‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 21 sur 223 · CHAPITRE DEUXIÉHE · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÉHE

pagne en France*. Le complot, organisé sous le nom de celui-ci, fut donc une coalition de tous les ennemis du Régent.

Au milieu de ces ennemis, l'Espagne pouvait-elle oublier la Noblesse bretonne , son ancienne alliée contre Henri IV ; — et, toute rouge encore du soufflet qu'elle venait de recevoir, celte Noblesse fut-elle bien coupable en croyant sauver à la fois la Bretagne et la France?

Car tel fut le généreux espoir des complices qu'Alberoni et la duchesse du Haine trouvèrent parmi nos seigneurs. La plupart ignoraient les vues secrètes de Philippe V sur la couronne de Louis XV , et ceux qui les connurent se réservaient sans doute d*y mettre ordre en temps et lieu. Après avoir brisé par la main de l'étranger l'homme qui était pour eux le fléau de leur pays, ils auraient bien su rejeter de ce pays l'étranger lui-même, comme ils avaient rejeté l'Anglais après les guerres de Montfort, et l'Espagnol après les guerres de la Ligue. Il fallait même toute la présomption d'Alberoni pour compter encore sur les Bretons en face d'un tel souvenir. Hais la monarchie espagnole ne pouvait oublier qu'elle avait construit et occupé longtemps les plus belles forteresses de nos côtes, et la domination de la Bretagne était une de ses idées fixes depuis la fin du quinzième siècle.

D'ailleurs l'alliance des Espagnols et des Bretons contre les déportements de la Régence était encore une Sainte-Union, et le motif religieux, si puissant en Bretagne, venait compléter la justification de nos a!eux. c Philippe V, leur disait Alberoni, est le roi catholique par excellence, tandis que le Régent se fait publiquement honneur de l'irréligion; et cette irréligion, ajoutait-il avec justice, le plonge dans des excès de licence dont les siècles les plus corrompus n'ont point eu d'exemple, et qui, en lui attirant le mépris et l'indignation des peuples, fait craindre à ceux-ci les châtiments les plus terribles de la vengeance divine. » — Ces paroles n'avaient rien d'exagéré pour les Bretons, aux yeux desquels le Régent était un véritable Antéchrist.

Enfin il y avait en Bretagne un parti nombreux pour lequel le roi d'Espagne n'était pas plus étranger que le Roi et le Régent de France ; nous voulons parler de ces Bretons pur-sang qui s'étaient à peine regardés comme Français après le double mariage de la reine Anne, et qui se croyaient plus qu'aDranchis du serment de l'Union vis-à-vis d'une Honarchie obstinée à violer ce serment depuis trois siècles. Ces hommes loyaux

* Voiei vo enrimix tpécimen à» la corrctpondaoce lymboliqva àé Gellunare itm Alberooi : ■ le eontinoa de caliÎTer notre tigne, mett je ne te» pat tondre la main ponr cneillir les frnilt avant lenr natnrité... Les premièras grappes qui doÎTent rafraîchir la boache de ceux qni tont destinés k boire le ▼in , se vendent déjà pvbliqnement , et ekaqne jonr on en portera an mareM d'antres qui sont snr la paille... » ( Jaillet 1718.) t J'ai Isit voir les perles qne la reine m'a envoyées, a6n qne je les vende avantagensement k celoi qui prétend les acheter. Mais elles ne sont point sorties de mes mains, et n'en sortiront qn'après qne la vente anra été faite dans les formes roqnises. . . Cependant, je les garde sons double clef.. . t AeAt 1 T 1 1. ( Archives des affairas étrangèras. )

ei fiers se trouvaient d'autant plus libres quUls avaient mieux tenu leur parole jusqu'alors. Qu'on leur reproche donc» si Ton veut» la naïveté de leurs illusions ou Texallation de leur patriotisme ; — mais qu'on ne leur fasse pas un crime d'avoir enfreint un pacte qu'ils croyaient rompu, d'avoir appelé leur allié le plus puissant contre leur plus dangereux ennemi, en un mot d'avoir rêvé raflranchissement de la Bretagne par la substitution du régent Philippe V au régent Philippe d*Orléans. Bourbon pour Bourbon et cousin pour cousin, n'avaient-ils pas le droit de préférer, à celui qui confisquait leurs dernières franchises, celui qui s'engageait i les leur restituer toutes ensemble?

— Mais alors» dira-t-on, ils devaient faire ouvertement une guerre natio«> nale, et ne pas conspirer dans l'ombre avec des étrangers.

— Assurément , cela eût été plus héroïque et leur eût beaucoup mieux convenu, mais cela n'eût-il pas été insensé, sans paraître moins criminel T Qu'auraient-ils pu faire, un contre mille, sinon tomber follement sur le champ de bataille ou honteusement sur l'échafaud?

Parce que la Monarchie leur prenait leur indépendance^ était-ce une raison pour lui sacrifier encore leur vie? — Entre mourir sans aucun résultat et conspirer avec quelque chance, qui n'eût préféré avec eux le dernier parti?

11 ne faut donc pas juger ces hommes comme des sujets perfides et rebelles» mais comme des alliés trahis ou des ennemis sur la défensive, tout au plus comme des victimes d'une glorieuse erreur. Et si l'histoire doit ménager l'éloge à leur entreprise , elle ne peut du moins la condamner sans condamner toutes les représailles et toutes les manœuvres politiques.

Quant à nous,— pourquoi hésiterions-nous à le dire? s'il y a dans la conspiration de Cellaniare quelque chose de noble et de vaillant, c'est, i nos yeux, le rôle des conjurés de la Bretagne.

Leur grand crime fut de prendre au sérieux une intrigue de cour, de ne {las sentir qu'ils servaient d'instruments à des ambitieux. Quoi de plus navrant que de voir ces hommes de cœur mis en avant par les roués cachés dans la coulisse ; ces soldats abandonnés au milieu de l'action, et expiant par une mort infâme la lAcheté de leurs capitaines?

Les vues secrètes des coalisés ne difléraient pas moins profondément que leurs caractères. Derrière le mot d'ordre public et commun , qui était la chute du Régent, il y avait le plan des Espagnols, le plan des Parisiens et le plan des Bretons.

I /Espagne et Paris s'accordaient à demander la convocation des États- Généraux. Tel fut toujours en France le premier cri des mécontents, la préface obligée de toute révolution. Alberoni pensait que les États donneraient la régence à Philippe V et le déclareraient apte à succéder à Louis XV. La duchesse du Maine croyait obtenir les mêmes avantages pour son débile

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