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CHAPITRE VINGTIEME

Le second chef des Chouans du bas Maine fut digne du premier. C'était Jean-Louis Trélon, dit Jainbe-d' Argent, iils d*un pauvre paysan de la clo-

donner des indieeii, elle étaii emportée bien loin, et, nfin tic ne lai^fscr aucune tmce du travait, on la jelail d'ordinaire dana les mares ou dans les ruisscaui. Plusieurs de ces trous pouvaient contenir jusqu'à six hommes. La plus grande difficulté était d'y ménager un courant d'air. Du reste, on y était parfaitement en sûreté. L'ouverture se fermait avec une petite trappe ronde, formée d'une claie tressée avec de menues branches entrelacées de brins de mousse, dont on laissait passer le petit bout pour cacher le treillis. Une fois entrés*, les hommes attiraient la trappe après eux, et comme le soi était couvert de mousse semblable à celle de la claie, le tout se joignait parfaitement et ne laissait aucune trace d'ouverture. Plusieurs fois, de« Républicains ont marché sur les trappes sans s'en douter, et jamais ib n'ont su en découvrir une seule. Il y eut des moments où les Chouans restèrent plusieurs jours de suite sans sortir de cette retraite, osant à peina entr'onvrir la trappe, et ne s'éloignant pas même hi nuit : c'était lorsque des troupes venaient parcourir le pays et faire des fouilles. Dans la crainte de mettre les oipions sur la voie, les paysans du voisinage ne venaient pas même visiter les Chouans, qui plusieurs fois furent sur le point de manquer de vivres. Alors on réduisait les rations. Jean Chouan d'ordinaire se chargeait de ce soin, et quand il avait fait les parts, il n'y avait jamais de plaiiites.On souffrait, mais avec résignation. Dans ces instants fâcheux, Jean Chouan occupait sa troupe à de longues prières, et en cela encore il donnait l'exemple. cU nous faisait chaptleter tout le jour durant, disent encore ces bonnes geas, et ocU nousôtait les mauvaises pensées.» Dans les intervalles où l'on croyait pouvoir prendre quelque confiance, les gens du canton se chargeaient de faire le guet, el Ton sortait sur la clairière, où l'on allumait du feu. Alors les uns s'occupaient è faire des paniers, les autres à tresser des jarretières avec des laines de diverses couleurs, suivant la mode du pays. Les plus agiles et les plus forts, pour se délasser d'un repos forcé, donnaient aux autres le spectacle de leurs joutes. Jean Chouan ne prenait part ni è ces occupations, ni à ces jeux; mais il en était volontiers l'arbitre, et se plaisait surtout à animer les lutteurs : c Allons, mes enfants, disait-il, prenez vos ébats sur la garenne; demain, peut-être, il faudra rester blottis dans les trous. » Quant i lui, il n'avait jamais pu se décider à s'enterrer ainsi. On avait creusé un logement à son usage ; mais à peinu y fut-il rosté uq momaut, qu'il en sortit, en déclarant n'y pouvoir tenir davantage, c Par le temps qui court, dit-il, peut-être aura-t-on bientôt à me mettre en terre, mais à coup sûr, je ne m'y mcttni plus moi-même. »

H. Souvestre a tracé , dans les Mémoiru d'un tans - culoU$, ce curieux tableau d'un placit de Chouans : c Le campement de la Prenessaye formait, au milieu de la forêt, une clairière de plusieurs arpents entourée d'abatis. Environ cent cabanes de gazon et de feuillage avaient été bâties dans cette enceinte. Au milieu, s'élevait un chêne immense au sommet duquel brilkit une croix d'urgent. Un autel de gazon, paré de fleurs des bois, avait été dressé â son pied. Au moment où nous entrâmes, tout était en mouvement dans cet étrange village. On voyait les femmes moudre le grain aux portes, les vieilhirds fondre des balles près du foyer, les jeunes gens apprendre l'exercice â l'ombre du grand chêne. Les enfants eux-mêmes étaient occupés â fabriquer des cocardes blanches ou â tresser des chapeaux d'une paille grossière... Je me misa me promener, en plongeant dans Icscabnnea ouvertes un regard curieux ; toutes se rcssembhiient, et c'était pour toutes le même ameublement : des escabeaux autour d'une table grossière, un lit de paille ou de mousse, avec un bénitier de faïence au chevet; quelques vases de lait, du pain noir, uu berceau d'enfant surpendu au toit, et quelquefois, dans le coin le plus sombre, une chèvre broutant des feuilles sèches. De loin en loin, j'apercevais un vieillard fourbissant des armes, un blessé les mains jointes sur son chapelet, une jeune femme allaitant son enfant. Boi»-Hardy avait raison : c'était une ville de guerre, et non un campement; la famille avait été transportée là avec toutes ses habitudes; le mouvement du ménage s'y mêlait au mouvement militaire, le bruit du travail au bruit des armes ; mais ce bruit et ce mouvement avaient quelque chose de morne ; chacun était tout entier â son oeuvre, la faisant vite el silencieusement. Point de chant de femme, nul cri d'appel, aucun rire de voisins. Les cnfonts, assis au milieu du plaeiê verdoyant, ne jouaient pas; les chiens, endormis au soleil, levaient la tête à notre approche sans oser aboyer : une sorte de contrainte planait sur tout , et les oiseaux seuls chantaient autour de cette triste ville de la forêt. La hutte du chef Bois-Hardy était plus grande que les autres, mais non plus ornée. J'y trouvai la table servie avec un mélange do luxe et de rusticité - qui me frappa. Deux ou trois couverts de vermeil, des porcelaines et qucl(|ucs cristaux émaillés y étaient confondus avec les fourchettes de fer, les jattes de hêtre et les poteries vertes du canton, h

série dc« Pclits-Aulnais, qui avait douze enfants pour loute fortune K

Tels étaient les instruments quVmployait la Providence pour réprimer la Terreur, pour tenir en écliec les vainqueurs de l'Europe, pour ébranler un jour Napoléon sur son pavois, et pour relever en France le trône et l'autel renversés.

C'était encore Joseph Coqucreau, Tancien marchand de toiles du bourg de Devon, petit homme robuste et toujours hors d'haleine, capitaine sans merci et joyeux compagnon, mauvaise télé et buveur insatiable, — lequel disait aux Blancs, à la barbe des Bleus : « Â moi, mes gars, je suis Goquereau ! Guerre à mort aux Républicains! Point de grâce ni de pitié pour eux ! » ¥A Dieu sait si jamais le fusil de Goquereau manqua à cette parole, si jamais un pataud s'échappa vivant de ses cruelles mains !

G'étail encore Louis Gourtillé, dit Saint-Paul, un bâtard sans nom, jeune homme de vingt ans, à la petite taille, à la douce figure, aux longs cheveux blonds, — qui commandait la bande de la Yache-Noire, composée de six cents hommes.

Mais bientôt un nouveau La Rouerie entreprit de rallier toutes ces forces éparscs. C'était le comte Joseph de Puisaye. Né à Mortagne, dans le Perche, le 26 mars 1755, ancien officier de la compagnie des Cent- Suisses, ancien membre constitutionnel de la première Assemblée nationale, « Puisaye, dit M. Crétineau, était un homme d'une stature colossale. Riche par son alliance avec la fille du marquis de Menilles, il savait être prodigue au besoin. Doué de grandes facultés intellectuelles, d'une activité prodigieuse, beau, éloquent, persuasif, il réunissait tout ce qui est nécessaire pour en imposer aux partis et pour les diriger. Jamais on n'avait vu

t Jean«>Louw fut élevé par charité chez les parents de m mère. A douie ans, on le pbça comme berger dans une métairie. Il reçut alors la blessure qui le laissa pour toujours boiteux et maladif. 11 Yécut eu mendiant de ferme en ferme, le bAlon à la main et le bissac sur le dos. Chacun lui donnait par pitié pour sa figure pâle et souffrante, — et il s'accquiltait de son mieux par des commissions et de petits travaux. Il annonçait déjà de l'esprit et de la volonté. Les dames de Souvré l'envoyèrent à Angers pour se guérir ; mais après six mois d'hôpital, les médecius le congédièrent.comme incurable Un charlatan le rencontre et promet de le rétablir, à condition qu'il étalera sur les tréteaux les plaies de sa jambe à tous les yeux. Jean-Louis court ainsi les foires durant plusieurs mois. Enfin Tempirique l'abandonne un jour, plus malade que jamais; et le pauvre vagabond se remet à mendier son paio... Il avait grandi et pris des forces au milieu de tant de misères, — ^ si bien qu'il retourna i Angers trm» vaillcr sur les bateaux. De là, il joignit l'armée royale à Candé, et demanda un fusil ponr se battre. Ou le lui refuse en se moquant de lui. Il s'élance sur les Républicains, les assomme à coups de béton, et revient armé de pied en cap... On le vit dès lors au feu, parmi les plus braves, jusqu'au désastre de Siivenay. . On l'avait oublié dans son pays, lorsqu'on janvier 1794 , on remarqua, sur le soir, un boiteux allant de porte en porte, dans les paroisses de Quolènes et d'Astillé : il était pâle, malade et sans armes, mais il criait d'une voix ferme: «C'est moi, mes gars, Jean-Louis Tréton, que vous ^vuf nourri dans son enfance. A mon tour, je viens è votre aide. Ne nous laissons pas égofger comme des lâches par les patauds ! Défendons notre vie et vendons-la chèrement ! Quand j'aurai prévenu tous les braves, je reviendrai , et JamlNMl'Argcnt saura vous donner l'exemple!)» U disait et s'éloignait, — comme les prophètes de l'ancienne loi. Et sa voix inspirée laissait du courage aux plus limides... Bientôt il fut, comme Jean Chouan , à la tête d'une bande intrépide, «^ et il Unit par devenir le chef de yingl-cinq paroisses.

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