‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 197 sur 223 · CHAPITRE VINGTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIEME

Hoche cependanl poursuivait sa marche admirable. Hesserrant d'heure en heure les Royalistes dans la presqu'île, il voit dix mille Ciiouans démoralisés s'enfuir devant ses colonnes. Il allait écraser celte multitude confuse, lorsque Georges, Lemercier et d'Allègre la protègent, jusqu'aux remparts du fortPcnthièvrc. Les émigrés veulent fermer aux paysans ce dernier asile. Mais les gardiens, dont les iiarents leur lendunl les bras, ouvrent un passage à ces infortunés. Réunis el entassés ainsi malgré eux, les gentilshommes et les paysans s'accablent d'injures sanglantes, s'accusent mutuellement de lâcheté et de trahison '. Puisaye les interrompt avec honneur, par une allocution chaleureuse, et les entraîne à l'assautdeshauteursdcSainte- :> ' Barbe, que venait d'occuper le :■ El général Huche. D'Hervilly lui- '^ '"' même se laisse d'abord enlever par l'ardeur commune.

Mais bientôt il voit Aiiblir une | "v de ses compagnies composée j \\^ de prisonniersBleu8...Puisa)c !y accourt le presser . on croit ■ ^ qu'il s'enfuit, et la retraite de- <> vient générale. Hoche s'avance '^' avec son artillerie foudroyante, et désormais il est sûr de sa proie, cernée tout entière dans la presqu'île. C'est alors que leComité de salut public, flairant une boucherie d'aristocrates, et connaissant l'humanité du général, lui envoya les représentants Blad et Tallien avec des pouvoirs t//tmit^s (style montagnard). Blad était un de ces esprits sans portée, qui suivent le cours des événements; Tallien était un homme de cœur, mais de passion violente, un révolution-

■ Les iTcui de N. Cr^inetu -Jolj lont ici Irislement remirquablea : Ie> gcaliUhaitiiuca nu pauniciil s'hibilucr au genre de ïie el de guerro des insurgéi. Quelques-uns mime, ma», il taal rmaucr, le plus pclit nombre, se plaiuienl à tourner en ridicule la aimplicilé de» mœurs, la gro»sièrelé des cnslumes, l'IprcU du langage, de ceux dont ils étaient lunus seconder les efTorti... Il j eut de CCS plaisanteries de bonne compagnie qui glisiircnl sur le jugement si droit des Brctous ; ils n'eii comprenuicut pas le sel ; mais plusieurs des imigrfa, jeunes et étourdis, sp permirent des di- ]â plus intelligibles que les urcaaniei, el les pajBana, déjà iudiguéa du se «ir soumis à

naire compromis au 9 thermidor, ei qui avait à rajeunir sa popularité républicaine. Il eut le barbare courage de la retremper dans des flots de sang.

Il débuté à Vannes, par ranimer les fureurs patriotiques sous une grêle enflammée de proclamations : «Les émigrés vomis, sur nous par I* Anglais ont osé remettre le pied sur la terre natale. Que la terre natale les dévore! etc., etc.)> Puis il arrive au camp de Hoche, et imprime aux travaux du siège cette héroïque activité, qui fut la grandeur de la République, et qui fit opérer tant de miracles à ses soldats... Lemoine, Humbert, Josnet. Meunier, Grouchy et tous les bras dont ils disposent, agissent comme une admirable machine sous la direction de Hoche et sous Timpulsion de Tallicn... Un matériel qui eût demandé des semaines aux Royalistes est improvisé par les Républicains en quelques jours.

L'exemple de cet élan terrible rapproche un instant Puisaye et dllcrvilly. On fixe au 16 juillet Tattaque du camp de Hoche. Tinténiac el Georges sont débarqués et lancés à Sarzcau avec trois ou quatre mille hommes. Jean-Jean et Lantivy font une autre diversion sur la côte nord de Lorient. Mais Hoche est prévenu de ce double stratagème par les anciens prisonniers des pontons anglais, qui n'attendent que l'occasion de trahir efficacement. Le 15 juillet, Sombreuil arrive avec la seconde division expéditionnaire. Elle ne compte que quinze cents hommes; mais chaque soldat est noble et brave comme son chef, et c'est tout dire. Celuici apprend le grand projet du lendemain. Ne pouvant débarquer ses hommes pour la bataille, il demande à y figurer comme volontaire. Le soir même, Vauban gagne la baie de Carnac, se chargeant d'enlever une batterie près de Plouharnel et de prendre le camp de Hoche par les derrières. Un signal convenu annoncera son succès ou son échec. S'il y a succès, on attaquera généralement.

A trois heures etdemie du matin, l'armée royale croit reconnaître le signal du combat. Deux mille six cents émigrés, quatorze cents Chouans, huit pièces d'artillerie se mettent en ligne... — A la bonne heure, s'écrient les Bleus! on voit que ce sont des Français. — Hoclie était absent. Humbert attire les Royalistes jusque sous les batteries masquées par Lemoine... et celui-ci commence à les mitrailler face à face. Chaque décharge balaye des compagnies entières.... Une foule de gentilshommes meurent en héros... Honteux de toutes les fautes commises en leur nom, ils veulent les réparer par un triomphe, ou les laver avec leur sang. Confondus parmi eux. les paysans suivent leur noble exemple. Les deux cousins Lantivy se suc-

une nouvelle lactique, nourrirent dans leur cœur de Tunestes resseutimcnts. L'anarchie régnait parmi les chefs royalistes; elle régnait encore parmi les soldats. Chacun commandait; et, par un bizarre conlraslc, c'était dans les rangs de la Révolution que l'on retrouvait le pouvoir absolu d'un général, la subordination et la discipline qui constituent les armées et préparent les succès. La Révolution donnait encore, ce jour-là, aux Royalistes une puissante leçon d'union, — leçon aussi prompicmcnt oubliée que reçue, comme tant d'autres.

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