‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 39 sur 223 · CHAPITRE TROISIÈME. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME. i

signé par MM. les présidents des Ordres, devant les commissaires et par ORDRE DU Roi ^ »

Réduit ainsi à Tiropuissance, le Parlement n'avait plus qu*à plier ou à rompre. S*il eût plié, c'en était fait des dernières franchises bretonnes. Il préféra s'immoler lui-même sur l'autel de la patrie.

Le 6 avril 1765, la cour de Rennes, toutes chambres assemblées, prit l'arrêté suivant : — t Vivement touchée d'avoir perdu la bienveillance du seigneur Roi , par les moyens qu'elle a cru les plus capables de la mériter : pénétrée de douleur en voyant 'que sa conduite a paru si irrégulière à Sa Majesté , qu'elle s'est portée à en faire les plus vifs reproches à son Parlement, avant même d'avoir lu les remonti*ances qu'il lui présentait; considérant que des magistrats ti'aités aux yeux de toute la France comme complices de désobéissance , de manquement de respect à l'autorité royale, et auxquelles elle a imputé d'avoir ruiné une province confiée à leurs soins, ne peuvent plus porter avec décence le nom de magistrat; considérant qu'ils ne peuvent plus se flatter d'aucune espérance, puisque ledit seigneur Roi , instruit , persiste néanmoins à désapprouver leur conduite et à condamner les prétentions de la province au sujet du plus essentiel de ses droits... ladite cour arrête que ledit seigneur Roi sera très -humblement supplié de trouver bon qu'elle lui remette les pouvoirs dont il l'a jugée indigne. >

Cet arrêté fut envoyé immédiatement à Louis XY, avec une lettre qui se terminait ainsi : c Telles sont. Sire, les circonstances qui, sans altérer nos sentiments d'amour et de respect pour votre personne sacrée, nous forcent de substituer à des efforts inutiles et désapprouvés nos vœux les plus ardents pour le rétablissement des droits et franchises de la province. Nous ne nous prêterons jamais à leur renversement... Les magistrats qui nous remplaceront pourront être aussi attentifs à leur devoir, aussi dévoués à Votre Majesté , aussi zélés pour le maintien du droit national :

* Pour M faire one idée de Paveuglement de la Royauté et de Pinjastice de ses ministres, noo-seolemeol il fant se rappeler les traités solennels qui se trouTaient ainsi foulés aux pieds , mais encore il faut 8a?oir que la Bretagne, même en gardant ses privilèges et en écartant ce nouveau subside, eût encore été la plus obérée de toutes les provinces de France. Si elle était exempte de la taille et de la gabelle, combien de charges bretonnes venaient compenser, et au delà , ces deux impôts français 1 Sans parler des dons gratuits et des emprunts multipliés tous les ans, il y avait les grandi etpetUi devoin {h millions par an, non comptés les frais de régie, les profits des fermiers, etc.) ; la eapikUion^ devenue exorbitante depuis le commencement du siècle; les droits des ciûq grosses fermes, payés, suivant le tarif de 1667, sans préjudice des droits établis par les ducs sur les mêmes objets, etc., etc. Qu'on ajoute k cela les torts immenses laits à la Bretagne par les Anglais, dont elle était le point de mire continuel ; ses cAtes et se ports ravagés et bombardés les uns après les autres ; quarante mille hommes enlevés par une épidémie apportée à Brest ; le commerce de la compagnie des Indes k peu près anéanti ; celui de la Martinique, des lies africaines et de la morue, ruiné par la concurrence anglaise, et l'on se figurera la misère du pays, avouée par le duc d'Aiguillon dans la lettre citée plus haut. Du reste, pour la parfaite intelligence de toutes ces questions d'Etats, de votes, d'impôts et de constitution, nous devons renvoyer nos lecteurs au chapitre XVII* de la Bretagne ancienne et moderne.

puissent-ils être plus heureux et mériter votre bienveillance par les mêmes motifs qui nous l'ont fait perdre, et que nous avons cru devoir nous l'assurer! »

Le Parlement s'engageait toutefois à continuer ses fonctions , jusqu'à ce qu'il plût à Sa Majesté d'envoyer d'autres juges.

Pour toute réponse, le Conseil d'État enjoignit, le 10 avril , aux agents du fisc de percevoir les deux vingtièmes , « à quoi , tous détenteurs seraient contraints par les voies dues et accoutumées, sous peine de payer le double, et autre plus grande peine , s'il y avait lieu. >

Nouvel arrêt du Parlement, du 26 avril, défendant ce qu'ordonnait le Conseil d'État.

Autre arrêt des juges et consuls de Nantes , refusant d'obéir au Roi et se pourvoyant en cour de Rennes.

Arrêt du Conseil d'État , du 3 mai , cassant les délibérations de Rennes et de Nantes.

Enfin, le 22 mai, démissions en masse de soixante- seize membres du Parlement : — c Pénétrés^ disaient-ils, du plus profond respect pour le seigneur Roi^ de rattachement le plus tendre pour sa personne sacrée^ et du zèle le plus pur pour le bien de son service.,. , mais incapables de continuer ce service sans le retour de la bienveillance dudit seigneur Roi, et sans le rétablissement des lois fondamentales de la province. »

Douze membres cependant refusèrent d*abdiquer et demeurèrent au service du Roi. Ce furent M. le président de l'Angle de Coétuhan , MM. les conseillers de grand' chambre de Marnière de Guer, doyen, Desnos des Fossés, sousdoyen ; Huart de la Bourbansavc, de la Bourdonnaye de la Bretesche, Du Parc de Kerivaux , de Rosily , de Caradenc de Kerenroy, le Borgne de Coetivy ; MM. des enquêtes, Blanchard du Bois de la Muce, de la Foret-d'Armaillé, et Conen de Saint-Luc.

Ces membres dissidents reçurent aussitôt de Sa Majesté des félicitations qui achevèrent de les perdre dans l'opinion publique.

Les soixante-seize démissionnaires annoncèrent leur retraite à tous les Parlements de France; et ceux-ci, prétendant ne former qu'un seul corps divisé en classes, firent cause commune avec la magistrature bretonne.

Le Parlement de Paris adressa au Roi ses très-humbles , c'est-à-dire ses très- hautaines remontrances « sur le dévouement héroïque et l'injuste sort de la Cour de Rennes , sur les droits et les franchises incontestables de la Bretagne, et sur l'état d'oppression, d'accablement et de destruction où elle était réduite par la substitution de la force à la loi. Bref, à l'exception des ministres et des flatteurs de Louis XV, la France entière se prononça pour les Bretons contre la Cour. Leur intérêt particulier devint l'intérêt de tout le monde : la nation en masse se leva derrière la province, et la

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