CHAPITRE DEUXIÈME
Quel auxiliake reslail-il donc à la Monarchie conlre tant iTadversairesf La Bourgeoisie bretonne, ou du moins les députés qui la représentaient aux Ëtats. Ces députés étaient les maires de nos quarante-cinq premières Communes; or» depuis que les rois avaient confisqué rélecUou» la plupart de ces maires étaient les très-humbles serviteurs de Leurs Majestés.
Le Tiers État, d'ailleurs, en attendant qu*il devint le plus furieux ennemi de la Royauté, avait besoin de s'unir à elle contre le Parlem^it, le Clei^é et la Noblesse, — entre lesquels son oipieil naissant étouffait de jour en jour. Il ne savait trop si ce Parlement, cette Noblesse et ce Clergé faisaient une guerre bien franche à la Monarchie, ni s'il devait compter beaucoup luimême sur l'appui de cette dernière; mais, alliés ou rivaux, sincères ou non, son intérêt lui ordonnait de les affaiblir les uns par les autres, en por* tant sa minorité tantôt à gauche, tantôt à droite, — jusqu'au jour où, devenu majorité à son tour, il les écraserait tous ensemble et s'élèverait sur leurs débris.
— L'État, c'est moi, avaient dit successivement les grands vassaux et la Royauté.
— L'État, c'est moi, allait dire aussi le Parlement.
Observant cette marche des choses, le Tiers sentait qu'il dirait enfin comme les autres : l'État, c'est moi 1
Cette pensée n'était encore qu'un grain de poudre; mais ce grain de poudre, multiplié d'année en année, devait amener avant la fin du siècle l'explosion des Cordeliers de Rennes.
En attendant leur divorce, le Tiers État Breton et la Royauté savouraient les douceurs de la lune de miel. La réduction de la capitation, proposée par le Régent, était un soulagement particulier pour la Bourgeoisie. Nous en trouvons l'aveu dans une lettre du maréchal de Montesquiou au duc d'Orléans', lettre qui confirme ce que nous valons de dire par ces paroles significatives : Le Tiers s'est conduit^ dans toutes les affaires des États^ avec beau'^ coup de soumission et de zèle...
Cependant la Bretagne ne s'était pas trompée en voyant un nouveau leurre dans la réponse du Régent à M. de Blosac : l'acte d'Union fut encore une fois violé en présence d'une garnison de trente mille hommes. La Cour imposa l'obéissance absolue avant l'examen de tout grief, et les États votèrent le don gratuit, comme contraints et obligés.
Ce fut alors que la Noblesse bretonne, lasse de protester en vain par des
trèt-respcctneQMB mnontraiieofl pour obtenir la liberté de vos confrêree. Comme nous n'arone tona pour objet que le aenriee de Sa Majeaté et le bien de l'État , nova fooa «anrona d'nne parfaite inlelligeoee; n^ceaaaire pour y eoooottrir y et d'nne attention continuelle pour noua conformer ani aagea délibérationa dont TOUS Tondrei bien noua faire part. • Rennca, le t septeiubre 17 18.
' « La réduction que S. A. R. a la bonté d'accorder è la Bretagne loi attirera tona Ica cceura. Ce foula- Seimenl êotnèe lUiiQuniiiiT tur le Tien, tk... • (Archivée du royaume, acction adminiat. U. sis.)
54 BRETAGNE ET VëNDKE.
paroles, résolut d'opposer la force i la tyrannie des roués, et s*afBlia, pour briser le sceptre du Régent, à la célèbre conspiration de Cellamare.
Le duc d*Orléans yenait de mettre le comble i son impoiadarité par une honteuse alliance avec TAngleterre : c Alliance frauduleuse et traîtresse, dit SaioUSimon, acceptée par les Anglais dans Tunique but de diviser la France d*ayec TEspagne, et d*en profiter, v L*Espagne voulut en profiter elle-même, et il se rencontra un homme qui se crut capable de faire la contre^rtie de Toeuvre de Louis XIV, en supprimant les Pyrénées aux dépens de la Rimce. Cet homme était le cardinal Alberoni.
Fils d*un paysan des environs de Parme, Jules Alberoni avait été longtemps sonneur de cloches dans la cathédrale de cette ville. L'Église, mère de toute égalité, prit dans ses bras Tenfant de choeur pour Télever jusqu'au trône des rois. Alberoni se fit d'abord remarquer par sa grâce i porter la robe d'écarlate et le surplis de mousseline. Combien de fortunes cmt une origine pareille! Bientôt il devint chanoine et chapelain de l'évéque de Saint->Donnin. Puis il s'attacha comme secrétaire et comme espion au duc de Vendôme et le suivit en Espagne, où la princesse des Ursins le produisit à la cour. 11 avait toute l'audace et toute la souplesse qu'il faut pour réussir sur ce théâtre. Il y joignit l'égoisme et la dissolution, qui complètent le courtisan. Après avoir marié Philippe V à Elisabeth de Parme, le nouveau cardinal-ministre fit chasser de Madrid sa première bienfaitrice, et devint le Richelieu du Louis XIII espagnol. Il donna aussitôt l'essor à ses vastes pensées, rétablit l'agriculture et le commerce, la marine et l'armée, éteignit la dette nationale, et résolut d'accomplir les deux étemels projets de l'Espagne : le recouvrement des États d'Italie et l'usurpation de la couronne de France.
. Pour arriver à ce dernier but, il fallait d*abord déposséder le duc d'Orléans de l'administration du Royaume. Alberoni proposa adroitement une ligue aux ennemis*nés du Régent, aux fils naturels de Louis XIV, — qu'en dépit des suprêmes volontés de ce prince, on avait déclarés inhabiles à lui succéder, si liOuis XV venait à mourir. Ces héritiers dépossédés par le Régent étaient le duc du Haine et le comte de Toulouse. Homme paisible et sans ambition, ce dernier rejeta les propositions du cardinal, et la Cour se hâta de le récompenser en le confirmant dans c tous les honneurs » de son gouvernement de Bretagne. Restait le duc du Maine, qui par lui-même n'était rien, mais dont l'épouse avait au cœur le sang et l'orgueil des Condé, — nom déjà si fatal à la Monarchie. Aux premières ouvertures d' Alberoni, l'impatiente duchesse se vit déjà reine de France, et tendit les deux mains à tous les conspirateurs. Peu lui importait l'arrière-pensée de chacun, pourvu que le duc d'Orléans fût renversé ! Le plus habile s'élèverait à sa place, et la duchesse se flattait d'être le plus habile. Alberoni s'en flattait aussi, pour de meilleures raisons, et son agent actif était le prince de Cellamare, ambassadeur d'Es-