CHAPITRE VINGTIEME. SOI
Aguerris par un tel commencement, Jean-Ron, son tribunal et son bourreau fonctionnèrent dès lors à merveille. Qu'on les juge tous par le trait du chirurgien Palis. Après avoir condamné, comme juge, mademoiselle de Forsan, il viola publiquement son cadavre décapité, et le disséqua ensuite comme médecin.
Il faut dire que, aussi terrible pour l'Europe qu'impitoyable pour la France, Jean-Bon improvisa l'armement de quarante vaisseaux, avec une rapidité incroyable! Mais, comme la valeur ne suffit pour vaincre, la plupart de ces vaisseaux eurent le sort fatal et sublime du Vengeur.
On se figurera l'héroïque frénésie des matelots républicains par ce qui se passait dans les hôpitaux après la bataille du 12 prairial. c< C'était aux cris de l'enthousiasme le plus exalté que se faisaient les pansements et les amputations. Chaque lit offrait une scène à recueillir. Un contre-maitre produisit un effet électrique, dans une salle entière, en racontant aux sœurs et aux infirmiers le combat du Vengeur. Il avait la tète empaquetée de bandes, dont la blancheur contrastait avec sa figure noire et sa longue barbe. Arrivé à la catastrophe, il lève de dessous son drap un bras robuste et velu, et s'écrie : <x Ce pavillon du Vengeur^ voyez-vous, il flottait à la barbe des Anglais, pendant que le vaisseau coulait avec son brave capitaine, qui le leur présentait encore au moment où tout avait disparu. »
Et l'homme qui avait créé de tels héros, Jean-Bon avait fui lâchement, pendant qu'ils mouraient à leur poste!... Plus courageux contre les femmes, il arracha les deux plus belles citoyennes du pays à leur honorable famille, pour représenter, à la fête de l'Être suprême, la Liberté et l'Égalité, sous une tunique de gaze transparente et un maillot couleur de chair. Parmi les jeunes vierges de l'escorte figurèrent aussi de force les deux filles de Malmanche, dont le sang fumait encore sur la place du Triomphe du peuple.
Telle était la liberté donnée par la Bépubliquc à la Bretagne.
Enfin, pour notre province comme pour l'Anjou et le Poitou, sonna l'heure libératrice du 9 thermidor. Les Jacobins triomphèrent quelque temps encore dans le Morbihan, dans les G6tcs-du-Nord et dans le Finistère, grâce à l'éloignement de ces trois départements; mais toutes les communes envoyèrent leurs plaintes à la Convention, et les villes du moins parvinrent à se délivrer des bourreaux Terroristes.
Malheureusement, il était trop tard pour se délivrer de même de la Chouannerie, qui, — poussée à bout par les excès de la Montagne, et rani-
^gorgeunt leur ont offert un repus splendide avant de les faire monter à l'écharaud, qui a été dressé ce jour avec un soin particulier. Sur son pourtour on a, en efTel, établi une ceinture de planches que le public ne passera pas ; un vaste entonnoir peint en rouge est disposé près de U fatale bascule pour recevoir le sang des suppliciés, et une trappe a été ménagée sur l*écliafaud même pour faire tomber dans des diarrettes la dépouille des administrateurs.»
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mée par le dernier san{; île la Vendée, sn sœur. — se dressait, pleine de vigueur
et d'audace, au moment où celle-ci expirait sous les colonnes infernales.
Nous répétons que les Chouans et les Vt^ndéens étaient Trères, — mais seulement par le principe de vengeance et J'afTranchissenient qui les armait en commun. Tout, du reste, était diiTérent, pour ne pas dire opposé, entre eux. La guerre de Vendée fut parliculicremenl une guerre de dérense. Celle de la Chouannerie, organisée plus lard , fut surtout une guerre de représailles. Les Chouans, et cela devait être, rendirent aux Républicains, feu pour feu, sang pour sang, et terreur pour terreur.
Dès son origine, — que nous avons exposée plus haut, la Chouannerie [encore sans nom) avait pris la République corps à corps, sur la pierre de l'autel profané parla Constitution, c( si elle n'offrit pas dès lors l'ensemble et l'élan merveilleux de la Vendée, — c'est qu'elle ménageait ses fureurs pour une lutte beaucoup plus longue et beaucoup plus opiniâlre.
Étants fut aussi distincte que ron, les Chouans nes'asscmen mille pclilcs bandes, tou- Oltes.si difficilement battus nous l'ont démontré pour le i„u..*r,„iir bas Poitou : ceux de Frotlé
eldcPuisayevont nous le prouver pour la basse Normandie el le bas Marne.