CHAPITRE VINGTIÈME
cèdent à leur tête. D'Horvilly et Puisaye s'aperçoivent enfin qu'ils ont lente Timpossible. Ni Tinténiac, ni Jean-Jean, ni Yauban, n'ont pu faire les diversions commencées... Celui-ci avait donné le signal de la défaite, qu'on a pris pour le signal de la victoire. Au même instant, d'Hervilly tombe blessé mortellement...- Sombreuil le remplace, et donne l'exemple des prodiges. Mais tous sont inutiles... et il ne reste plus qu'à battre en retraite... Les Bleus sortent alors avec fureur, et redoublent le carnage. Les émigrés protègent l'armée de leurs corps, dont ils sèment le champ de bataille. «Jamais, depuis que les hommes se font la guerre, autant de courage n'avait été dépensé en pure perte. » La noblesse de France se fit à elle-même des funérailles dignes de sa gloire ^
De son côté, Tinténiac (le La Rochejaqueleind e la Chouannerie), égaré, par une nouvelle trahison de l'Agence, vers de prétendues messagères des Princes, tombait à quelques pas de cette célèbre lande de Mi-Voie, où deux de ses aïeux avaient figuré an combat des Trente. Une perfidie semblable avait détourné Jean-Jean, dont tous les soldats indignés avaient repris la route de leurs villages...
Le 17 juillet, nouveau guet-apéns : un message annonce à Puisaye Tinténiac victorieux (il était déjà mort). Les émigrés se remettent en ligne, ne voient rien paraître, et rentrent désespérés. C'est alors que Puisaye, ne sachant à qui recourir, écrit à Pitt cette lettre abominable : « L'intervention de vos troupes devient nécessaire ; je préférerais maintenant deux mille Anglais à six mille Français! » — Je brise mon épée, si cette lettre part, — s'écrie Sombreuil... Puisaye s'engage à la modifier, et l'envoie telle quelle. Elle est encore, pour sa honte éternelle, à l'amirauté anglaise! La réponse de Pitt arriva, suivant Tusage, — quand il n'était plus temps...
Cependant Hoche était revenu avec Tallien. Deux prisonniers Bleus, royalistes d'un jour, s'échappent de Quiberon, annonçant que leurs camarades ne demandent qu'à livrer Penthièvrc. Hoche sent dès lors qu'il peut attaquer ce fort à coup sûr, et, fixant d'avance avec une précision incroyable, tous les incidents de l'assaut, il en donne l'ordre pour le lendemain à onze heures du soir, — enjoignant à Humbert d'égorger tout ce qui s'y trouvera. L'histoire voudrait effacer cette page de la vie du général... A l'heure dite, les traîtres du fort livrent le mot d'ordre aux Bleus. Ceux-ci s'avancent en dépit d'un orage épouvantable, qui les renverse et les roule les uns sur les autres... Dans la tente d'Humbert, restée seule
' On compta parmi les victimes ou les blessés Talhouet, Levis, La Jaillc, de Gros, Mélaize, Mer?(% Lavoltais, Sarct, Balizal, Soulanges, La Laurencic, Méhérenc de Saint-Pierre, Concise, Trcccsson (tous trois capitaines de vaisseau), Cillard, Bossel, d'OrviUiers, Menou, Clinmpclos, Kérouartx, Cauz, Kerguan, Viart, Du Quengo, Kerevcr, La Peyrouse, Maurville, Du Jay, d'Espagne, Felctz, Mi$sy, Laferrière, Monbron, Kergariou, Lantivy, La Corbinière, Du Ruel, Baraudin, La Boche-S;iint- André, Iluct, Montbel, Ghcux, Larochcfoucauld, Mirccœur, Saint-Cren, Lcvaillant de Glaligny, Corday, le frère de Charlotte, Fro]ger de l'Eguille, Rotalier, etc., etc.
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part comme Robu... On allend une heure, les yeux sur la flotte... Pas un mouvement ! pas un signe! C'est alors que Puisaye fend la presse, se jette dans un canot, et gagne l'escadre. Se sauvail-il lâchement? ou croyait-il seul arracher des secours à Warren? En tout cas, il manquait à l'honneur et'à ses devoirs. Sa place était au plus fort du danger... parmi ses soldais voués à la mort, et non chez les Anglais suspects de trahison. Â la vue de leur chef en fuite, TeiTroi des Royalistes devient du délire... Les paysans se roulent dans le sable, en écumant de rage. Les femmes poussent des clameurs horribles. Les soldats jettent leurs armes, en criant que tout le monde les abandonne! Les chefs eux-mêmes flétrissent le nom de Puisaye: et de Sombreuil, accablé par tant de douleurs, ne sait plus où aller mourir avec ses braves. Il s'élance au pas de course vers le Port-Neuf, en repousse les Républicains à la baïonnette, et rallie dans ce dernier asile sa division, avec cinq ou six mille femmes et enfants. Alors seulement on voit arriver les chaloupes anglaises, envoyées par Puisaye, et deux vaisseaux de l'es-* cadre protègent de leur feu l'embarquement des émigrés.
Ici commence une nouvelle scènc^ où l'espérance et le désespoir» l'héroïsme et la barbarie se confondent. Ou se jette en masse dans les chaloupes. On s'en dispute Tabord avec frénésie. On les fait chavirer sous des masses humaines. Les Anglais cependant, il faut le dire, opéraient cet immense sauvetage avec un dévouement et une précision admirables... Il n*y avait plus là d'alliés suspects ; il n*y avait que des hommes arrachant des hommes à la mort... Mais quelle rigueur il fallut pour dompter les révoltes de Tagonie ! Autour de chaque barque remplie, se cramponnent une foule de malheureux à la nage. On les écarte à coups de rame, ils reviennent éperdus... Pour sauver ledr cargaison vivante, les matelots sabrent les poignets des mourants M . ..
^ Chambray arrive à bord ; sa chaloupe est surcbai'gée. Un homme de plus, et elle coule. Un vieux chevalier de Saint-Louis la côtoyait à h nage, suppliant qu'on accordât uuc minute de repos à sa faiblesse. Chambray l'aperçoit, le saisit aux cheveux, le traîne ainsi denicre l'euibarcation, et le conduit, après de longs elTorts, jusqu'à la corvette l'Alouette. Biais les émi|;iiés, au milieu de L'Océan, avaient encore le feu à redouter. Un grjnd nombre périrent suus les balles des Républicafns, qui visaient à la tète les malheureux se débattant contre les vagues... Au milieu de ces scènes d'horreur, uo spectacle plus doux vient consoler l'humanité. Le grenadier de Loyal-Emigraiit qui avait enlevé du champ de bataille Lcvaillant de Glatigny, appardU sur le rivage. 11 est toujours chargé de son précieux, fardeau. Il n'y a pas de navire en vue... Le grenadier se jette à l'eau; il nage, emportant avec lui son capitaine; il arrive à la première corvette, y dépose le mourant, ei retourne à terre pour combattre. Le duc de Lévis, blessé, se trouvait au rivage. Deux Bretons le soutenaient. U n'y a plu^ qu'un canot au large. .. encore il est plein. Un de ces braves le hèle : « Approches, s'ëcric>t-il, nous ne monterons pas, mais embarquez notre brave commandant, s Le capitaine Keats n'hésite point. Il avance. A la vue du canot, le porle-dnpeau du régiment d'Ilcrvilly se jette à la mer. Il agite l'étendard au-dessus de sa tôte, et dit : « Sauvez mon dr.ipeau, je mourrai content... » Le duc de Lévis est hissé le long du drapeau, et, par la résignation la plus héroïque, les trois UuyalÏAtcs restent sur le rivage. I^'l>aron ^e Damas, resté «ur la grève, bande les yeux de son cheval pour lui cacher le gouffre ; il lui enfonce les épeions dans le ilanc, et le puusM^ à la mer... Ou le voit Umg-
eiS BRKTAGMB ET ViâRDBB.
On embarque ainsi Saint-Morrys, Vauban, Ginlades, dîx*huii cents Chouans ou cmigrcs. L'évèque de DoK son Trère, i*abbé de Hcrcé, et dixhuit prêtres, attendent en vain une chaloupe... Ils sont saisis et entraînés par les Bleus... «Voilà, dit l'abbé, l'heure de faire le sacrifice de notre vie. — Ce sacrifice est consommé,» répond Tcvèque. Et sa noble tête blanche précède les baïonnettes républicaines.
Sombreuil et ses soldais n'ont point quitté le Port-Ncur... Ils y épuisent leurs dernières cartouches sous le double feu de leurs ennemis et de leurs alliés .. car les boulets anglais s'égaraient sur les tôtes royalistes. Etait-ce volontairement? On Ta dit, mais nous ne pouvons le croire, — quoique Pitt eût ordonné indirectement de sacrifier lesoilGciers de la marine française enrôlés avec Sombreuil *. Ce dernier, avec huit cents homtnes (le reste était hors de combat), résistait alors à quinze mille Itépublicains. Cette sublime défense attendrit les soldats d'Humbert : — Bas les armes ! crient-ils aux assiégés, en leur faisant des signes de paix : Rendez-vous^ et vous serez épargnés! A ces mots prononcés par des milliers de voix, Sombreuil çspère sauver ses braves soldats. Il entre, à cet effet, en pourparler; et Gesril Du Papeu, disent les uns, — Guerry de Beauregard, disent les autres, va prier les Anglais de cesser leur feu... « Reviendrez-vous, au moins? lui crie Humbert, en le voyant s'élancer à la nage. -^Je le jure sur l'honneur 1 » Il revint en effet, et mourut comme Régulus. . Les Royalistes posent enfin les armes ; Sombreuil aborde un aide de camp de Hoche, que «sa surprenante beauté » intimide, il se promène un instant avec le général républicain, est présenté par lui à Tallien et à Blad, — s'offre à périr seul pour le salut de ses camarades, obtient d'aller, sur parole, s'entendre avec Tescadre anglaise, et revient, malgré les instances de ses nmis, se constituer prisonnier... En rendant sog épée à Tallien, il la tire à demi du fourreau, et lui donne un long baiser d'adieu...
La République était maîtresse d'un riche butin et de quatre mille prisonniers. Hoche, qui désirait les sauver secrètement, parce qu'il n'en avait pas le pouvoir public, les fit conduire à Auray par une escorte si taible et si compatissante, qu'ils pouvaient tous s'évader chemin faisant. Un petit nombre seulement en profitèrent. Les autres, esclaves de leur
temps lutter contre les vagues ; mais peu à peu ses forces s'afTaiblircnt, et, avant d'avoir gagné une embarcation, il avait disparu dans les flots... Ce fut en ce moment que Charles de Lamoignon parut au rivage. Il portait sur ses épaules son Trère Christian, qui était blessé. Une chaloupe s'approche, tlhartcs de Lamoignon y dépose le malade, il l'embrasse, puis, s'arrachant aux bras qui veulent le retenir : < Mon régiment doit encore se battre, s'écrie-t-il ; je cours le rejoindre... > Trois canonniers, déjà à bord, entendent ce langage héroïque .. Ils débarquent avec le neveu de Malesherbes .. Us moururent avec hii. (Crctineau-Joly.)
> Les instructions secrètes à Warren disaient formellement : « Nous vous autorisons et nous vous ordonnons de débarquer les marins de France, quanA bien même il aurait été décidé de ne pas tenter le ^lébarquefbcnl des forces sous votre escorte. »
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honneur, ci complant sur la capitulation verbale, se laissèrent enfermer, malgré leurs gardiens qui les suppliaient de fuir. Tallien et la T.onvention répondirent à cette noble confiance en leur donnant des juges et des bourreaux.
En vain Sorobreuil rappela à Hoche la parole de toutes ses troupes^ et le pria de la faire valoir '; en vain Hoche (d'ailleui*s trop occupé de son intérêt personnel) écrivit au Comité de salut public : « Il serait cruel et impolitique de songera détruire six ou fcpt mille familles qui ont été entraînées à Quiberon par la terreur ou le prestige;» en vain les officiers et les soldats républicains crièrent tout haut qu*il y avait eu capitulation sur le champ de bataille, et refusèrent avec horreur de faire partie des com-
* L'héroïque jeune honjoio écrivait en même lenip» à sa digne &œui', celle qui avait bu, ilit^ou, un
verre de sang pour sauver son père : < Auray, ce S3 juillet 1793 Stins doute, ma chère amie, tu
apprendras tous les sacrifices que mon cceur fit à Tordre précipité qui me conduisit ici... Je gémis sur le sort des malheureux qui survivent â cetlo infortune conmiune... Si jamais les circonstances vous réunissent, dis-/ut bien (il s'agit de mademoiselle de La Blache) que mon cœur n'éprouva jamais un sentiment plus pur ni plus vif; dis-lui bien que le soin de son bonheur eût été a jamais mon unique objet... Adieu, ma soMir, adieu. Nous méritiona un meilleur sort. Je vais rejointlre notre malheureux père... Je succombe au.«si pur que lui... Je succombe par devoir, pour les braves gens qui furtnt abandonnée... (Allusion à Puisaye.) J'eusse pu fuir aussi; mais quelle peut être l'existence de ceux qui causent aujourd'hui nos désastres ! Sans doute, quelques-uns échapperont à k mort prochaine qui m'est réservée, je survivrai dont hur têtimt... Je me suis dévoué pour eux, et j'espère les sauver. Ou me Va promie. Serait-ce me flatter en vain que d'y croire? Je suis prêt à tout ; mais c'est mille fois mourir que de songer au fleuve de sang qui va couler, si mon attente est trompée. Adieu, ma bonne amie, toi seule faisais toute ma famille, toutes mes espérances. Réunis-toi à celle que j allaii adopter, et qui réunissait avec toi mes meilleurs sentiments. Adieu, mon cœur se brise, et mes derniers soupirs se portent vers vous> Bien des gens auront des doutes sur U journée qui nous^ amenés ici, étant abandonnés par celui qui nou.<i a mis aux mains de l'ennemi. J'aurais pu me sauver comme lui; mais s'il m'avait prévenu, j'aurais tout sauvé, et je ne serais parti que le dernier. J'ai capitulé pour le peu qui restait avec moi. J'ai souvent prouvé que je ne craignais pas la mort. Je pouvais me permettre d'essayer de sauver les autres, en me sacrifiant moi-même. Je meurs fans reproche, et fier de cet événement. L'Europe me rendra justice. Puissent ceux qui ont fui être aussi contents d'eux ! Adieu. Charles db SoMDiiBnL. » ( Lettre inédite, communiquée par M le comte do Villeneuve Sombreuil, neveu du général cl fils de sa sœur.)
Dans cette lettre, si simplement admirable, on remarquera que Hoche n'est pas nommé. Dans s.i lettre à Hoche lui-même, Sombreuil ne parle que de la parole donnée par lie troupee. Nous croyons donc que M. Grétineau (qui, du reste, n'a point publié la lettre ci-jointe) e^t allé trop loin, en accusant Hoche d'avoir manqué à sa propre parole. Le général, dans son court entretien avec Sombreuil, s'était probablement borné» sans s'engager lui-môme, à promettre ses efforts pour tenir l'engagement de ses soldats, dont il a déclaré depuis n'avoir pas été témoin. On peut donc lui reprocher de n'ayoir pas fait assez d'instances, d'avoir parlé trop prudemment le langage de l'humanité, mais non d'avoir manqué à une capitulation, — qui était le fait d'une partie de ses truupes, et non le sien. Iji Convention seule pouvait ctrdevait reconnaître cette capitubtion, — et «'est sur elle et sur Tallien que doit rctorol)cr le sang des victimes d'Auray. Tel est l'avis formel de Napoléon , qui s'exprime ainsi dans ses JfMiotrcs : « Les émigrés qui ne purent s'embarquer furent pris avec le brave Sombreuil. Ce chef s'était rendu par )une eorle de capitulation verbale faite au milieu de Vaction^ à laquelle le général Hoche était tout à fait étranger. 11 le prouva, puisqu'il ne voulut point Ja reconnaître, et de fait il ne le pouvait pas. C'était Tallien, représentant du peuple à Vannes, qui seul avait ce pouvoir. SJais le général Hoche fit ce qu'il pouvait faire : ce fut de ne pas faire garder les prisonnicra, qui eureiU toute la nuit pour se sauver. Lt plupart de ces malheureux ne voulurent poiut en profiter a
missions militaires * : on forma ces commissions de généraux belges, et on leur adjoignit comme bourre«nii le féroce Lemoine.
Les prisonniers furent jugés, condamnés et fusillés sommairement à Vannes et à Auray. Sonibreuil et le vénérable Hercé ouvrirent la marche. Pour aller pins vile, on leur lut en chemin Tarr^t fatal. Sombreuil rejela le bandeau, et refusa de s'agenouiller : — J'aime à voir mou ennemi, dit-il, et je ne m'agenouille que devant Dieu! — Et il mourut à Tége de vingt*six ans. Hercé tomba en priant et en bénissant, eomfue un martyr de la primitive Eglise. Puis la funèbre procession continua, jour par jour, sur la garenne de Vannes et dans le champ de Tré-Auray '.
^ Que peuvent les témoignages passionnas de Blad, de Tallien et de Lemoine, qui nient toute capitulation , ou prétendent subtilement qu'il n'y en avait eu que pour les Bbacs mêlés aux Bieus, 1* contre le témoignage opposé de Napoléon, déjà cité; 2® contre cette lettre du chef de bataillon Douilbrd i Lemoine lui-même : « Citoyen général, j'aime bien la Républiqu'i ; je déteste les l*x> nobles et les Chouans; je les comlMttrai jusqu'à la mort... Mais sur le champ de bataille, j'ai voulu les épargner. J'ai prononcé avec tous mes camarad(*s le mot de capitulation honorable... fja Republiqne ne croit pas de\*oir reconnaître le vœu de ses soldats ; je ne puis pas juger ceux que j'ai absous le sabre à la main ; » 3® contre l'unanimité des oITiciers français, qui se récusèrent comme juges : 4<* contre lo refus d'obéissance de toute l'armée, dans laquelle on ne trouva que des volontaires de Paris, d'Arras et de la Gironde, pour aller, avec les Belges, fusiller les Boyaliates; 5^ enSn, contre la ptfrole suprême de ces gentilsliommea qui, après avoir refusé mille moyens de salut, moururent tous en protestant qu'il y avait eu capitulation. J'en crois, comme dit Voltaire, j*en crois à des témoins qui se font égorger.
* Ce champ avait été le théâtre de la fameuse bataille d' Auray (voir la Bniagne ancienne H moétmê). Il est aujourd'hui appelé le Champ dêê Martyn, et ombragé d'un monument expiatoire élevé, en 1814. par des souscripteurs, à la tête desquels on voit le nom significatif du maréchal Soult. C'est le seul monument qui marque, en France, le passage de la République, et ce monument est un tombeau !... « Les soixante-dix premiers Royalistes qui allèrent au supplice, dit l'auteur de k Vméée mt'/ifatrr. avaient prié en commun pendant le triyet. A la vue des soldats belges, chargés de verser leur sang, ils se jettent à genoux, élèvent les mains et les yeux vers le ciel ; puis, à haute voix, ils prient encore pour le bonheur et pour la gloire de la patrie commune. Immobiles' d'ctonnement, les troupes républicaines partagent bientôt cet éUin religieux. Des sanglots mêlés à des cris de grêce se font entendre. Une décharge à bout portant glace tous les cœurs. — On vit les soldats, même les étrangers, s'eflbreer de transgresser, au péril de leur vie, les ordres barbares de Lemoine... Il y eut, de la part de l'armée et des populations, un élan de générosité qui honore le caractère national, des actes de dé* vouement et de charité qui reposent l'âme de ces scènes de carnage. Hais les transfuges des régiments de Dtt^reanay et d'Hervilly se firent encore une fois débiteurs. Lu mort de tous les captifs était résolue. En Tain quelques-uns de ces genlilshommes, dont personne ne voulait constater l'identité, cachent leur nom et leur rang. Les transfuges signalent aux commissions militaires ceux avec lesquels ils croient être revenus d'Angleterre. C'était une prime accordée à la délation : ces misérables on profitèrent. Alors on fusilla avec plus d'acharnement. I^ sol de la Garenne, de l'Ermitage et de l'Arajor ét:iit couvert de flots de san^, que les chiens ne pouvaient tarir, quoiqu'on les menât à chaque heure du jour, et de la nuit se gorger auprès der cadavres, que l'on abandonnait nus à la vue du peuple. Les charretiers de l'armée républicaine étaient chargés des inhumations; ils s'acquittaient de ce devoir avec une brutale grossièreté, que les plaisanteries du général l^erooine excitaient encore. Immédiatement après l'exécution, ces charretiers s'emparaient des mortit, les dépouillaient de leurs vêtements ; puis, les saisissant par les cheveux, par un bras ou pnr une jambe, ils les traînaient à la fosse commune, et les y précipitaient. On a vu pluiiieurs de ces martyrs, qui n'aTsient point été tués du premier coup, donner des signes de vie, se ranimer sous la violence des secousses, pousser des cris lamentables, et essayer de se soulever de la tombe. Les fossoyeurs les abattaient d'un coup de bêche, et, en ricanant, ils leur jetaient des pelletées de terre. Un jour, on ftisilLi avec »i peu de soin, que, le lendeqiain, des bras, des jambes d'hommes furent aperçus sur cette terre, que