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CHAPITRE TROISIÈME

solennel. Il y eut des larmes et des embrassements, des menaces et des prières, des protestations et des prophéties. La Chalotais et le Parlement furent maudits et dénoncés à la colère divine. Les proscrits jurèrent d*ètre immortels et prirent le ciel à témoin de leur serment^.

On doit avouer qu'ils Tont tenu , en effet» jusqu'à ce jour, renaissant de leurs cendres comme le phénix, et survivant à toutes nos révolutions.

Le peuple, excité par les Jésuites, leur fit aussi ses adieux, en brûlant dans les carrefours l'effigie de La Chalotais, et en dansant à l'entour, au chant des couplets dirigés contre lui. Pendant un mois et plus, ce ne fut qu'émeutes , conciliabules , vociférations , et autodafés contre autodafés. — Le bourreau jetait au feu parlementaire les libelles des Jésuites, et la multitude jetait au feu populaire le compte -rendu du procureur général.

Malgré la résistance de la Noblesse, les divers présidiaux de Bretagne enregistrèrent Tarrét du Parlement. La Commune de Nantes s'empressa d'enlever son école d'hydrographie aux ci^devant soi-disant Jésuites. (On reconnaît le jai^on révolutionnaire.) Tout ce qu'elle y gagna fut de voir ses facultés de théologie, de médecine et des arts suivre à Rennes ses facultés de droit. Elle tira les marrons du feu, dit Mellinet, et ce fut sa rivale qui les croqua.

Mais ce fut bien plutôt la Cour qui fit voir à nos aïeux qu'ils étaient tous des Ratons. En effet, lorsque la ville de Rennes, après s'être obérée pour former un nouveau collège, réclama les titres de. ses droits sur sa propre fondation , M. de Lamoignon répondit c que ces titres étaient en la main du Rot, et que son intention était de les garder et de ne les remettre à personne, » — Sic vos non vobis.

Puis les États de 1764-1765 furent à peine assemblés à Nantes, que le duc d'Aiguillon vint demander une nouvelle augmentation de subsides aux populations dont lui-même avouait la misère.

Ainsi tout le monde était dupe de la Cour en Bretagne ; — et ceux qui l'avaient combattue et ceux qui l'avaient servie pour ou contre les Jésuites, — et le peuple qui perdait du même coup, sans indemnité, la liberté et la gratuité de l'enseignement, — et la Noblesse récompensée par une nouvelle atteinte à ses privilèges de l'appui qu'elle avait prêté au Roi, — et la cour de Rennes elle-même qui payait les frais de la guerre après s'être crue victorieuse.

Aussi n'y eut-il qu'une voix dans les États contre les deux sous pour livre réclamés au nom du Roi. Le Tiers lui-même, ce complaisant allié de la Cour, n'hésita plus à lui tourner le dos. Noblesse et Bourgeoisie oublièrent leura

* M. Dacntt de Villenea?« tient teê détaîb de son grand-père , qoi se tronTiit an coll^ de Renne» ptnni les jeunes témoins de cette scène, (ffûlotrf de Bennet, p. 869 et sni?.)

IDD ItAETAÛNE ET VENDÉE.

disscntimenU dans l'intérêt commun '. Le duc d'Aiguillon se trouva enfin seul contre tous.

C'est ici le plus rude combat que la Bretagne ait livré À la Monarchie. Nous allons en raconter toutes les vicissitudes, depuis l'iiisurrcclion parlementaire jusqu'à l'emprisonnement et au triomphe de 1^ Chalolais.

Sous la forme de deux nouveaux vingtièmes, la question était toujours ce droit de voter l'impAt, celte clause fondamentale de l'Union, pour

' AMonl J'inltnl plu rdurqnibl* , qoa c« dincdliiiMiiti niicnt (cImU k l'oDitrlyn dn ËliU,

■n« DDs Tlolenre qui inDontiil, ie plm ta plm, l'ange d> lia). Le BnrMa Ja *il1e de Naala pr^ Maditiuiilfr en iptt, at Fol glin Ja canio centra li Nnbleua, grica k l'ippni dn dupilni. Ln laigoaiin te iragèrtnl par nn m^molrr, où ila pn-ri/Uiml l'Sgliu et ienrrointl la Thn, luiiaol I'mpnulon de cilni.ri. D'idEth m^moim ripMlénal laultAt , cl la (arrible ^DMIion da l'^litt fnl •anleita diot Mil* mttit da pimphtcU. • La plot piuvra arliHD , disaient In Baurgroii, pa^e plu da capiUliDn qae Je plni richa grnlIlhDmmG. > El tonte la Rftolullon grandait lODiMlie phnit 1 — L«) nuirn h piaigninni d» nilleri« attièm qna la Nobleue Imir joliîl i la tacs en pleine diacnuion. • S'il ranl, diuil nn de eu magiilriti , do la hardieua pour parler m public , Il faut de la téa-ftiU pour le (lireaDi Èlali de Brelagn*. Le léla tenit affronter leihu^ ; mail la crainli d'Atra chanunni

Bonrgwia, et leùlenta atl la Mul abri d«i Palrioln.» ( Encsre le langana de li Rfïolmiiin.] • Lea ■noblli (bnt nia, diaail un nabla de tieille uoeho , en pcniflint l'anobliteemeDl municipal : nuii, mnniieur le nairr, voua deiei dinlinfurr nn bonmo da qaalilj d'un liniple gentil homme, et un oolgle d'anricnne ntrutian d'un anobli. — Quoi I répliquait le mare, ne loiun.ee-noui pa> teni ^m dani la ulle dea ËtaU I - Noni i<gaui, moniieur le maire 1 EaLil possible I 11 y annit dta gêna qai H eroiraient la <<iliu< d'un U Trëmouille I •

Aprte cte> querellée d'ooe perfoonallu! e< tire, l'union dn Troîi Ordrei contre la Ceur n'ret-elle pu DD mit frappant de nationglilf î (EHlrflfnu lur tnufmbtie da ÊiaU de Brflagnt. — Pamphlet io-»°.)

CHAPITHE TROISIÈME. toi

laquelle noB paysans avaient été pendus sous Louis \1V, et nos gentilshommes décapités sous le Régent. Sauf le banc des évéques qui n'osait trop combattre la Cour, les Trois Ordres sentirent le péril national , et résolurent de sauver h tout prix leur palladium. Vainement le duc d'Aiguillon rappela l'utilité des dépenses qu'il avait entamées pour les communications de la Bretagne; vainement il fil sonner l'état déplorable dans lequel étaient encore les chemins, et la grossière insufTisance des moyens de transport entre les plus grandes villes'.

On lui répondit qu'il ruinait la province, trop pauvre pour ces travaux de luxe ; et les accusations de concussions qui devaient l'accabler plus tard furent déjà murmurées autour de lui. Bref, les États rappelèrent encore une fois ses serments à la Monarchie, et s'inscrivirent solennellement contre

' La roDU ie Reann k Bnt f Liit li huIc prilictbl* dm* 1» bnni lenipi , i H nain en fmU k Pvii. La tofigeiin^UïcDlcilutlJidiDi aat loanleioila pliais bsIlindiiH, » iir l'ait al du I(i|utll» tVIctiit, dit M. D«httelli(r clÎM*, donblfo dg forte! piuchn, oà Tua nnrrrault la pri»aDi«n »Bt ml ^n'un mlaii t il foin. Paa de Kmpi irint li Rfvalalian, ni fUtafe tfhicul ■a nndre it Renii« k Pu-ii. AtidI le d^ptrl, le* VDji|[eiin riiuienl leur teiUc lation d'un H^liel tllscfat ■ ce leriice. D«t licillardi qui oui ti celi diDi lu lesr iiKiit.leeliciDindefer dePiriiiRcnna.

'"I BIIETAGNE KT VKNDÉK.

la demande des deui nouveaux sous pour livre, ordonnée, au mépris de ce* sennents, par un simple arrêt du Conseil royal.

, Leduc d'Aiguillon, suivant son usage, voulut passer outre; mais la Qambre des vacations du Parlement ds Bennes, se prononçant pour les ËtaU, dérendit aux agents du Ose de lever lec deux vingtièmes, ■ sons peine de coacussiont (arrêt du 16 octobre I7M) '.

I^ gant était ainsi jeté par toute la Bretagne ; la Cour le releva , non pas loul^lois immédial^nent. Une des particularités de celle lutte, c'est le temps que mettait la Monarchie i préparer SCS coups. Elle sentait que la raison n'était pas de son cMé , et ne savait trop comment déguiser l'arbitraire. Le 3 décembre seulement, le Parlement assemblé reomt les lettres patentes du Roi, qui cassent l'arrêt du 18 octobre et ordonnent la levée des deux sous par provision. Que fait alors le Parlement T — Ce qu'aucun 3 p Parlement n'avait jamais osé : il renvoie au Roi ses ordonnances par la poste et en fait déchirer les afliches, déclarant toute justice suspendue en Bretagne. Le défi tournait en bravade, presque en insulte.

1^ iî décembre, nouvel ordre de Sa Majesté ainsi conçu : * Db par le Roi. Nos amés et féaux, nous n'avons pu voir, sans un extrême mécontentement, le parti inusité et sans exemple que vous avez pris de nous renvoyer

' Voici «B i|i»li «mm Im d«paU« it* ËUU pr«KnUnal k Lsaii XV In Pirlancnt , — liiiipli cl inlheoti^u rjnint Jh Kaflnncn da li BrrUgnt - • VdIh PirlciHnl , Sin, d*><iil préKiilcr i bd Roi, pèr* ie ta injati, W milhiun d'un peuple ferut hbi le poiil< de* ivntm... Ln diepMJlioDi priiei pour lee cbemini, ^nri^Dc anénui» qs'ellM (nM«it, mettaient le nrrfiew M Mttde tnnilla'itec*clii'ité...lliMOB (iolc toaleelee pnniee*eii|ni lui iraîent W riilea... IlertUiM' porlé i'to» roale nr bh *Blr*... Il deale li, lonqn'il ton Gni M Uchr, oo ne lui ea dstioe pu uM aonielle... Tcateet deTenBirblInire... On ne eecoDtentt pea de ko UmpialdeioD tnTiil, an l'oblifa i iDurpir i pril d'irgeat le IraTiil d'iotmi ; de It le d^coaragemrat , In peinee et In girninBi fr^ qncnlea .. Un milhearnii coirélear, qui pi^e m ubi de cipittlioo, el ipii c'a poar tÎir que ce qo'il peal gagner diDi la joDrnre, ni lenn d'eDlrelenir lii loim de chemin, » qui ne pcoL Mreétaluf k iMHB* de > limt peruafe, c'eal-1-din le quadruple el plu) de le capiUliaa... CouiaiBBt la cleex la plu paairedea eitaieai paurroll-elle annleair aae laie tuaii iccablanle d'an impAt iiji tiramit 1 — Oa -nmt dit, Sire, qae penonne ne lepleial. C'eal qae penaaae n'oia aa pliiadrc... ToBa la* pertinlien BD»t dana II d^odasie, lesr voit «t Aoaft'* par la cniaU... Il o'j • qg'aa Mrpe libre, laDJMn labaialait, conne nMra FartoiDDOt, qui pBÎaH porter ta pied^n trtne le cri qae 11 Naliea y piirUnitri)»-n<aa...> (BemofllraBceadu ParlenicBl de DrrUgne, du II aoAt 17«t.)

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