTroi les étrangers sur leurs pas. La Montagne, au contraire, fut inexorable, mais conséquente à elle-même. Résolue de sauver à tout prix la République, elle ne recula ni devant les excès, ni devant les sacrifices; — ellejoun courageusement sa télc, en abattant sans pitié celle des autres.
Ce fut à Alençon, à Caen, aux portes de la Bretagne, que le fédéralisme girondin s'organisa d'abord. De Caen aussi venait de partir Charlotte Corday. pour aller assassiner Marat.Là, Pétion, LanjuinaisS Barbaroux, Sales, Buzot,Guadet,Cussy,Lesagc,Bourgoin,GirauIt,Louvet, etc., s'entendirent avec le comte Joseph de Puisaye, qu'ils combattaient naguère de leur parole éloquente, — pour réclamer,' les armes à la main, cette véritable
^ Gel intrépide dépulu de lu Bretagne Tut particulièrement sublime i la Convention, dans la grandilutte du 2 juin. Au milieu des vocirérations de la multitude, et en se cramponnant è la tribune, dont ses indignes collègues voulaient l'arracher, il dévoila la lâcheté de l'assemblée, qui se laissait dominci par les anarchistes, et il demanda que les autorités révolutionnaires de Paris fussent cassées, ^ais alors arriva la députiition de la Commune, c Représentants, dit-elle, les crimes des factieux de h Convention vous sont connus ; nous venons pour la dernière fuis vous les dénoncer. Décrétez à l'instant qu'ils sont indignes de la confiance publique... Sauvez le peuple, ou nous vous déclarons qu'il va se sauver lui-même, v La Montagne applaudit ; la Plaine dit qu'il faut céder; la Gironde ne peul «c faire entendre. Enfin Barrera offre comme moyen termt; la suspension voloiittire des vingt-deux. Aussitôt Isnard, Lanthenas, Faucher, ofl'rent leur démission. Quant a Lni^uinais : < N'attendez de moi ni démission ni suspension... » Et comme des cris s'élèvent : « La victime qu'on traînait à Tautel, ornée de fleurs et de bandeleltcs, n'était pas insultée par le prêtre qui rimiiiolail ... On pari*» de sacrifice de mes pouvoirs ! Les sacrifices doivent être libres, et vous ne l'êtes pas ! »
CllAPlTnK VINllïlKHK. ;,T7
libcrlc.qiiG réclnm.iîi>ntiiiiKsi le» insurgés de l'Ouest, — oldont le [iromiiT devoir étnjt, disnicnl-ih en commun, de réîiisicr à l.i lyrniiinc moiilngnnrde. Dnns cette réunion d'un moment, les Girondins et leur» cnuomiH de la veille s'aperçurent trop liird qu'ils visaient au même l>ut. L'occisifUi de l'atteindre était ninllicun'useineiit passée, et ne devait pus revenir de bien longtemps. L'iiNSemblée insurrectionnelle de Cacn souleva k<s douze déparlemenis voisins, et arma liuit h dt.x mille homiiies. sous les ordres lie Wimpseu et de Puis.iye. I<"S milices du Fini.tl^rc et du l'Illeet-Vilaine étaient iicconrue^ dos premières à l'appel de B.irliaroux. Mais cet amas improvisé de népublicnins et de RoyaliKlcs se dispersa devant les forces rénnies à Vernon par les Ja':oliin-: .
et lesdê|)ntés girondins s'enruirent avec les volontaires bretons, qui les Tirent passer pour leurs rnmarades. Leurs défenseurs de la veille se tournaient déjà contre!
eux. — tant était grande la terreur inspirée par la Montagne!
Toutes les villes insurgées faisaient leur soumission l'une après l'anlrc, et les proscrits ne sauvèrent leurs léles que grâce au dévouement des Bretons i|iii les protégeaient.
« Noms murcliions comme simples soldats, dit Louvet dans ses Mimitiret , et eeu.\ qui nous avaient reçus piiraiss-iient conlents cl fiers d'avoir pour caina> rades cette vingtaine de Représentants , pour qui la France i.",.>.™r-presque tout entière venait de s'insurger. Je trouvai pour moi fort agréablo de feire avec ces braves gens ma journée à pied, de boire cl manger aver eux, sur la roule, le verre de cidre, le petit morceau de beurre et le pain de munition : puis, à la couchée, d'aller avec un billet prendre modcstemeiil mon logement chex un particulier, <|ui. me croyant un simple volontaire, ne se gênait nullement avec moi, et me dispensait par là de loule espère de cérémonie, n
;;7H BKETAiJNK ET VEM)EK.
Les fugitifs rcncoiitrcrcnl à Dol les oiseaux que les Mnlonins vonnient lie lancer, portant au cou la Déclaration des droits de lliomme, et allant jniblier en tous lieux la régénération montagnarde du peuple français.
Ils arrivèrent enfin, de péril en péril, de cachette en cachette, mourant de faim le jour, et marchant la nuit dans les bois, jusqu'à In ville de Quimpcr, où leur collègue Kervélégan leur avait ménagé des refuges '. De là, ils s'embarquèrent pour Bordeaux, où ils trouvèrent leur parti expirant, et où leurs têtes inaugurèrent le règne de la Terreur.
Cependant les nobles idées des Girondins leur survécurent en Bretagne, cl engendrèrent des champions, plus courageux qu'eux-mêmes, des vrais principes républicains. Aux ordres sanglants des missionnaires de la Montagne (Merlin, Cavaignac, Pochole, Carrier, Prieur (de la Marne), Trohouard , Jean-Bon Saint-André, Bréard, Turreau, Bourbotle, Gsnue-L»vallée), les administrateurs des cinq départements, et surtout du Finistère, répondirent par des protestations énergiques contre V infâme centinnvirât de la Convention. L'infâme centumvirat répondit, à son tour, par un décret d'accusation contre l'administration du Finistère en niasse. Kergariou, président; Le Gac, Doucin fils aine, Descourbes, Le Bou\, Le Précloud, Expilly, Danier Kersaux, Postic, Derrien, Le Baron (Bois-Jaffray), Piclet, Le Goazre, LcMoan, Poullain, Le Thon, Déniel, Brichet, procureur général sindic, et Aymez, secrétaire général ( 19 juillet 1795 ). La plupart des administrateurs de Nantes, de Rennes et de Vannes eurent le mùmo courage et le même sort, — tandis que les complices ou les instruments de la Montagne se hâtaient de lui adresser leurs félicitations sur la constitution et le régime nouveaux, — s'excusant à plat ventre d'être entrés un seul jour dans la fédération girondine. Ainsi les cinq départements furent montagnardisés à la fois par les représentants en mission, aidés des clubs régénérés, de la gendarmerie et de la guillotine.
Ce fut peu de temps après que l'évêque de Rennes, Le Goz, lâchement dénoncé par Lindet, alla expier sa généreuse défense du célibat des prêtres. — dans les cachots du Mont-Saint-Michel, où nous l'avons trou* é en revenant de Granville.
Nous avons déjà rendu justice à la bonne foi de ce prélat constitutionnel. Nous devons les mêmes éloges au courage qu'il déploya devant Carrier. Rachetant son erreur par toutes les vertus et tous les sacrifices, il venait de se rendre sui^pect, en arrachant à la mort un jeune prêtre réfraclaire, et en ilétrissant l'abbé Collet, qui s'était marié, le 18 septembre, par-devant le club des sans-culottes de Rennes. Carrier paraît alors, et Le Coz
^ Lui-même, cv>«lc comme eux de Paris, n'avait gagné le Finistère qu'à tr.ivcrs mille dangers. Lr prêtre Letiars, curé coustitutionnel du Piogonnec, l'ayant un jour chez lui, monta en chaire le Icnd«>main, pour annoncer h ses paroissiens que ceux qui arrêteraient les députés en Tuitc auniienl bien luérilé de l:i p.ilrio, cl ccllo coniianccdctourui les soupçons.
CUAPITKË VINGTIEME. Iu9
ebl sa première viclitne. — Il le fait aiueiier devant lui. vl lui n*|iroclu\ en jurant, de n'avoir pas suivi Texeinplc patriotique de Tabbé Collet... Pour toute réponse, Tcvêque lui récite ces vers :
Aliaiidonncr un Dieu que l'on craiiil ùuis sun cœur. C'est le crime d'uu iàchc, el non pas une eiTcnr , Cefi traliir à la fuis, sous un masque liypocrtlc, Et le Dieu que l'on prend et le Dieu que l'on quiUc C'est mentir an ciel même, à l'univers, à soi...
Puis, s*avançant jusqu'au proconsul, le regardant en face et lui prenant la main :
— « Examinez-moi bien, citoyen, lui dit-il, et voyez si je vous semble capable d'une telle lâcheté!... »
Le lendemain. Le Goz marchait vers le Monl-Saint-Michel , garrotté comme un forçat, déchirant ses pieds à la route, et conduit au milieu de trois cents prêtres insermentés, qui le maudissaient sans le connaître ^
Un des premiers soins des Conventionnels fut d'organiser la dénonciation dans leurs départements. Bréard accuse, le 7 octobre, réception de 300,000 livres, — dont il a déjà tiré, dit-il, le double avantage de secourir de bons patriotes indigents, et de savoir par eux tout ce qui se passe dans l'intérieur des familles. — connaissances bien précieuses pour nous dans la position où nous nous trouvons.
Les bons patriotes indigents, formés par les leçons des club.s, commencent par dénoncer pour vivre; puis ils dénoncent pour s'enrichir, — et ils s'engraissent ainsi de la chair et du sang de leurs concitoyens ^. Quand les
' Le Goi était le condisciple et Tami intime du célèbre Gorret de fia Tour d'Auvergne, qui s'illustrait au même instant dans l'armée républicaine. Quelques jours avant son arrestation, Tévéque avait reçu du grenadier son fameux ouvrngc des Origines gauloites, surchargé de notes el accompagné de trente louis, pour les frais de la réimpression. Comment arracher ce double et prccieux dépôt au\ agents de (Carrier? Le Coz le C9cba sous ses' vêtements, et remporta dans son cichot. L^année suivante, il apprit que le brave du bravée était prisonnier, comme lut, en Angleterre. Aussitôt il cliarge;i le min'isirc Petiet de lui envoyer les trente louis d'or; mais celui-ci avait déjà pourvu aux besoins de rilluslre grenadier. Quand La Tour d'Auvergne rentra en France, il ne put faire accepter à sou ami la moitié du dépôt si fidèlement garde. La lettre du soldat est digne des plus beaux jours di; Sparte ou de Rome : c Quoique je ne reçoive que 25 livres par mois en numéraire, < t le reste en mandats, j'en ai assez pour aller doucement dans la vie. Je me prosterne bien plus volontiers devant 1 1 Proviilence pour la remercier que pour lui rien demander. Du pain, du lait, la liberté et un cœur qui ne puisse jamais s'ouvrir à l'ambition, voilà l'objet de tous mes désirs. Je vous le répète donc, que le partage soit strictement égal entre nous. Vous ne sauriez en user autrement sans oflenser mou amitié et vous exposer à la perdre pour toiyours. a
* « A Rennes, dit M. Ducbateliier, c'est un nommé •Jean-Baptiste Bouet, prêtre constitutionnel, homme sans moeurs, se disant parent de l'infâme Carrier et cousin germain de Cou! lion, qui est chargé, par le représentant Pochole, des missions les plus secrètes pour la réorganisation des clubs et les approvisionnements de la guerre. Une plainte contre lui, que nous avons sous les yeux, porte qu'à la lin de la mission il enleva de Rennes 200,250 livres, et que, quand il arriva dans le pays, il était ob.igé de rester au lit pour faire blanchir ses bas, tant était grand le dénûment oiJ il se trouvait. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'ayant fait de<i réquisitions de grains dans la coomiune de Mar-
5Hil BnETAGNE ET VENDEE.
prétextes iiiatiqueni aux arrestations, le moi de fédéralistes est là pour y siuppléer largement.
Les délégués des Conventionnels sont dignes de leurs commettants. Julien et Guermeur, — naguère chassés de Rennes, — organisent les sansculotles de Lorient, de Vannes, de Josselin, de Ploêrmel, deQuimper, etc. En cette dernière ville, ils forcent le laboureur Douillon, qui a déjà ses fils il la frontière, de se consacrer lui-même au service de la République. — c( Ht mes champs, qui les cultivera? » demande ce magistrat malgré lui. \.i l'on vote a l'unanimité qu'ils seraient cultivés par souscription. Puis on lit, au club, une liste des patriotes de Quimper, — et ceux qui ne sont [VAS applaudis sont déclarés suspects et arrêtés le lendemain.
Des femmes embellissent les nouvelles Sociétés de Marat. pour qu'aucune excitation ne manque aux sans-culottes. Ei à chaque motion jacobine, on se donne l'accolade dans le doux épanchement de tous les ccsuts.
Tout s'épure, tout se ravive ainsi, sous Tactiou formidable du gouvernement de l'an II. La Convention terrifie ses missionnaires; les représentants terrifient les délégués; les délégués terrifient les clubs et les co-. mités de surveillance ; les comités et les clubs terrifient tout le monde. Chacun, sous peine de mort, doit venir s'agenouiller à son tour devant le nouveau pouvoir, et en obtenir le certificat de civisme, qui garantira pour ([uelques jours sa liberté ou sa vie.
« Le peuple français a voulu la République, dit la Convention ; nous sommes chargés par lui de la faire vouloir! »
Si l'on apprend que Toulon vient d'être livré aux Anglais : — « Ville infâme! s'écrie le club dcLorient; que les maisons s'écroulent sur tout ce qui respire dans ton enceinte, et s'engloutissent sous la terre qui te porte; que les flots qui battent tes murs, après t'avoir détruite de fond en comble, abandonnent ton rivage; que tous les élémenls, sensibles à notre juste indignation, s'unissent pour ta destruction totale. »
Arrive alors la fameui^e loi des suspects ( septembre 1793 ), — réseau élastique et immense, qui enveloppe :
V Tous ceux qui se sont montrés partisans de la tyrannie, du fédéralisme, et ennemis de la liberté;
2° Ceux qui ne pourront pas justifier de leur manière d'exister et de l'acquit de leurs droits civiques;
o" Ceux à qui il a été refusé des certificats de civisme ;
4^ Les fonctionnaires publics suspendus ou destitués de leurs fonctions:
ligné, il appert d'une délibération dont nous avona copie, que, malgré leurs plaintes et leurs instances, les officiers municipaux ne purent jamais en obtenir le reçu. Ce fnt ce même homme t|ai voohtl exiger de l'avocat KerdeUant, alors chargé, à Rennes, de la conservation des registres de l'état civil, •|uc ces registres fussent anéantis, afin, disait-il, que h régénération du peuple fût complète, ei que toute trace des anciennes familles aristocratiques disparùl. Kcnicllant, qui eut la fun:e de résister, |Mssi un au dans les cachots.
CUAPITRK YINGTIËNE. SSi
5" Ceux des ci-devani nobles, ensemble les maris, femmes, pères, mères, (ils ou filles, frères ou sœurs, et agents d'émigrés, qui n'ont pas constamment manifesté leur attachement à la Révolution.
Et qui charge-t-on de Texéculion de cette horrible loi? les comités de surveillance et les clubs des sans-culottes. Les registres d'écrou des cinq départements bretous offrent les mêmes détails quo ceux de la Loire-Inférieure. L'un est arrêté pour ses relations avec les riches et les nobles; l'autre, comme prévenu d'incivisme; un troisième, pour l'absence de son fils ou de son neveu, supposé émigré; celui-ci, comme étant aristocrate par éducation ; cet autre, pour avoir caché dans son jardin deux sacs de jetons et fiches en nacre armoriés; d'autres, pour être de caractère et de relations inconnus, d'opinions secrètes; pour regretter l'ancien régime; pour avoir des relations avec des béguines ; pour avoir vécu avec des parents qui ne sont pas dans les bons principes.
Dans les Côtcs-du-Nord , on arrête Robion , dit Troguindy, âgé de soixante-six ans, comme père d'émigré, ambitieux de gloire et de distinction ; Marie Pontho, sa femme, comme babillarde, recherchant les femmes de sa caste; — Marie*Anne Saliou , pour n'avoir manifesté aucune opinion sur les principaux événements de la Révolution ; — Marie-Gabrielle Kergrist, femme du Tré..., pour être aussi spirituelle que son mari est simple; — la dame Henri Hingant, pour être en correspondance avec son mari émigré ; — René Houel, cultivateur, pour avoir préféré la perte de son bien à l'observance des lois révolutionnaires.
Dans le Morbihan, presque tous les notaires sont d'abord arrêtés, à cause des suspects, dont ils font les aiïaires. — Le sieur Du Plessis-Grénédan déshonore en vain son nom, en prouvant qu'il a été des premiers à acheter deé biens nationaux; il n'est pas moins arrêté avec sa femme et sa fille. — Un jeune homme, intimidé par le club de Josselin, demande de prêter te serment entre quatre-s-yeux? suspect. — Le cultivateur Garaudière est un de ces richards qui ont plusieurs fermiers et échangent leur blé contre des écus? suspect! — Le citoyen Ollivo a quinze cents livres de rentes, et met quelquefois la broche au feu? suspect! — Tous les parents de Du Gouêdic, l'immortel héros de la Surveillante? suspects! — ces infortunés, chargés d'enfants, vivent en prison, comme Rélisaire, de l'aumône faite à la gloire par la pitié.
L'effet de la Terreur fut d'autant plus décisif en Rretagne, qu'elle y succédait immédiatement au système modéré de Ganclaux. D'une part, elle multiplia les insurgés, qui allèrent fortifier les Chouans ; mais, d'une autre part, elle lança contre ceux-ci et contre les Vendéens des masses de volontaires. En trois mois, le Fmistèrc seul en fournit plus de douze mille. Les clubs de Quimper et dcLandcrneau marchèrent en corps sur Vannes, entraînant tant de maris et de pères de famille, que l'administration dut
58i BBETAGNË ET VENDEE.
nourrir, pendant leur absence, leurs femmes et leurs enfants. La petile population de Tile d*Ouessant accourut, son maire en lêlc, offrir à ces malheureux les soixante-sept quintaux d*orge qu'elle venait de récolter. El la récompense de ces braves gens fut une simple accolade républicaine. Ainsi rhéroïsme perçait toujours au milieu du crime et de la folie.
Çà et là, quelques administrations départementales entravaient encore le gouvernement révolutionnaire. Il s'en débarrasse en leur retirant les affaires politiques par la loi du 14 frimaire an II, digne complément de la constitution montagnarde. Toute l'action gouvernementale reste dès lors aux comités de surveillance, qui relèvent directement du C!omité de Salut public. Laissons les inventeurs de ce chef-d'œuvre de tyrannie le définir eux-mêmes :
« Les municipalités, les comités de surveillance doivent compte tous les dix jours au district; le district rend compte, dans le même délai, au Comité de Salut public, pour les mesures de gouvernement et de salut public; et au Comité de Sûreté générale, pour tout ce qui concerne la police gé* nérale intérieure et les individus. Ainsi se développe l'ordre révolutionnaire ; il aboutit, par l'impulsion, au centre du gouvernement ; par la surveillance active, à ses émanations ; par la surveillance simple, aux districts; par l'exécution, aux communes et à leurs comités ; de manière que, prenant pour ainsi dire tout à coup une voix, des yeux et des bras, le corps politique prononce, regarde et frappe à la fois...
a La pénalité est là : un abîme est ouvert derrière le ( mctîonnairc qui recule; mais les images qui, comme des furies, s'attachent à l'esprit du méchant, ne troublent point l'homme pur; il marche vers ses devoirs dans le calme de sa conscience; comme les montagnes élevées, il porte sa tète au-dessus de la foudre : une seule pensée l'occupe, la patrie ; et comme elle a toutes ses affections, elle est aussi sa récompense. La voici devant vous, les palmes dans les mains; méritez.
« Salut et fraternité.
« Billaut-Yarennes, Robespierre, Barère, Couthon, C.-A. Prieur. B. Leddet, Carnot. »
Vinrent alors l'organisation et l'installation des tribunaux révolutionnaires. Laignelot et Lequinio, les Carriers de Rochefort, en rendirent le compte suivant à Paris :
« Nous avons formé ici un tribunal révolutionnaire comme celui de Paris, et nous en avons nommé nous-mêmes tous les membres, excepté celui qui doit clore la procédure, le guillotineur. Nous voulions laisser aux patriotes de Rochefort la gloire de se montrer librement les vengeurs de la République trahie par des scélérats ; nous avons simplement exposé ce besoin à la Société populaire : Moil s'est écrié avec un noble enthousiasme le citoyen AwcE ; c'est moi qui umbilionne l'honneur de faire tomber la tète des assas-
ru A PITRE VINGTIÈME. 583
sins de ma patrie! Â peine a-t-il eu le temps de prononcer ceUc phrase, que d'autres se sont levés pour le même objet, et ils ont réclamé du moins la faveur de Taider. Nous avons proclamé le citoyen Ance, guillotineur^ et nous Tavons invité à venir, en dînant avec nous, prendre ses pouvoirs par écrit et les arroser d'une libation en l'honneur de la République. »
Et ce Ance était un très-beau jeune homme, écrivain de marine des plus distingués ! Il eut un rival dans le fils d'un pécheur, élevé, nourri et vêtu jusqu'à dix-neufans parle député Duchezeau. Ce monstre adolescent réclama l'honneur de guillotiner son bienfaiteur, et il obtint cette faveur du tribunal. Après avoir montré au peuple la tête qu'il venait de couper, il fut pris d'une hallucination sanglante qui le traîna lentement au tombeau.
Voici comment s'exécutait Tabolition du culte ; c'est encore Laignelot qui parle :
« Nous vous envoyons une marmite à bon Dieu qui nous a été remise par le citoyen Gruot, en joignant ici la lettre qu'il nous a écrite. Unedéputation de l'Ile d'Aix vient de nous prévenir qu'elle venait de charger pour nous à la messagerie un ballot renfermant toutes les boîtes à bon Dieu de cette île. les étuis à graisse, en un mot, les gobelets et les gibecières de leurs défunts charlatans religieux. »
A Quimper, Hérault et Dagorn choisirent la fête nationale de Saint-Corentin (12 décembre] pour fermer et profaner la vieille cathédrale. Jamais on n'insulta la foi populaire avec plus d*insolence et de lâcheté. La ville était encore pleine de tous les jeunes valets de ferme accourus avec la baguette blanche, signe de leur affranchissement, et prêts h entrer, comme ils disent, dans une nouvelle condition. Le matin, à Theure où toutes les cloches sonnaient la messe, les tambours de la milice et de la garnison leur répondent. Les canonniers s'avancent avec leurs pièces, la mèche allumée. Ainsi protégés contre l'indignation des hommes de cœur, Hérault et Dagorn traversent la cathédrale et gagnent le sanctuaire. Dagorn est en grande toilette : la cravate haute, les joues fardées, le bonnet phrygien sur la tête. Hérault fait jeter, par les enfants du club, de la boue et des pierres aux saints dont les Bretons baisaient les pieds depuis seize cents ans. Dagorn monte à l'autel, brise les marbres à coups de crosse de fusil, fait sauter à coups de sabre la porte du tabernacle, y prend le calice et le saint ciboire, les remplit de ses ordures, qu'il répand sur les degrés, et donne à la canaille le signal du pillage et de l'incendie. Les tricoteuses se partagent les dentelles et les ornements sacrés. Tout le reste est brisé, déchiré, mutilé et entassé sur le champ de la Fédération, aux cris de Vwe la Montagne! À bas la calotte! et au son des binious commandés pour égayer la fcte. Hérault et Dagorn ouvrent le bal par une gavotte, dansée sur les saintes reliques, et un renégat, ancien chevalier de Saint-Louis, se charge
d'y mettre le Feu. Le soir même, le misérable recevait son châtiment, frappé aux enlrailles par la colère divine, ou empoisonné par Todciir infecle du bûcher.
Le juge de paix Desnos avait voulu empêcher cette infâme saturnale; il fut arrêté, avec quinze rutres, par Hérault et Dagorn.
Les prêtresconstiluti mnelsqui gardaient un reste de foi étaient traités comme l'abbé Le Goz. Ceux du Morbihan furent incarcérés en masse à Lorient, — parce que le tambour avait réclamé un éventail perdu dans l'église. C'était une manifestation extérieure du culte !... Rien que la mori n'était capable d'expier ce forfait !
Enfin, prêtres et culte furent supprimés tout à la fois, comme on sait. Il n'y eut plus d'autre Dieu que la Raison, et les autorités constituées célébrèrent ses fêtes. Prieur, à Vannes, Le Carpentier,.àSaint-Malo, et Jean- Bon, à Brest, se surpassèrent dans l'abolition de la cahtinocratie.
Le Carpentier et ses agents Masse et Campenot avaient fait dresser des chiens, pour donner la chasse à tout ce qui tenait à l'église insermentéo ou constitutionnelle.
Peut-on croire, — aujourd'hui que la foi est encore si enracinée dans notre vieille Bretagne. — peut-on croire que le culte catholique y fut alors matériellement et officiellement supprimé, sans que toutes les populations se levassent comme un seul homme autour des débris de l'autel ? « Ft comment en douter pourtant, s'écrie M. Duchatellier, quand, sur le registre des délibérations de la municipalité de Treflez près Saint-Pol, — de toutes nos localités la plus religieuse peut-être, — je vois, à la date du 9 germinal an II, les notables et les officiers municipaux de cette commune se réunir pour décider, par oui ou par noti, si le culte catholique sera continué. — VA ne croyez pas que ce soient quelques misérables qui tranchent cette grave question. L'assemblée qui en décida se composait de soixante-sept notables, parmi lesquels les officiers municipaux, le maire et le juge de paix. Et, procédant par la voie de trois scrutins bien dépouillés, il est établi que soixante-une voix se sont prononcées pour le refus du mfte, et seulement six pour l'acceptation ! »
Etonnez-vous donc, après cela, que la vengeance des Chouans ait été sanglante et inexorable; — que ces pauvres gens, dépouillés de leur Dieu et voués à l'enfer par les patriotes de 93, aient vu dans ces patriotes des dénions bons à livrer à toutes les tortures du feu et de la flanmie ' !
i Le sans-culottisme le plus prononcé ne sauvail pas les malheureux qui avaient mis le sacerdoce aux pieds de la Kévolution. Ecoutons un de ces pauvres diables : c'est le sieur Vincent-Pierre Jacoli, ancien secrétaire d'une communauté do Maine, et que l'arrestation de son bienfaiteur, le sieur Ijilignc de Brest, a Forcé à courir les champs. Porteur d'un passe-port, on lui demande depuis quand il n'a pas dit la messe, s'il dit fon bréviaire chaque jour, â quelle lin il porte des chapelets, s'il est fâché de In mort de Louis Gnpct, s'il aime les lois de la République. Il n beau se faire aussi patriolt^ que cela dépend de lui, dire qu'il eiU préfén* voir Cnp(*t au b^gne, parce qu'il eAl au moins papié