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CHAPITRE TROISIÈME

Royauté sentit le vent de la Révolution passer sur sa couronne chancelante.

11 faut dire que c'était Fheure fatale où Louis XV, abîmé dans la débauche, disait : c Après nous le déluge! » Embarrassée des traditions de Louis XIV, la Monarchie hésitait entre le despotisme de la veille et les libertés du lendemain. La Cour était un salmigondis de toutes les opinions. Le Roi méprisait Voltaire et détestait les philosophes. Madame de Pompadour les aimait et les protégeait. Voltairiens par mode et par insouciance, les courtisans regardaient les idées nouvelles comme des hochets. Ces enfants jouaient avec des armes à feu sans se douter qu'elles allaient leur éclater dans la main. Le pouvoir feignait de braver l'opinion publique, et il se laissait dominer par elle. 11 détruisait sans fonder, ou plutôt il laissait tout tomber de soi-même. La grande affaire du Roi était de s^amuser, la grande affaire de madame Pompadour était d'amuser le Roi , et la grande affaire de la Noblesse était d'amuser madame de Pompadour. Tanàis que Louis XV dépensait cent millions au Parc -aux -Cerfs, à corrompre des jeunes filles, Tadministration du royaume était une curée où chacun tirait à soi la substance des populations. Et cependant, la Bourgeoisie, grandissant de jour en jour, commençait à s'élever au niveau de la Noblesse. La formidable artillerie des économistes et des encyclopédistes battait en brèche la vieille société. Montesquieu révélait dans V Esprit des Lois le secret de la Providence, en exaltant les institutions anglaises, la division des pouvoirs, le système représentatif, l'accord de la Royauté, de l'Aristocratie et du Peuple. Enfin J.-J. Rousseau, dépassant Montesquieu et rêvant le retour de l'humanité vers le régime antique, publiait, dans V Emile et dans le Contrat socialy tout le programme de la République de 1793.

Comment la Bretagne eût-elle cessé d'être constitutionnelle, au moment où la France entière aspirait ainsi à le devenir 7 Et ne voit-on pas combien cette impulsion générale fortifiait, et justifierait, s'il en était besoin, le mouvement particulier de notre province. Chose étrange, et dont personne ne se doutait alors! la Bretagne, en reculant vers le passé, la France, en s'élançanl vers l'avenir, tendaient absolument au même but.

A la nouvelle des événements de Rennes , un double cri s'éleva de toute la Bretagne : cri de félicitation pour les magistrats démissionnaires , et cri de réprobation contre les membres dissidents. L'exaspération fut telle, que les têtes les plus ardentes méditèrent encore de rompre avec la France, et de rentrer dans la forét^ comme au temps de Poncallec. Le fils d'un ancien élève des ponts et chaussées, qui tenait de son père les détails-du complot, les a confiés à l'historien de la Révolution en Bretagne, Quelques hommes considérables s'étaient mis à la tète des conjurés. Leur plan était de congédier tous les officiers ministériels, de s'assurer des caisses publiques» et de faire sortir de l'ombre une armée organisée secrètement. L'élève en question avait, dans cette future armée, un commandement de trois

cents bûcherons occupés dans la forêt de Rennes, qui relevait alors du domaine royal.

Ce projet chimérique s*évanouit avant d'éclater, mais l'eiplosion de Toimnion publique n*en fut pas moins violente. La ville de Rennes surtout se trouva partagée en deui camps, qui se battirent à coups de langue ou de plume dans les salons, et à coups de \mng dans les carrefours. Les démissionnaires, noyau du parti national, avaient pour eux la grande majorité de la Noblesse et du peuple. Les dissidents, représentant la Cour, étaient défendus par le duc d'Aiguillon , par les Jésuites et par le haiit clergé. On conçoit que les Jésuites surtout faisaient rage contre le Parlement, qui les avait condamnés. Il n'y eut chansons, satires et libelles qu'on ne se jetât de part et d'autre à la tête. Le bon grain, comme l'ivraie de la presse, se développait dans ce fumier scandaleux et fécond. On en jugera par les échantillons que voici :

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