‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 42 sur 223 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

matin, la parodie suivante était répandue dans la ville, et chantée sur l'air • Robin tnre-lure-lure.

De Totre feo Ptrlemeot,

Et de sa déconfiture ,

Le Boi s'occupe è préseot,

Ture-lure, Sans se presser, je tous jure , Robin ture-lnre-lure.

Avec satisfaction.

Le Roi, dans cette aventure.

Voit donio Robins Bretons,

Ture-lure , Garder la magistrature , Robin ture>lttre-lure.

Observaleurs du serment Qu'on fait en Magistrature, Ces béros du Parlement ,

Ture-lure, Refusent leur signature, Robin ture-lure-lure.

Vous direi aux non démis, Comme une cbose très-sûre, Qu'ils sont du Roi les amis ,

Ture-lure, C'est lui qui les en assure, Robin (ure-Iure-Iuro.

Pour promettre plus que moins A ces cbères créatures.

Le Prince étendra ses soins ,

Ture-lure , Jusque sur leur géniture, Robin ture-lure-lure.

Vous leur promettrcc aussi Que, dans tonte conjoncture, La Cour sera leur appui ,

Ture-lure, Jusque sur leur génituro, Robin ture-lure-lure.

Envoyex-moi promptemenl Une épitre sans rature , Écrite lisiblement,

Ture-lure, U Prince en prendra lecture , Robin tnre^lurc-lure.

Deux autres parodies dans le mèine goOt furent imprimées et chantées s l'air cél^re : Accompagné de ptvtieurt antres. On lisait dans l'une :

Ja 0* ntU point —j'ai i'Imiuu La petit conta Flonotin.

Fiil t Vamilla l« Hpl juia L'u mit Hpl c«al Hiual»4iBq TnaKritei Joua toi* mi lilln

Piiiitailfcril iirlaioi iDln-«i(a< PliMipptni; l'oi nnattautta ^ira

Les caricatures se joignirent au:i pamphlets. Les douze magîslrals furent représentés sous vingt rormes diverses, plus ridicules les unes i|ue les autres. Réveillés le malin au bruit des chansons et des brocards populaires, ils trouvaient leurs portes ornées de croquis insolents, d'allégories menaçantes, de carcans et de potences auxquels ils étaient attachés en effigie, etc ■ i

Enfin, parut la fameuse gravure des Ifs, qui obtint un succès universel. Sur un cartouche formé par des ifs, on lisait les douze noms réprouvés.

CIIANTRI- TIIUISIKMI-:.

tl5

I.GS deux lettres 1 F (iguraiotit qunirc l'ois h droite et ;i gniiclie, ciitourécH de la devise: Nutic et in omiit œvo. Les mêmes lettres se nmllipliaient dans tiiie bordure à la grecque, et le lout ùtalt surmonte d'un petit if, prulégc d'une couronne royale en ifs plus petits encore, avec un cercle il'l F à l'enlour, et cette lc«ende au somuiel : \e setleas tu iimhm \

On comprcnil sans peine ce jeu de mots ou plutât ce jeu de lutlrcs. En Min Jcs douze magistrats traduisirent 1 F par Juges fidèles. Tout le

■iipriKi' iir inmi|uômit |>oinl i h tûlClirr |;raïiirc. — T/mnin

relie rohlcri ce Dundciii ;

'iiilr où rFpnc la DéosM

Ces joim ptufs un arii|;e in

Mit k ')i'<nr<lr>' ri vm.i In fi

M4 BHKTAGNK ET VRNUÉE.

monde traduisit par Jean-F : et le nom d*/f8\ avec cette signification

grossière, demeura aux amis de la Cour. Au moyen de cette interprétation polie, chacun les insultait ouvertement. — Ce sont des Ifs! voilà les Ifs! disait-on sur leur passage, en les montrant du doigt.

Quant aux démissionnaires, ils reçurent le nom d*Orangiste$j et voici comment. Tous les ans, les dames de la halle offraient un bouquet de fleurs d'oranger à chaque membre du Parlement, pour la procession de la Fête-Dieu. Elles ne roffrirent cette année-là qu'aux magistrats démis. La nationalité se nichait partout.

Il va s*en dire pourtant que cette nationalité, comme tout ce qui est exclusif, exagérait un peu les choses. Sans doute les magistrats dissidents risquaient les privilèges de la province; mais on verra qu'ils n'entendaient

Maint nrbri» verd vi feiiiU* eu bon fniit .

Maint arbrisseau promettant d'être utile .

Knlin , l'honneur, l'esprit de cet asyle ,

Tout, en un mot . sembioit Hnt détruit.

On ne vil plus qne les tristes fantômes

I)e quelques Us, qui seuls étoient n^stés

Kn nombre pair de douze bien c<miptés.

Tout aussi-tôt ces superbes atomes

Dirent : « C'est nous qui sommes aujourd'hui

«' De cet asyle et la gloire et l'appui :

« Oui , désormais nous verrous sous notre ombr<'

'( Se rassembler des (citoyens sans nombre ,

« Qui chaque jour viennent offrir des vœux

>i A la Déesse adorée en ces lieux.

« Nous régnons seuls dans son palais auguste :

" Fut-il jamais un triomphe plus juste?

•( Un plus beau choix? Enfin, quel autre peut

a De nos talents égaler l'avantage ?

K En un clin d'œil nous changeons de visage ,

«( Et nous prenons la forme que Ton veut :

•( On nous façonne , et l'on taille nos têtes

H En prêtre, en moine, en Jésuites, en Bctes.

't Et dann cet lieux , par nou9 seuh embellix ,

t C'ett à noufi seuU de régner sur les Lys.

Insolemment ils tenoient ce langage,

Quand la Déesse , exhalant ses regrets ,

Vint tout en pleurs, et contemplant de prcs

La troupe d'Ifs qui survit à l'orage ,

Vit dans leur sein maint limaçon caché ,

Mainte chenille et maint crapaud niché.

A cet aspect la Déesse interdite ,

Avec effroi prenant soudain la fuite:

« Hélas , dit-elle , en ce triste séjour

i( Tout le venin , tout le poison funeste ,

u Tous les scrpens cachés jusqu'à ce jour,

H Avec les Ifs c'est tout ce qui me reste.

« 0 Jupiter, dit la Déesse en pleurs,

« Viens , hàte-toi de finir mes malheurs .

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