‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 193 sur 223 · CHAPITRE VINGTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIEME

un type plus heureux d'ambassadeur ou de ministre d'une monarchie constitutionnelle... Mais diplomate partout, il ne pouvait aspirer a devenir uu grand capitaine... Malgré son ambition et son énergie, il Tut toujours rejeté au second plan par les hommes d'action. Puisayc fut TUlyssc d'une insurrection où Ton ne demandait que des Acliilles. »

Homme des transitions et des ménagements, il s'allia d'abord aux Girondins contre les Jacobins, — organisa les fédérés de Normandie, montra son incapacité militaircàVernonetàLizieux, et porta ses intrigues en Bretagne après la victoire des Montagnards. Déguisé en paysan , passant des châteaux aux chaumières, il étudie le pays et les hommes, il parcourt les cantons de Vitré et de Fougères, et se flatte d'organiser l'insurrection en lui donnant de l'unité. Il adressa ses plans à la grande armée victorieuse à Laval. Mais il y élait inconnu, et son état-major sur le papier fit sourire les Vendéens. Les Vendéens se trompaient, car Puisayeavaitalors une influence réelle en Bretagne. Plus tard, il leur fut encore suspect, et il le devint aux Bretons eux-mêmes, à cause de son engouement pour l'alliance anglaise. Cet engouement lui coûta sa fortune, prodiguée à mille agents du cabinet de Saint-James et de l'émigration.

Il avait toutefois un parti puissant, lorsqu'à la fin de 1793 le général Beaufort marcha contre lui. On le surprit dans un souterrain de la forêt duPertre... Il s'évada sous une grêle de balles, mais il ne put sauver ses papiers. A partir de ce moment, chaque jour fut marqué par un combat, et chaque combat par un massacre, — depuis le fond de la Mayenne jusqu'au fond du Morbihan. Furieuse de voir pulluler les Chouans dans le sang des derniers Vendéens, la Convention se dédommagea, sur le Maine et sur la BrQtagno, de sa clémence tardive à l'égard de l'Anjou. La réaction thermidorienne ne fut qu'un vain mot pour les Chouans, — qui renoncèrent, de leur côté, à toute modération. Quelques prisonniers avaient d'abord été tondus et retrouvés parmi les Bleus. Il n'y eut plus, désormais ni grâce ni merci de part ni d'autre. Ce fut un échange continuel de pillage, d'incendie et de carnage. Si Puisaye eût alors tourné le dos à l'Angleterre pour s'attacher au Maine, à la Normandie et à la Bretagne, il eût fait de ces trois provinces une petite France monarchique, dont les quartiers généraux eussent été, dit Napoléon, Redon, Segré, Laval, Ernée, Chàleau-Gontier, Nogent-le-Rotrou, Vitré, Fougères, Vannes, Auray, etc.

Honneur à Beaufort, qui, au milieu de cette fièvre de sang, refusa de brûler six cents suspects au château de Thorigny. a En me dévouant au service.de la République, écrivit-il, je n'ai pas pris la charge du bourreau, et mes soldats pensent comme moi ( 18 janvier 1794). » Instruit de ce fait, Jean Chouan défendit à ses soldats de jamais tirer sur le général. Il fit le même honneur aux volontaires de Rouen, qui s'appelaient le bataillon de la Montagne, pour être impunément humains sous la férocité de leur nom.

KIcbor tenta en vain d'humaniser la guerre des Chouans. Il fut rappelé presque aussitôt. Vachot, son successeur, reprit pour mol d*ordrc : exterminera Les deux sœurs et le frère de Jean Collereau furent au nombre de ses victimes. Perrine, qui avait dis-huit ans, porta Renée, sa cadette, sur réchafaud de Lnval. Elle y mourut ensuite en faisant le signe de la croix et en criant : Vive le Roi! vive mon frère Jean Chouan!

« Il y a malheur sur les Cottereau, dit Jean, pas un ne s'en sauvera, et mon toui* nVst pas loin. »

Il donne la chasse à Vachot, qui fuit, dit-il, comme une perdrix. Moulin et Savary étaient plus habiles et plus braves, mais ils convenaient de leur impuissance.

Le 28 juillet, la prophétie de Jean Chouan se réalise. Il bivouaquait à la closerie de la Babinière. . Sa belle-sœur, la femme de René, lui crie : Voilà les Bleus! C'étaient les gardes nationaux du Port-Brillet. Jean fait feu et casse la jambe d*un soldat... Les autres reculent, et il va se sauver. Mais il entend sa belle-sœur qui appelle au secours... La grossesse de la pauvre femme ne lui permettait pas de franchir une haie. Jean court à elle, l'enlève, se retourne pour protéger sa retraite, est reconnu par les Bleus, et reçoit une décharge mortelle. Ses compagnons l'emportent sanglant dans le bois de Misdon, lui font un lit de leurs vêtements, et recueillent, à genoux, ses dernières paroles : a Mes amis, restez fidèles à la religion et au Roi. Vous aurez de rudes moments à passer ; mais vous serez récompensés dans l'autre monde. Priez pour votre camarade. »

Figurez-vous cette scène, éclairée par un feu de broussailles, Jean soutenu par son frère au pied d'un arbre, et tout à l'cntour ces hommes à demi nus, appuyés sur leurs fusils.

Le mourant exhorta ses gars tant qu'il en eut la force. Puis, la voix enfin lui manquant, il croisa les mains sur sa poitrine béante, pria deux heures de suite à voix basse, et rendit le dernier soupir...

On l'enterra profondément, de peur que les Bleus ne découvrissent son cadavre; et pour leur faire croire qu'il vivait encore, on afficha un avis, signé de son nom, — annonçant la mort à ceux qui couperaient les genêts.

Pendant ce temps-là, le Morbihan se ralliait autour de Georges Cadudal. La gloire prononce Cadoudal.et la tradition obéit à la gloire. Georges était né en 1769, à Kerléano, paroisse de Brech (Morbihan). Ses parents, cultivateurs aisés, que quelques souvenirs semblent rattacher aux Gadoudal du temps de Montfort, lui firent donner une bonne éducation au collège de Vannes. Totit jeune encore, il alla faire ses premières armes en Vendée

1 Le géncRil BouUnd s'amusait à faire des collections d'oreilles humaines. < Le fait est teUemeni posilir, dit le Moniteur, que ce Bouland présenta à un député un mémoire de huit cents lÎTres à ordonnancer pour le payement de quatre-vingts oreilles. Le général donnait vingt livres pir paire, et clouait le tout aux murs de sa cliamhrc. »

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où sa force hcreulccnnc, son indomptable résolution, sa liravoiirc à froid, sa IcméritésouriantcétonncrentBonchampsclSloflIol. « Celle grosse lête ronde ira loin, disait ce dernier, si (jtielquc )>oulet ne l'emporte pa^i. »

Geoi^s, dès lors, garda le sobriquet de Tètc-Rondc, qu'avait iéjh illustré soncompatrioteDuGncsclin. Il rentra dans le Morbihan, après la déroute de Savenay, avec un seul des braves (fui l'avaient suivi au delà de ta Loire. Ce brave était Lemercicr, dit La Vendée, son rrcrc d'armes et son conseil.

Tous deux sourSaient leurcouragcaux anciens Vénètes, — lorsqu'on arrête un jour les Cadoudal en masse...

(icorges étudie l'art mililaîrc en prison, s'évade avec Lcmercîer sons des habits de matelot, et revient prêcher la guerre aux Morbiliannais. Le vjcui Francheville lui avait préparé d'invincibles soldats.. .D'autres lui sont dressés par Labourdonnaye-Coetcandec, de Silz et Guillemot. Celui-ci élait le Jean Chouan de son canton, qui l'avait surnommé le Roi de Bignan.

Georges arme et nourrît ces recrues avant de les envoyer au combat...

Ici, il fait pétrir du pain par ses offîcicrs; là, il arraclte de sa main leurs fusils aux Bleus et les apporte à sa troupe...

IHiisaye arrive alors en Bretagne avec les débris des armées vcudéennes. Forestier, Duperat',Chantereau. Caqueray.Bellevue. Jarcy. Guignard.clc. Une espèce d'armée s'organise... Des rapporta s'établissent entre les insurgés du Morbihan, ceux d'Ille-et-Vilaine, ceux des Côtes-du-Nord et ceux du Maine. Mais au lieu d'agir, Puisaye intrigue. Il attend l'Angleterre, et Forestier le dénonce comme un nouveau Bernicr, moins la résolution. 1| le décide enfin à tenter un grand coup sur Rennes (36 mai 1704), Mais ils jont trahis par des Bleus qui venaient leur vendre des munitions, -^ et ils gagnent le Morbihan à travers mille périls et mille maux. Là, du moins, les deux armées insurgées vont s'unir. Avril les sépare en vain, Puisaye et Forestier s'ouvrent un passage à Plélan, — quand les Chouans d'Hlo>cl-Vilainc font avorter la jonction en regagnant leur pays, Puisaye se

▼oit alors ballu à LîfTré (5 juin). Ses derniers soldats se dispersent, et Duperat et Forestier l'abandonnent en le maudissant.

D'un autre côté, Alexandre de Scepeaux, réalisant trop tard l'idée favorite de Bonchamps, son beau-frère, soulevait, avec Dieuzie et Sarrazin, la rive droite de In Loire, d'Angers à la Flèche, et liait ses mouvements à ceux de Jambe-d'Argent, de Goquereau, de Lechandelier, de Picot et de Tristan dans le Maine. Logerais, dil Pimonsse^ grossissait sa compagnie exceptionnelle, — dans laquelle il était défendu, sous peine de mort, de jurer le nom de Dieu, de s'enivrer et de faire outrage aux femmes, — mais qui n'allait jamais au combat les jours désignés comme néfastes par son capitaine-prophète V

L'habileté diplomatique de Puisaye répara bientôt les fautes de son incapacité militaire. Avoué par les princeset par l'Angleterre, il se fit reconnaître comme général en chef par Du Boisguy, à Fougères, et par Bois-Hardy, dans les Côtes-du-Nord. L'exemple de ces deux partisans, — renommés entre les plus héroïques, entraîna presque tous les autres chefs bretons. Puisaye. développant dès lors ses vastes plans, organisa sur le papier toute une armée, tout un état-major et toute ime administration, — au nom desquels il lança des proclamations royalistes. Puis il créa chef d'état-major général un étranger, le baron de Cormalin', il établit une manufacture de faux assignats semblables à ceux de la Convention,— acte d'audace devant lequel avait reculé l'honneur vendéen, et il passa en Angleterre avec Prigent, rinfatigable émissaire du cabinet de Saint-James (23 décembre 1794).

Pour la première fois peut-être Puisaye révéla aux ministres anglais et aux émigrés la véritable position de l'Ouest... A Londres, cet homme était dans son élément... Il ébranla le flegme inébranlable de Pitt, lui arracha la promesse de l'expédition de Quiberon, enleva d'assaut les pleins pouvoirs du comte d'Artois; mais ne put inspirer aux émigrés influents, notamment au comte de La Marche, ancien évéque de Léon, la confiance qu'il avait en lui-même et dans l'Angleterre...

Bref, tout resta suspendu, quand tout devait être précipité. Et les thermidoriens, opposant enfin l'adresse à l'adresse, eurent le temps d^envoyer le général Hoche en Brelagne, — avec son état-major d'habiles officiers : Decaen, GannucI, Rey, Mermct, Humbert, Krieg, Le Bleg, Chabot, Valletaux, etc.

> [tons les soulèvements orgaiiisc's par 11. de Scepeaux, Sarrasin dirigeii les rassemblemcnls de la forêt de Combré; Deslogcs, ceux de Bain, de Gcnét et de Marans; Goquereau prit le commandement de Châtean-Gonlicr et de Sablé ; les chevaliers de Bêché et de La Haie s'étendirent dans les environs de Segré. Les Choaans de Jean CoUereau obéirent à Delière. Jambe-d'Argent resta dans ses cintonnements de Graon, et le chevalier de Gaqueray, avec Amédée de Bejnrry, prit position du cAté de Rennes.

* Bourguignon plein d'adresse et d'intrigue, fils d'un chirurgien de village, ancien guerrier de l'indépendance en Amérique, de constitutionnel devenu royalisie nb^olu el fiivori du conseil des princes à I^ondres.

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