CHAPITRE VINGTIÈME
Si nous entrons dans les clubs de basse Bretagne, nous y Terrons les tragédies les plus horribles s'y mêler aux comédies les plus ridicules.
A Morlaix, le club Flandres inaugura sa régénération par l'assassinat d'un père et de trois enfants. M. de Kergariou avait été sauvé jusqu'alors par la plus inoffensive originalité. Toute la ville connaissait et plaignait ce naïf gentilhomme. « veuf depuis quelque temps et père de trois jeunes garçons, qu'il tenait toujours rangés à ses côtés, vêtus des mêmes habits, soumis aux mêmes habitudes, à h même règle, aux mêmes gestes. Chacun les avait vus à l'église, rangés suivant leur taille à la gauche de leur père, avec des justaucorps écartâtes surmontés de brandebourgs, ornés de brillants, la tête bien poudrée, immobiles sous le coup de peigne du même perruquier qui avait aussi dressé la chevelure de leur père. Jeunes enfants, on aurait dit, à voir la figure égarée de leur conducteur, qu'un loup rugissant eût rôdé sur leurs pas depuis que leur mère n'était plus. On savait encore que M. de Kergariou était tombé dans des fr.iyeurs telles, qu'il ne communiquait pas même avec ses domestiques, et que, mangeant seul avec ses enfants, il se faisait servir au travers d'un guichet, pour ne pas être vu.» — Qu'est-ce que la République avait à craindre et à faire de cette tête malade ? — N'importe ! — « Kergariou est un aristocrate, crient les Jacobins du club. Il faut qu'il se soumette à la loi ! » Et ils courent, menaçants, frappera cette porte qui ne s'ouvrait plus. Ils l'éhranlcnt en vain de leurs efforts et de leurs cris... Ils réunissent la garde et la garnison... Le cerveau de Kergariou achève de s'égarer... Il fait feu sur les assaillants, et subit un siège dans les règles. Une heure après, le malheureux était égorgé avec ses trois enfants par une foule plus insensée que luimême. Un seul de ses fils survécut par miracle, et il portait encore naguère, sur ses vingt cicatrices, « l'extrait mortuaire de toute sa famille. »
Quelque temps après, on apprend que Moreau, l'enfant de Morlaix, l'ancien prévôt de Rennes, a passé la Sambre en vainqueur avec ses 25,000 braves. Gomment célébrer ce triomphe du glorieux compatriote? se demande le club Flandres. La foule et la milice, réunies au son des tambours, se répandent sur les quais. — On s'aperçoit que la mer est basse, et une idée lumineuse frappe les Montagnards. « Traversons ce gué, comme Moreau a traversé la Sambre! » s'écrient-ils d'une seule voix. Et voilà tous nos Morlaisins, — plus sans-culottes que jamais, — plongés dans l'eau jusqu'au ventre, passant la Sambre en imagination, et traînant,
quelque «rgent à la République; dire qu'il a pi^'té tous los serments qu*on lui a dcmsindés, et qu'il n*a jamais marié que les premiers-nés de chaque famille, ainsi que cela se pratiquait dans la loi ancienne : c'est inutile; le pauvre homme passera six mots en prison, heureux s'il sauve sa I6te; car, confondu avec ceux qui sont détenus ainsi que lui à la tour de la Montagne [aujourd'hui tour Lebast), à Rennes, ni les comités, ni la municipalité, ne^ tiennent note du motif de leur arrestation, et il fut constaté par le comité philanthropique, chargé en Tan Ul de pourvoir k l'élargissement des détenus, qu'un grand nombre d'écrous n'étaient appuyés d'aucunes pièces ni d'aucun motif.
bon gré mal gré, leurs officiers municipaux Ters une manufacture de l'autre rive, — image des forteresses dudespotismeenlevées parla République!...
Le club de Quimper, mpprimant Venfance et créant des adolescents plus que miraculeux^ ordonnait que les nourrissons quittassent le sein de leur mère pour venir écouter les cris de Vive la Montagne ! et faisait bégayer les droits de Tliommc à des petits garçons, plus savants que Jésus dispfttant, à dou%e ans, avec les docteurs de la loi ^
Le club de Lorient publia un Catéchime républicain à l'usage des sansculottes, où nous trouvons le décalogue suivant :
L Français, ton pays serviras
Afin de vivre librement.