CHAPITRE TROISIÈME. 9f
I^ duc de Brancas devint en même temps lieutenant général du Roi dans la province. Madame de Brancas reçut, à son entrée à Nantes, c une pièce de satin, brodée de soie, du dernier goût, cadeau auquel ladite dame parut très-sensible. »
On voit que les Bretons combattaient la Monarchie avec armes courtoises. — Ils n'en faisaient pas moins rude guerre aux ennemis de . la France ; et rhonneur de la victoire de Fontenoy (t745) doit être partagé çntre le maréchal de Saxe et un pauvre canonnier de Nantes, nommé Pierre Toucart ^
Ce fut aussi vers ce- temps que les Bretons repoussèrent les Anglais de Lorient, de Quiberon et de Belle-lsle.
En 1748 , Texcellent duc de Penthièvre visita son gouvernement, et fut reçu à bras ouverts dans toutes nos grandes villes. — Je ne veux pas d'honneurs ; je ne veux pas de dépenses, s*écriait-il ; je ne veux que vos cœurs. Et il fit supprimer clefs d'argent, arcs de triomphe, dais et feux d'artifice. — Ces clefs sont en bonnes mains, gardez-les, disait-il en souriant, aux magistrats qui les lui oflraient malgré lui. — Attendez, du moins, mes amis, que j'aie mérité votre reconnaissance ! répondait-il au peuple qui portait aux nues ce nom de Penthièvre, — antique souvenir de nationalité bretonne.
De tels hommes auraient sauvé la Monarchie, si die eût pu être sauvée.
Malheureusement, Vignerot de Richelieu, duc d'Aiguillon, faisait presque en même temps son entrée en Bretagne, en achetant pour 600,000 livres au duc de Ghaulnes, fils de l'ancien gouverneur, la charge de lieutenant général du Roi. Les États le punirent de cet audacieux traité par une réduction considérable sur la gratification. Us ne lui donnèrent que 60,000 livres après
* Ce fait, inaperçu des historieoa, est rapporté ainsi dans une lettre «lu duc de Richelieu : « Le maréchal de Saie eroyait bien la bataille perdue ; d^i il avait fait prrvenir le Roi de repasser le fleuve , et Sa Majesté hésitait sur le parti qu'elle prendrait. J'étais auprès du Roi, et je lui dis : — Sire , M. de Saie a raison , il eonvient que Votra Majesté ae mette d'abord en sAreté , ainsi que Monseigneur le Dauphin ; pour BOUS, tant qu'il y aura la moindra espérance de succès , nous ne devons pas quitter la partie. — Mais, dit le Roi , vous allnt vous faire tuer pour rien. — Non , Sire , lui dis-je , votre maison n'a pas donné, et nous avons encore deux petites pièces qui n'ont pas encore servi ; si nous pouvions entamer la colonne anglaiae... Le roi me dit: — Maréchal, il n'y aura plus rien après pour protéger la retraite. — Permette»- moi, Sire, de vous observer, ajoutai-je, que les ennemis ne s'attendent pas k ce dernier effort ; que noua les étoMerons et que probablement lea Anglais eux-mêmes seront obligés de se retirer. J'en ai l'intime conviction. — Faites comme vous l'entendres, dit le Roi... Alon, je partis au galop , et je fia avaneer lea denx pièces. Il y avait un brave homme, natif de Nantes , nommé Pierra Toucart , qui était chargé de les diriger ; je le connaissais pour un garçon plein de courage et d'intelligence, je lui dis : — Toucart, allons, vite, pointe bien tes pièces, et fai»-nous un passage là dedans pour la maison du Roi. — Monseigneur, répondit-il, bientôt votra chemin sera ouvert. Et vive le Roi 1 Et voilà mon diable d'homme qui bit si bien , mais n bien , qu'en moins de rien la colonne ennemie fut entamée et nous dedans. • Malgré l'authenticité de ce témoignage, le nom de Pierra Toucart est demeuré inconnu , et son henransa action a été attribuée par tous lea historiens au duc de Ghaulnea. Voilà comme on écrivait l'histoire ; mais le moment cet venu de rendra à Toucart ce qui appartient à Toucart.
02 DHETAGNE ET VENDÉE.
en avoir donné 100,000 à son prédécesseur, sans compter 15,000 pwr tnadame la lieutenant général. D'Aiguillon était ruiné, si le Roi ne lui eût envoyé 100,000 livres.
(k>mnient le peuple, qui voyait ces tripotages publics, en eût-il respecté les auteurs If
Les Bretons aimaient pourtant celte Royauté, qui se déconsidérait à plaisir. Ils le prouvèrent en courant baiser la main de Louis XV , après Taltentat de Damiens. Us mirent un empressement si cordial à cette démarche, que la Tamille royale en fut touchée jusqu'aux larmes. — Âh ! s'écria madame Louise, tout le monde voudrait être Breton aujourd'hui !
Quel spectacle eût alors offert la chambre de Ix>uis XV, à l'homme qui eût pu lire dans l'avenir ! On y voyait au chevet du roi : — le grand Dauphin, qui malheureusement ne devait régner qu'au ciel; — et dans leurs chaises ou dans leurs berceaux : — le duc de Berry, qui devait être Louis XVI, le roimartyr; — le comte de Provence, qui devait être Louis XVIU, le roi de la Charte ; — et le comte d'Artois , qui devait être Charles X , le roi proscrit. Ajoutons que la députation bretonne était présentée par le duc de Penthièvre, grand-père maternel de Louis-Philippe d'Orléans, le roi de juillet.
L'histoire de tout un siècle et de trois révolutions était là, résumée en quatre (personnages.
Avant de passer à l'administration du duc d'Aiguillon et aux terribles affaires des Jésuites et de La Chalotais , citons deux hommes qui venaient d'être les bienfaiteurs de la Bretagne, M. Gérard Mellier, maire de Nantes, et M. Rallier, maire de Rennes. L'un et l'autre se virent continués jusqu'à trois et quatre fois dans leurs fonctions, par la double conflance du Roi et de leurs concitoyens. M. Rallier aida puissamment la ville de Rennes à se relever du désastre de 1720; et M. Mellier, après dix années d'une administration exemplaire (1720-1730), moufut chef de la Milice et de la Communauté nantaise, l'épée d'honneur au flanc et l'esponton à la main ^
Ses funérailles turent solennelles et magniflques, en dépit de Tintendant M. de Latour, dont la jalousie voulait en fixer les dépenses à vingtcinq pistoles. Comme colonel de la Milice, le mort fut porté et accompagné par ses frères d'&rmes, toutes compagnies assemblées, ofliciers et sergents en tête, Tcsponton et la hallebarde en main, la pointe vers la terre,
* « En homme iotelligent , dit Mellinet , M. Mellier iTtit comprif qa'à l'époque ou il vÎTait , il o'y avait de tranquillité i attendre qu'à deni conditions : aalisfaire la vanité de la classe aisî'e , donner dn travail au peuple, sans cesser de l'instruire de ses devoirs envers Dieu et envers tes hommes. II remplit la premim en donnant de l*éclat aux fêtes ou paraissaient la milice hourgeoise et les fonctionnairas municipaux en costumes, ou le commerce le disputait k la Noblesse par le luxe, on l'adresse des riches chevalien du Pap^ult, sous leur éclatant costume ronge, était nu aliment k un amour-propro qui ne nniaait k personne ; car le peuple, après un travail abondant qu'il trouvait sans discontinnation dans les nombreux travaux entrepris pour l'embellissement de la cité, courait k ces fêtes comme k un délassement. • (Ifttlotre de la Commune et de la Milice de Nanifii, par Mellinet, t. V, p. 98 ).
le fusii suus le l sourdine.