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CHAPITRE VINGTIEME

Tuolais, de Croix, Louis de Poata vice, Boissy, Saussc-Duval, Boiieslon, Maupilé, Louvîers^ Collin de La Gontrie, La Nouel, Le Loutre, Montambaultt Dupas, Boismartel, Jourdanc, Bindel, Gcrvi, Augeard, etc. Ils surprennent et désarment, à la Gravelle, Lespinasse et deux mille Bleus, qu'ils laissent libres à condition de ne plus combattre les royalistes; et, nommé général à dix*sept ans sur le champ de bataille, Aimé Du Boisguy devient un des héros de celte guerre de deux mois, qui aboutit au désastre du Mans. 11 regagna alors Fougères, avec quatre-vingts hommes, — seuls vivants des six cents qui l'avaient suivi. Il passe l'hiver, comme les Chouans du Maine, dans un terrier profond, reparait au jour le 15 février 1794, rallie les anciens compagnons de ses premiers exploits, reprend à la pointe de l'épée son château natal, écrase les Bleus et les patauds àMelle, à Saint- Brîce, à la Houlette, etc., devient un de plus redoutables chefs de la Brctagne , et se voit à la tête d'une petite armée, qu'il organise admirablement.Etat-major, aides de camp, capilainesde paroisses, uniformes et armes, variées, discipline inDexible, obéissance absolue... rien n'y manquait. Cette organisation, dont la Chouannerie d'alors n'offrit peut-être pas un autre exemple, fait autant d'honneur à Thabileté qu'au caractère de Boisguy.

Pour obtenir des paysans une telle subordination, il ne suffisait pas d'être, comme Aimé, le frère ainsi que le chef de ses soldats, de se montrer toujours et partout le plus généreux comme le plus intrépide ; il fallait une science supérieure, ou plutôt un instinct merveilleux du commandement. Il n'était pas de ruse ou de témérité que Boisguy n'employât pour équiper et armer ses bandes. Il allait en personne dans les villes acheter ou enlever de la poudre, à la barbe des Bleus. Il faisait travailler toutes les braves femmes du pays aux uniformes de ses soldats, et à celles qui dévalisaient les gibernes ennemies, il donnait tant par cartouche.

La République sentit bientôt quel terrible adversaire elle avait là, et elle sillonna le canton de Fougères de colonnes mobiles. Boisguy tes battit et les décima l'une après l'autre, en divisant ses gars par petites troupes, — qui épiaient la nuit et surprenaient les Bleus, derrière les buissons, dans les liois, sur les gués, au fond des ravins, au détour des routes. Nul n'entendait mieux que Boisguy celte chasse aux Républicains. Après les avoir ainsi harassés en détail, en faisant relayer ses bandes, il tombait sur eux à l'improvisle, et les exterminait en masse.

Lors de la pacification de la Mabilais, Hoche, qui n'avait pu réduire Boisguy par la force, voulut s'en emparer par la ruse. Il alla en personne le chercher à Fougères, sous prétexte de lui donner un corps franc pendant la paix. Boisguy se rend chez le général, sur celte parole; — mais, à sa porte, un Bleu l'avertit que huit cents hommes courent cerner son château... Boisguy remonte à cheval, arrive à temps pour sauver son frère, et, rendant adresse pour adresse à Hoche, lui tue vingt-quatre hussards dans

une embuscade. 11 apprend alors rincarecration de trois de ses odicicrs et le coup monté à Rennes pour arrêter tous les chefs de TOucst. Appelant aussitôt le lieutenant Marcel, son prisonnier : — « Monsieur, lui dit-il, votre général m'a manqué de parole ; je Ten ferai souvenir! Quant h vous, recevez le prix du service qu'un des vôtres m'a rendu hier... Si Vous voulez servir dans nos rangs, je vous offre une compagnie; sinon, vous êtes libre avec vos soldats. Annoncez à Hoche que je m'étais embusqué ici pour le prendre, et que sa tête m'eût répondu de celles de mes amis... Racontez-lui enfin comment les Chouans se vengent du parjure*. » Marcel remplit sa mission, et Hoche fit faire des excuses à Boisguy. Ce fut alors que le partisan donna à ses bandes le nom de Chasseurs du Rm.

Le 21 juin 1795, le général Humbert est lancé contre Boisguy. Celui-ci l'attend de pied ferme à TÉtang des Rochers. H passe la chaussée de ce nom sous le feu des Républicains. Louis, son frère, tombe sur leur droite, ,à travers un marais qu'ils croyaient infranchissable. Humbert recule jusqu'à Argentré ; puis force, au bois de Beziers, Coësbouc, lieutenant de Boisguy. Mais celui-ci arrive comme la foudre, et joignant Coësbouc et Louis, par une habile manœuvre, recommence, au milieu du bois, un combat généraP.Ce fut un de ses triomphes les plus disputés et les plus glorieux.

Le lendemain de cette héroïque victoire, Boisguy était maître de tout le pays, n pousse en avant, bat de nouvelles troupes à la Vieuville, disperse avec soixante hommes, à la Barauge, les garnisons du Luray et du Pont- Guérin, fait prisonniers et fusille les trois patriotes Caillère, qui avaient arrêté le prince de Talmont, et continue ses succès avec deux alliés dignes de lui, MM. de Boishamon et Du Breil de Pontbriand.

Pendant ce temps-là, Jarry, pris avec Cormatin et Solilhac, avait pour successeurs, dans ses cantonnements, de Pange et de La Trebondière ;

* Celte affreuse guerre n'en vit peut-èlre jamais de plus acharné. Chaque arbre est attaqué, pris et repris l'un après l'autre, à coups de fusil, à coupj de baïonnette et k coups de sabre, aui cris répétés de Vive le Roi I — Vive la République! Toutes les ressources de la stratégie, tous les cfTorls du courage sont épuisés de part et d'autre. I^es blessés tiennent bon jusqu'au dernier soupir. Les vivants se prennent corps à corps sur les cadavres. Cette lutte frénétique dure jusqu'à deux heures après midi. 1^ chaleur était accablante. Couverts de sueur et de sang, ne pouvant plus soulever leurs armes, Bleus et Blancs suspendent le feu, d'un commun accord... On croit lire un épisode de la bataille des Trente. Les plus fatigués se jettent par terre, les plus vigoureux s'accoudent sur leurs fusils, et des deux côU's, on se regarde, on se mesure, on s'admire Humbert était appuyé contre un arbre, i la tête de son avant-garde. 11 aperçoit Boisguy au pied d'un autre arbre, à vingt pas. 11 lui fait en souriant le salut militaire, et lui dit de sa voix haletante : a Ëh bien, monsieur Du Boisguy, l'afTaire est chaude. Je vous rends justice, vos Chouans sont admirables ! — Général, répond Boisguy, je vous rends hi pareille ; vos Républicains sont les plus intrépides que j'aie vus en ligne. » Et pendant que les deux chefs causent ainsi, que font Ic-s soldats ? Il se partagent et se passent le pain et le vin qui doivent leur donner la force de s'achever !

Bientôt la fusillade recommence ; mais des cris de Vive le Roi 1 ébranlent toute la foriH. C'est Hubert, qui amène au secours de Boisguy toute une armée de paysans. I^ics Bleus font leur retraite sans rompre leurs rangs, mais ils laissent cinq cents morts sur le champ de bataille-

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