‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 26 sur 223 · CHAPITRE DEUXIÈME. ' 7i · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME. ' 7i

sieur, il faut mourir d*un grand cœur pour celuy qui est mort pour nous et dans la même semaine qu'il est mort pour vous. » M. de Talliouêt me répondit qu*il regardoit comme une grande grâce de Dieu de mourir dans la semaine sainte, et témoigna que je luy ferois toujours plaisir de luy parler de la passion de Jésus-Christ.

c Comme il me parut s*auaneer vers moy, je pris la liberté de Tembrasser. J'ajouttay d*un ton plus plushardy : « Oh! Monsieur, le monde s'éuanouit et s'enfuit loin de vous; Féternité s'anonce et se présente à vous; j'ay ordre de vous le dire. Monsieur, l'éternité qui est si longue, n'est éloignée de vous que de l'espace de deux heures : deux heures de temps bien courtes, mais bien ménagées, vous procureront une éternité de gloire et de bonheur; ne perdons pas un moment d'un temps sy prétieux, oublions tout le monde, ne pensons plus qu'à Dieu, au ciel et à l'éternité. » M. de Talhouôt se mit à genoux pour commencer sa confession, qui étoit depuis peu de temps; mais, comme M. de Poncallec, quoyqu'il fât à l'autre bout de la chapelle, pour peu qu'il parlât, faisoit tout retentir, M. de Talhouêt me dit : « En vérité, le marquis parle sy haut que l'on ne s'entend pas parler. % Je le priai de se seoir et d'examiner un peu sa conscience, pendant que j*irois appaiser M. de Poncallec, qui se plaignoit auec assez de modération, mais d'un accent un peu trop élevé. Jamais je ne luy entendis prononcer aucuns jurements, ny aucunes parolles injurieuses. Voicy à peu près ce qu'il disoit : c Quelle injustice! lier les mains à des gentilshommes; cela ne se doit pas faire. Nous voilà donc condamnez à mort, sans jamais avoir tiré répée ny un seul coup de pistolet contre l'État. Voilà donc cette royale Chambre qu'on disoit agir avec tant de douceur! Quelle douceur! Tant de fois on'm'auoit dit : Poncallec, dis tout, déclare tout ce que tu sçais; e'esi le moijen de tCauoir point de mal. J'ai fait tout ce qu'ils m'ont demandé, et ils ne font pas ce qu'ils m'ont promis. On me disoit dimanche, que M. de Miâne auoit entre ses mains la grâce de M. de Montlouis. Quoy donc, luy lier les mains et à nous aussy ! sommes-nous donc les quatre victimes, pendant qu'on en épargne d'autres plus coupables que nous. » Il ne nommoit cependant personne. »

Cette scène se passoit dans la chapelle oi!i Louis XII, épousant la reine Anne, avait juré, en son nom et au nom de ses successeurs, de maintenir à jamais les franchises de la Bretagne. Et c'était pour avoir défendu ces mêmes franchises que quatre gentilshommes allaient porter leurs têtes sur l'échafaud. Faut'il s'étonner des violentes réflexions du marquis de Poncallec, dont l'esprit juste était sans doute frappé d'un tel rappnxhement.

c Touttes les plaintes de M. du Couêdic étoient de s'écrier de temptf en temps : c Seigneur, pardonnez-moy mes péchez; mon Dieu, saunez mon âme! » M. de Montlouis gardoit toujours un profond silence, parce qu'il ne sortoit presque pas du confessional. Je m'auançay fort respectueusement

vers M. de Poncallec, et liiy dis d*iin ion assez bas, afin qu*!! me répondit de même : « Ah ! Monsieur^ que je suis désolé de vous voir dans une sy trtsie situation; il me semble auoir eu autrefois Thonneur de vous voir au collège de Rennes : ah! que ne puis-je, à quel prix que ce soit, contribuer à votre consolation. — Ah ! mon père, me dit-il, d*un ton et d'un air fort doux, nous sommes condamnez. — Eh bien. Monsieur, repris^je, le Fils de Dieu a bien voulu être condamné hiy-même le plus injustement du monde. Ce qui se trouue le plus admirable dans tout le cours de sa passion, c'est qu'au milieu de touttes les injustices et de tous les outrages qu'on luy faisoit, il gardoit un silence qui a quelque chose de diuin. C'est le propre des grandes âmes de souffrir courageusement touttes les plaintes injustes. > Nous nous entretînmes tout bas et admirablement, M. de Poncallec et moy, enuiron l'espace d'un miserere. Son confesseur, qui entendoit ce que nous disions, se joignit à moy pour l'encourager» et l'exhorter à un silence généreux. Nos exhortations eurent tout le succez que nous souhaittions. Je me retiray, en saluant. MM. de Poncallec etduCouêdic, qui étoient sur le marchepied de l'autel, se saluèrent. Ce dernier, voulant me rendre mon salut : « Où est, dit-il, mon chapeau ! où sont nos chapeaux? — Ah ! qu'auons-nous besoin de nos chapeaux, répondit en souriant M. de Poncallec, l'on nous en ostera bientost le moule, n

« A peine fus-je de retour auprès de M. de Talhouêt, pour entendre sa confession, que M. de Poncallec et M. du Couëdic se mirent à genoux pour commencer la leur; ce qu'ils firent à différentes reprises. Comme il n*y auoit qu'une chaise pour M. de Talhouêt et pour moy,' je le fls toujours asseoir, excepté quand j'entendis sa confession à deux reprises, ou quand nous nous mimes à genoux tous deux pour faire ensemble quelques prières. Je passay le reste du temps à me promener d'un bout de la chapelle à l'autre, en ruminant ce que je pouirois dire de plus touchant à M. de Talhouêt pouf l'animer et le consoller. A mezure qu'il me venoit quelques pensées, j'allois les luy suggérer, et puis je me repromenois. 11 m'écouttoit toujours auec bien de l'attention; et, après auoir entendu sa confession, je luy demanday sy je pourrois luy rendre quelques seruices, en écriuant à quelqu'un de sa famille ou de sa connoissance. Il me pria d'écrire à madame de Talhouêt, son épouse,- et me répetta deiix ou trois fois son adresse, crainte que je l'oubliasse. Environ demi quart d'heure après, je luy dis qu'il falloit s'armer de patience, et de courage, et de résignation contre les approches de la mort ; que sy la vue d'une mort procliainne luy cau< soit quelques allarmes, il falloit se remettre deuant les yeux Jésus-Christ au jardin des Oliues plongé dans une tristesse mortelle et une sueur de sang à la vue du calice de sa passion, et malgrez des impressions sy terribles, protestant généreusement plusieurs fois à son Père qu'il demandoit raccx>mplissement de sa sainte volonté. M. de Talhouêt me répondit qu'il

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