‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 19 sur 223 · CHAPITRE DEUXIÈME. Ki · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME. Ki

les puriiams bretons connaissaient le Régent et le proverbe : Timeo Danaos et dona ferentes.

Ils persistèrent à donner une leçon à Thomme qui gouvernait la France dans le boudoir des courtisanes. Us ne voyaient, d'ailleurs, qu*un droit là où le Régent ne voyait qu'un calcul. Voici comment ils parvinrent à concilier ce qu'ils devaient à la Royauté avec ce qu'ils se devaient à euxmêmes.

Lx)rsque le maréchal de Hontesquiou déposa sa demanda d'un million, dont il croyait le succès assuré d'avance, le président de la Noblesse, au lieu de réclamer le vote par acclamation, déclara, séance tenante, que cette demande, toute réduite qu'elle fût, n'en était pas moins, sous sa forme obligatoire, un attentat flagrant aux privilèges de la Bretagne. En même temps, il se fit apporter les contrats de mariage de la duchesse Anne avec Charles YIII et Louis XII, et d'un ton solennel il en donna lecture i l'assemblée.

Cette lecture fut pour notre Noblesse le chant du coq annonçant à saint Pierre son infidélité, la voix du peuple criant à Brutus : Tu dors, et Rome est dans les fers! A cet appel, adressé à nos seigneurs par leur cousine la reine Anne du fond des caveaux de Saint-Denis, la vieille nationalité bretonne sortit de sa propre tombe, dont la Monarchie croyait avoir scellé la pierre. En vain le maréchal de Hontesquiou insista avec sa hauteur et sa morgue habituelles; les. États répondirent qu'ils souhaitaient donner à la Royauté les marques les plus éclatantes de leur zèle et de leur dévouement, mais qu'ils entendaient rendre au don gratuit le caractère facultatif établi par les contrats, — qu'ils ne devaient point en fixer le chiffre avant d'avoir examiné l'état financier de la province (elle était alors endettée de plu* sieurs millions) , — que le vote par acclamation leur était en conséquence impossible.

Une telle réponse était une déclaration de guerre. La nouvelle n'en fut pas plutôt parvenue au Régent, qu'il ordonna la dissolution des États et la levée des subsides par ordre du Roi, sans le consentement des Trois Ordres.

Les considérants de l'ordonnance trahissaient la mystification de la Cour, c La Royauté, disait-elle, devait s'attendre à des actions de grâces pour tout ce qu'elle avait fait en faveur de la province, et non à une opposition séditieuse et criminelle, excitée par des écrits et des libelles insensés, b

Le Régent n'était pas de taille à continuer ainsi le grand Roi. La Bretagne accueillit son coup d'État par un cri d'appel à l'indépendance, et la Noblesse et le Parlement s'unirent pour défendre à tout prix l'acte d'Union. Tandis que trente mille hommes arrivaient de tous côtés sur la province, une députation bretonne prit hardiment la route de Paris. Elle fut présentée à l'audience royale par le comte de Toulouse, ennemi du duc d'Orléans, et M. de

5t BRETAiiiNE ET VENDÉE.

Blosac prononça, au nom de ses compatriotes, un discours plein de force et de modération*. Le Régent répondit par cette seule phrase, brève et dédaigneuse, que M. d'Argenson laissa tomber au nom de Louis XV : Lt Raij me$sieurSf ne touchera point aux privilégeit de votre province.

Cette vague promesse, incessamment répétée, et-que la Cour s* apprêtait à violer pour la centième fois, excita une telle irritation en Bretagne, que l'intendant, M. Feydeau de Brou, courut à Paris en informer le duc d*Orléans.

Nos divers États avaient pris en cette affaire une attitude toute nouvelle et bien propre à inquiéter la Monarchie.

La Noblesse et le haut Clergé, alliés de la Cour depuis un siècle, s'étaient brusquement retourmSs contre elle. La Noblesse surtout avait retrouvé toute Ténergie de son esprit national. Elle se levait en masse et renouait ses anneaux rompus, avec Taclivité du serpent que la chaleur fait sortir d'un long sommeil.

Le Parlement, qui n«*avait jamais eu grande sympathie pour les États (son propre pouvoir s'efTaçant devant cette complète représentation de la province), embrassait ardemment, cette fois, la cause des Trois Ordres, et réclamait avec plus de fermeté qu'eux-mêmes contre l'atteinte portée à leurs prérogatives. Cest qu'il venait de pressentir la nouvelle force que sa permanence et son droit d'enregistrement puiseraient dans les luttes périodiques des États et do la Cour, et d'inaugurer cette alliance offensive et défensive avec tous les Parlements de France, qui devait raj^peler à la Royauté les plus terribles jours de la Ligue et de la Fronde K

' • Sir« f Totra Parlement et tou les ordres de totre État t'étaient penoadé arec jvttice qoe rotre hanreu arënement k la couronne rendrait k la France le calme ai désiré ; cependant , les armes dont sons sommes environnés de tontes parts nous STertissent de notre disgrftoe ; ces année , qni sembleient n'être destinées qne ponr concourir avec nova k maintenir la gloire de Totre règne, m tournent, par une fatale méprise) contre la plus fidèle de vos provinces ; elles y marchent par obéissance, comme dans on pays ennemi , et vos soldats étonnés ne Mvent eni-mémes concilier cet ordre avec les acclamations des peuples et les vobui qu'ils entendent de tous côtés pour la prospérité de Louis XV. Nos ennemis m sont servis du prétexte du prétendu refus du don gratuit pour nous déclarer rebelles , comme si un délai de vingUquatre heures pouvait nuire k cette discussion ; ils savaient cependant que l'objet de Votre Majesté n'était pas de nous épuiser, mais d'accorder notre lèle avec notre pouvoir. L'exemple de Votre Majesté, si e«acte k payer ses dettes , semblait nous prescrire l'obligation de satisfaire aux nôtres , afin de rétablir nos forces et que Votre Majesté pAt trouver de nouvelles ressources : la justice et votre intérêt semblaient lui permettre ce que la politique a quelquefois toléré. Voilà le grand crime de vos sujets. Nous sommes dignes de la protection du souverain, car obéissance, fidélité, rien ne nous manque; malgré cela, si on en croit nos ennemis, on doit nous fiuoir comme des rebelle», et faire tout le contraire des Romains, qui laissaient les nations subjuguées dans la forme ancienne de leur gouvernement. Un roi ne peut trop imiter le roi des rois, qui ne rompit jamais le traité qu'il avait fait avec son peuple tant qu'il demeura soumis k ses lois et qu'il n'implora pas le secours de rois étrangers. Votre Parlement et votre peuple. Sire, vous demandent la même grâce, et il semble ne rien dire de surperflu en ajoutant son dévonement et en réitérant ses protestations respectueuses. •

' Voici ce que la cour de Bennes écrivait au Parlement de Paris, dont la Régence avait exilé quelques membres : « Nous avons appris avec bien de la douleur ce qui est arrivé k quelques-uns de vos membres, qui %iennent d'éprouver la disgrAoe de Sa Majesté. Nous ne pouvons vous donner des marques plus vives de l'intérêt que nous prenons k ce qui voua r^arde, qu'en faisant au Roi de tiès-humblea, très-soumises «t

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