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CHAPITRE DEUXIÈME

époux; mais elle feignait d*appuyer les prétentions du monarque espagnol. Tous deux , au jour venu, comptaient rallier par des agents, par de i*or, par des promesses, et surtout par les mille pamphlets qu'ils rédigeaient d'avance, les villes mécontentes, la noblesse indignée, et le peuple toujours prêt à changer de maître.

Le plan des Bretons, une fois le Aégent renversé, était d'exiger la restitution de toutes les fVauchises confisquées depuis l'Union, — ou l'abolition de l'Union elle-môme et le retour à l'ancienne indépendance. I^ premier de ces projets était assurément légitime et possible; mais rien n'était disposé |X)ur l'accomplissement du second, — beau rêve de quelques têtes plus ardentes que sensées.

Outre cet intérêt national, nos gentilshommes voulaient sauver la couronne et la vie de Louis XV, que les chefs de la conspiration disaient menacées par Tambition du Régent. Cette calomnie était absurde, car le duc d'Orléans fut toujours dévoué à Louis XV ; mais elle avait trouvé crédit en Bretagne, où Timmoralité du Palais-Royal rendait tous les crimes vraisemblables.

Depuis longtemps déjà,, les émissaires allaient et venaient de l'ambassade espagnole au salon de la duchesse du Maine, et des manoirs bretons à la cour de Philippe V^ En attendant que la Bretagne tirât les marrons du feu, les intrigants les croquaient en imagination, et entassaient paperasses sur paperasses. Cette conspiration d'écrivains piiblics avait rédigé des lettres du roi d'Espagne à tout le monde : — au roi de France, pour l'inviter à convoquer les États*Généraux ; — aux États-Généraux , pour leur rappeler leurs anciens droits et leurs nouvelles obligations; — aux Parlements et à la Noblesse, pour les plaindre de toutes les injures qu'ils avaient reçues de la Régence ; ^* à la Bretagne, enfin, pour lui promettre la restauration de sa vieille nationalité. On avait fait mieux entiofe ( il est si facile de triompher et de régner, la plume à la main ! ) « on aVait préparé une requête à présenter à Philippe V par les États<i^énératLx assemblés. Dans cette requête, les États dénonçaient les attentats du duc d'Orléans contre la France et contre Louis XV, et priaient le roi d'Espagne , comme le plus proche parent de ce dernier, de prendre en main la Régence , et de rendre au pays ses libertés, et à la couronne son éclat*

Le duc d*Orléans et l'abbé Dubois, son ministre, avaient connu ces menées de fort bonne heure ; mais le premier voulut des preuves matérielles, et tous deux laissèrent grossir l'orage, pour l'étouffer avec plus d'éclat. La Bretagne leur en fournit l'occasion, en se chargeant de mettre c le feu aux mines. »

Laissant les Parisieni^ éerivailler et bavarder dans l'ombre', nos gen-

* Lm mctMgn Lrelont pamicot la frontière éêu» des étatt cl ém bonteillat da tîo.

* Gentilahoniaiet, tkMa, eoartitanat, m réonÎMataot pél^'inéle k Vananal et k VhMt\ de Scent , eà ila owEtiaot de front la galanterie et la politique. Ha prenaient ai peu an aérieni leur propre intrigne, qn'ila appelaient la dncheiee du Maine U tUUu du fprm^d umuui.

tilshommes , qui ne sayaient que manier leur épée » s*annèreni pour agir àU grand jour, et donnèrent le signal de rindépendancc.

Chaque manoir devint un foyer de rébellion, et les châtelaines se firent les chefs de l'enrôlement. La tradition a glorifié le courage des dames du Hirel, de Bizeûil, de Kerpardarme, de Lambilly, de Bourgneuf, de Hellac» de Kaukoén, de Bonamour, etc., et voué à Texécration la dame d'Égoulas» qui vendit au Régent les secrets de ses frères ^ Porté de château en château, de village en village, de chaumière en chaumière, le pacte fédératif était signé par les Nobles dans les hautes salles armoriées^ et juré par les paysans au fond des bois, au milieu des landes, dans les grottes des fées et dans les cercles de pierre. Les derniers Bretons, assis encore à la table ronde, buvaient rhydromel et le cidre au sahit de la patrie, tandis que les derniers bardes, remontant sur le dolmen, se rappelaient avec transport les chants de l'antique liberté. Le serment des confédérés était solennel et terrible : chacun s'enga* geait à mourir pour la sainte cause, ou à voir son écu traîné, comme jadis, à la coue de son cheval.

Nous dirons tout à l'heure les noms des principaux conjurés. Leurs chefs furent MM. de Guer de Poncallec, de la Boêssière, Lambilly, du Couédic, de Helao^Hervieux, de Montlouis, les trois Talhouet, les deux Polduc, cadets de Rohan*, qui rêvaient encore la couronne ducale, et tous les petits-fils de ces anciens iiems bretons, enfants de la même famille, liés à leurs vassaux par les mêmes intérêts, par les mêmes travaux et par la même langue; tous regrettant, sous l'oppression monarchique, leur libre aristocratie représentative; tous impatients de châtier l'insolence des intendants et des gouverneurs, — insolence dont le maréchal de Montesquieu avait dernièrement comblé la mesure en saluant à peine, de la portière de son carrosse, les six cents Nobles des États, venus à cheval au-devant de lui. Ceux qui connaissent les gentilshommes de Bretagne savent qu'une telle insulte suffisait pour les soulever en masse.

On fortifia de toutes parts les tourelles, on rouvrit les souterrains, on décrocha du mur les épées de fer. On reprit les drapeaux d'hermines qui avaient' repoussé, soixante ans, les fleurs de lis; on retrouva les vieilles devises, les vieux cris de guerre, les vieux signaux d'appel et de ralliement. Talhouet de Bonamour appela sa troupe les soldats de la liberté; du Koskaër inscrivit sur sa bannière : Pour le Droit et la Raison; Lambilly devint maître Pierre; et du Koskaêr, le chevalier du Bon Sens. — Entrer dans la

' Correspondance de l'intendant de Bretagne a?ec M. Le Blanc (1719). -» (Arch. det aff. étr.) ' Lee hittorieniy qui ont tonla faire des brigands de ces gentilshommes, ont crié bien beat que MM. de Poncallec et de Bohan-Polduc étaient traduits devant la justice pour la contrebande dn tsbac. Le fait de cette accusation est Trai } msîs, outre que la cbose n's pss été jugée, ces nobles n'eussent fait que continuer, sous forme de contrebande, la guerre du timbre et du tabac, commencée par leurs pères sous le règne de Louis XIV. Cela prouterait seulement qu'ils avaient le coursge, eprès plus de quarante ans, de protester encore contre les impôts établis au mépris do l'acte d'Union^

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