‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 28 sur 223 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

je scray conleni; mais ce n*est pas trop d*une nuit pour la bien faire. » c M. de I^ Griolais, rempli de charité et de politesse, pour ne point faire peine à ces Messieurs, parut fort approuver ce qu*ils disoient, et se chargea ^*en faire le rapport à M. de Chasteauneuf et de Tappuyer de tout son pouvoir. Il m'auoit peu auparavant témoigné estre fort mécontent de la manière d*agir des exécuteurs, qui avoient osé fouiller dans leurs poches ces quatre Messieurs, pour leur enlever tout ce qu'ils auoient. Il les pria même de déclarer chacun en particulier combien on leur auoit pris, avec promesse d'en faire sa plainte pour qu'on leur rendit, il écrivit sur un papier, qu'il y auoit vingt pistoles dans la poche de M. de Montlouis, deux louis d'or et sept écus à M. deTalhouêt, cinq ou six écus à M. du Gouêdic. Pendant que M. de La Griolais s'absenta pour reporter sa requeste à M. le conuni&saire de la Chambre royalle, j'allay dire à M. de Talhouêt, toujours retiré en prières au bas de la chapelle, qu'ils avoient quelques espérances de voir le lendemain; que M. le grand prouost étoit allé, à la prière des trois autres Messieurs, vers MM. les commissaires, solliciter un jour de délay ; mais, au lieu de se réjouir, comme je l'espérois, de cette nouvelle, il me répondit, en jetant un grand hélas : < Mon père, ce délai ne serviroit-il point au diable, pour nous perdre? Pour moy, je suis tout prest : pourquoy attendre jusques à demain pour mourir? »

c Je le félicitai sur une aussi heureuse disposition. II me dit alors que madame de Talhouêt n'iguoroit qu'une seule de ses dettes, qui étoit cinquante écus dus depuis longtemps à son frère, ofQcier dans les troupes, mais qu'il n'étoit pas nécessaire d*en rien dire à M. de La Griolais , parce que madame de Talhouêt ne manqueroit pas de les donner au moindre avis que je lui en donnerois. Je me vis alors un peu embarrassé : la parfaite confiance que M. de Talhouêt témoignoit pour son épouze, ne laissoit aucun doute de son zèle à payer cette dette ; mais la crainte de la confiscation de ses biens me flt appréhender qu'on la mit hors d'état de le faire.

c Dans le moment que je me promenois en rêvant sur cette difficulté, M. de La Griolais rentra et me dit d'aller demander à ces Messieurs en quel endroit ils souhaitoient être enterrés. C'étoit leur dire en taille* douce : c Votre requeste est rejetée, il faut mourir sans délay. » Cependant M. de La Griolais , pour s'exempter de donner aucune réponse précise et claire qui pût allarmer ces Messieurs, leur dit assez haut, qu'il était venu transcrire aussy ce quUl n'auoit écrit pour chacun d'eux que confusément sur un papier commun. Pendant que je faisois mes tours , il se mit à écrire sur le prie-Dieu de la chapelle, à main gauche, près de M. du Couédic, et, quand je demanday à M. de Poucallec s'il y auoit quelques enfeux à Nantes où il déziroit estre inhumez, il déclara aussitost: c Je veux être enterré dans l'églize des pères Carmes de Nantes, et priez M. le greffier de demander trente pistoUes de mon argent pour prier Dieu pour moy. » M. du

Couèdic me répondit quand je lui fis une semblable demande : c Hélas ! mon père , pourvu que mon àme soit bien | que Ton mette mon corps où Ton voudra. »

« En retournant vers le bas de la chapelle, j'apperçus M. de La Griolais, qui étoit dans une posture fort gênée , tenant d*une main un chandellier et un encrier, et écriuant de l'autre. Je lui tins le chandellier, tandis que je le consultay tout bas sur la depte de cinquante écus que M. de Talhouêt m*avoit déclarée, qu'il jugea appropos de mettre sur ses papiers. Voici pe qu'il eut la bonté d'écrire : c Premièrement : M. de Le Moyne de Talhouêt abandonne entièrement soin de ses affaires temporelles et de ses enfants à la disposition de sa chère épouze; secondement : il ne se souvient de rien devoir qui luy soit inconnu, que la somme de cinquante écus qu'il doit depuis longtemps à M. son frère, officier dans les troupes. » Je fis signe en* suite à l'un des quatre gardes ou archers qui étoient au milieu de la chapelle, de venir tenir le flambeau auprès de M. de 1^ Griolais qui continuoit d'écrire. Comme M. de Montlouis étoit au confessional, je dis à son confesseur qu'il auoit ordre de luy demander son intention pour le lieu de sa sépulture ; et j'allay faire la même demande à M. de Talhouêl, qui me dit n'avoir aucune connoissance particulière à Nantes, et me fit à peu près la même réponse que M. du Couêdic. J'allay faire mon rapport, lorsqu'un des gardes m'avertit que M. de Talhouêt m'appeloit. < Je souhaite, dit-il alors, mon père, être enterré dans votre églize, parce que j'ai beaucoup de confiance dans la sainte Vierge, qui y est spécialement honorée; et, quand on rendra l'argent qu'on m'a pris, retenez les deux louis d'or; pour les sept écus... (il demeura un peu pensif) employez-les à faire des prières chez vous. » Après lui avoir dit quelque chose touchant M. de La Griolais et la dévotion qu'il auoit à la sainte Vierge, j'allay prier M. de La Griolais d'asjoutter ce troisième article au billet de M. de Talhouêt : qu'il souhaittoit estre enterré dans l'églize des Carmes de Nantes, et que, pour faire des prières à son intention, on leur donnât deux louis d'or et sept écus qu'il avoit sur luy quand on luy prononça son arrest.

« Le confesseur de M. de Montlouis vint aussy rapporter qu'il déziroit estre enterré chez les Carmes. M. de La Griolais dit alors un peu plus haut : « En voila donc trois qui demandent à estre inhumez dans votre églize. M. du Couêdic, déterminez-vous. L'églize des pères Carmes est une des plus belles églizes de la ville. > M. du Couêdic répondit : « Je vous prie. Monsieur, que l'on ne me sépare pas des autres ; j'ai trois louis d'or dans une veste qui est dans ma chambre, qu^on les donne au père. » M. de Montlouis dit aussi à M. de La Griolais qu'il avoit déposé trente-quatre livres entre les mains de M. de Simiane, qu'il souhaittoit qu'on les donnât aux pères Carmes pour son enterrement et pour des prières; il demanda de plus que son chien couchant, qui étoit chez M. de Lépinay, fût donné à

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