‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 27 sur 223 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

n*étoit pas tant affligé de mourir, que de laisser une femme désolée et de pauvres enfants sans aucune ressource: il répetta ces mots : Paier non mea voluntas, sed tua fiât). Je luy représentay Jesus-Christ dans la croix, qui auoit été extrêmement affligé de la désolation de sa sainte mère, qu'il voyoit présente, comme elle Tauoit été de la mort de son diuin fils : < Unisses, luy dis'je, votre affliction à celle de Jésus et de Marie sur le caluaire; recommandez-leur madame votre épouze et messieurs vos enfants; ils ne perdront pas leur père qui est dans les cieux. Vous-même, en y allant deuant eux, leurs servirés de puissant intercesseur auprès de Dieu; il est le protecteur des veuues et des orphelins. » Nous fîmes ensemble quelques prières. « N'écriués point d*abord à mon épouze, me dit-il : enceinte, je crains qu*en receuant la nouuelle de ma mort, elle meure de douleur, parce que c*est elle qui est cause que je suis icy; cause innocente! elle croyoit bien faire, aussy bien que tous mes amis qui me conseillèrent comme elle, de me rendre, parce qu'ils s'imaginoient que le prince Régent ne demandoit qu^une soumission. » 11 m'enjoignit en même temps d'écrire à madame Sainte-Catherine, relligieuse hospitallière de Guemenez, dans l'espérance qu'elle prendroit touttes les mczures possibles pour disposer peu à peu madame de Talhouêt à une sy triste nouuelle.

« Pendent que j'inspirois à mon pénitent différents motifs de bien souffrir, différentes pensées pieuses et des aspirations vers 1^ ciel, je dis par hazard ces mots : Miserere meiy Deus, secundum magnam misericordiam tuam ; je fus agréablement surpris de voir qu'au lieu de répetler comme il auoit coutume les mots et les prières que je luy insinuois, il continua par cœur ce psaume jusqu'à la fin, auec autant de présence d'esprit que Tauroit pu faire l'homme le plus tranquille. »

Voilà un sauvage qui comprenait et récitait de mémoire un psaume latin tout entier. Y avait-il à la cour de Versailles et du Palais-Royal beaucoup de roués capables d'en faire autant?

< Vers ce temps, M. de La Griolais, grand prouost de Nantes, entra dans la chapelle, tenant d'une main un encrier auec des plumes, et de Tautre du papier blanc; il me dit tout bas qu'il étoit appropos de sçauoir si ces quatre messieurs auoient quelques deptes, soit à l'églize, soit à quelques particuliers, afin que Ton écriuit les premières sur le papier commun, les secondes sur le papier timbré, pour que les formalités de justice fussent mieux observées. Il resta par prudence auprès de la porte en dedans, et m'enjoignit d'aller faire à tous, de sa part, cette proposition. J'allay d'abord à M. de Poncallec; mais, son confesseur étant assez proche de luy, après auoir fait une profonde rénérance au marquis, je dis comme en confidence au conrcsseur, mais d'un ton assez distinct pour que le marquis pât l'entendre : < Voilà M. de La Griolais, grand prouost de Nantes, qui vient d'entrer , il ne vient icy que pour faire plaisir à ces Messieurs. Il demande,

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et il est prest d'écrire sur du papier commun ou du timbré, les deptes dont ces Messieurs seroient redevables ou à Téglise ou bien aux particuliers ; il y va de Thonncur et de la conscience de ces Messieurs de les déclarer; ils ont trop de cœur et de piété pour ne pas le faire, faites-en la proposition à M. de Poncallec. » J*aaançai trois ou quatre pas pour dire à peu près la même chose à M. du Couëdic et à son confesseur tout' à la fois, parce que tous les deux se tenoient debout et appuyez sur la cornière de Tautel, et se joignoient de sy prest, qu'on ne pouuoit parler à l'un sans parler à l'autre.

c Comme je descendois au bas de la chapelle, je vis M. de La Griolais et M. de Poncallec se saluer mutuellement auec toutes sortes de ciuilités, et le père Mathieu, confesseur de M. de Poncallec, vint en même temps à ma rencontre. « Votre Monsieur, me dit-il, a-t-il quelques deptes? Il est de son honneur et de sa conscience de le déclarer. Parlez-Iny-cn. M. le grand prouost s'oflre de les faire payer. > Le père, retournant aussytost vers son pénitent, ils ne tardèrent pas à me venir demander tous deux le nom de M. le prouost. Je le leur dis, aussy bien que le sujet de sa venue. M. de Talhouêt, au lieu d'aller, comme firent les autres et comme je Tinvitois, parler luy-mème à M. de La Griolais, me témoigna qu*il ne souhaitoît plus parler à personne qu'à moy, et me chargea de dire à ces Messieurs qu'il ne se souvenoit pas de rien deuoir à personne qui ne fût connu à son épouze, qui ne manquerait pas de payer aussi exactement que luy-mème.

c Dans cette première visite, M. de La Griolais écrivit assez confusément sur un même papier, ce que ces Messieurs lui dirent confusément eux-mêmes. Il les salua tous chacun en particulier. Comme il en agissoit avec eux d'une manière fort civile, il en reçut aussi toutes sortes d'honnestetés. Je ne pus, dès lors, me dispenser de luy dire tout bas que j'étois charmé des dispositions sagement chrétiennes où je voyois M. de Talhouêt. Il souhaita luy parler un moment luy-mème ; mais, après que ce Monsieur lui eut dit tranquillement qu'il s'appeloit Le Môyne de Talhouêt, et que, comme il l'auoit déclaré, il ne se souvenoit pas devoir rien à personne qui ne fût connu à son épouze, qui ne manqueroit pas de payer tout, M. de I^ Griolais sortit et ne tarda pas à reuenir.

c 11 me donna commission d'aller demander à ces Messieurs s'ils auoient quelques arrangements particuliers à mettre dans leurs affaires temporelles. M. de Poncallec répondit, d'un ton un peu élevé : c Deux heures pour mettre ordre à toutes nos affaires temporelles et à notre conscience! N'est-il pas vrai, M. de La Griolais, que les Turcs nous donneroient plus de temps! — c Pour moi, reprit M. du Couëdic, il me faudroit pour le moins huit jours, afin de mettre à mes affaires tout Tordre que je dois ; mais notre arrcst porte du moins vingt-quatre heures, je feray toute ma diligence possible. — « Pourvu que j'observe ma confession généralle, dit M. de Moutlouis,

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