‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 24 sur 223 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

En même temps, \o.na\l do paraître une brochure audacieuse (caria presse essayait déjà sa puissance), intitulée : Apologie de la Noblesse et du Parlement de Bretagne. Los chefs de Tinsurrection y recevaient le titre de Pères de la patrie, de Défenseurs de ses privilèges, et la Cour, qui méditait leur jugement, s*y trouvait jugée elle-même au Tribunal des Nobles et des Parlementaires. L'arrêt qui ordonna la suppression de cet écrit ne servit qu'à lui donner des ailes, et il alla de manoir en manoir entretenir le feu caché sous la cendre.

Si la Cour prévôtale eût alors prononcé sa sentence, nul doute que les États de 1719 n'eussent été formidables. Mais tout en préparant la condamnation, les juges laissèrent le temps d'espérer la grâce, et la Noblesse se condamna au silence prévu par le maréchal, — de peur de faire tomber d'un mot la hache sur la tête de ses frères...

Toute inquiétude enfm calmée du côté des États, la Chambre de Nantes reçut l'ordre de frapper... Et MM. de Poncallec, de Montlouis, de Talhouêt et du Couëdic comparurent devant leurs ^uges, le mardi de la semaine sainte, 26 mars 1720. Un seul jour suffit aux débats, à la condanmation et à l'exécution; tant la honte et la peur aiguillonnaient le tribunal!

Pour que rien ne manquât à l'iuiquité, — de tous les conspirateurs qu'on eût pu saisir, les quatre accusés étaient les moins coupables. Ils avaient sans doute organisé ou secondé la résistance bretonne, qu'ils croyaient légitime, mais sans tirer Vépée ni un seul coup de pistolet contre VEtat. Telle fut du moins leur protestation jusqu'au dernier moment. Aussi la sentence fatale les surprit d'autant plus qu'ils croyaient avec toute la Bretagne leur acquittement inévitable... ARn de suppléer par des aveux à l'insuffisance des charges, on avait usé près d'eux et de leurs familles de la plus infâme duplicité. — < Déclarez tout, leur avait-on dit, à ce prix vous aurez votre grâce. » Et, ne soupçonnant pas qu'on pût violer une parole donnée au pied de Téchafaud, ces nobles cœurs et ces bouches sincères s'étaient ouverts en pleine confiance; leurs frères, leurs sœurs et leurs femmes avaient livré leurs secrets pour assurer leur salut... Madame de Talhouêt avait provoqué l'incarcération volontaire et les aveux de son mari, sûre de conserver ainsi un père à l'enfant qu'elle portait dans son sein! — Un tel complot ne mérite t-il pas autant d'exécration que celui des accusés méritait d'indulgence?

Il faut donc trancher le mot, la condamnation de ces hommes fut une lâche barbarie, leur mort fut un véritable martyre. Nous en appelons au témoin oculaire et impartial qui nous a laissé le récit de leurs derniers moments, au Révérend Père Nicolas, confesseur de M. Le Moyne de Talhouêt. Plusieurs parties de la Relation fidelle ont été imprimées à Nantes. Mais elle est digne d'être publiée tout entière et sans altération, dans la touchante simplicité de son style et de son orthographe. C'est ce que nous allons faire

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d'jprès le manuscrit même du Père Nicolas, précieusement conservé par un descendant des Talhouct, qui a bien voulu nous le communiquer. On y verra le spectacle admirable d'un courage s;ins ostentation et d*une résignation sans Taiblesse, les naïves protestations de la justice contre rirfiquité, de Thonneur contre la honte et de la jeunesse contre la mort; on y verra surtout une piété qui rappelle la foi des premiers chrétiens.

Dès le matin du jour fatal, toute la ville de Nantes était en émoi. La sympathie publique se prononça hautement en faveur des accusés; mais on les tint soigneusement éloignés des regards. La justice du Roi s'accomplit comme un crime, à huis clos, dans l'intérieur de la forteresse. On ne voyait que soldats à toutes les issues, dans toutes les cours, sur le passage des prisonniers et dans la grande salle d'audience. Lorsque les gentilshommes y comparurent, il faisait à peine jour (il était cinq heures du matin). Cette lugubre tragédie devait s'ouvrir et se fermer à la lueur des flambeaux. Les hommes vils et les choses honteuses ont peur du soleil.

Ce fut un spectacle étrange que cette entrevue des juges et des accusés. D'une part, treize hommes en cheveux gris, endurcis par tous les vices de la vieillesse, soldés au poids de l'or pour faire tomber quatre têtes... De l'autre part, ces quatre tètes qui formaient à peine ensemble un siècle et demi. Poncallec n'avait pas vingt-deux ans, et Talhouêt n'en avait pas trente; du Couêdic seul avait atteint Tâge mûr. En voyant les rudes visages, les cheveux flottants, les vêtements rustiques et l'attitude altière des enfants de la Bretagne, M. de Chàleauneuf et ses collègues aflectèrent de les regarder et de les traiter comme des sauvages. Quoi de plus sauvage, en eflet, pour les roués de la Régence, que la foi naïve et forte, l'ignorance des intrigues et le courage imprudent? Quoi de plus ridicule que des hommes qui avaient tenu leur parole en croyant à celle des autres? Quoi de plus ignorant que les nobles dupes des espions d'Albéroni et des danseuses de l'hôtel de Sceaux?

La vérité est que Poncallec, Talhouêt, du Couêdic et Montlouis étonnèrent la Chambre par la mâle franchise de leur contenance et de leurs paroles. Confirmant les aveux arrachés d'avance à leurs familles, ils reconnurent l'erreur dont ils étaient victimes, sans appeler l'indulgence par aucune dénonciation. Ils convinrent avoir conspiré, non pas contre le Roi, mais contre le Régent, non pas pour l'ambition espagnole, mais pour l'indépendance bretonne, — croyant user du droit de légitime défense. Ils persistèrent à déclarer qu'ils n'étaient point de ceux qui avaient pris les armes.

Les débats durèrent toute la journée, et les accusés crurent plus que jamais leur condamnation impossible...

Mais la preuve qu'elle était prononcée d'avance, c'est que M. de La Griolais, grand prévôt de Nantes, n'attendit pas la fin des délibérations pour aller prier quatre frères Carmes de se rencHre aux ordres de la Cour,

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