‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 49 sur 223 · CHAPITRE TROISIÈME. 1S · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME. 1S

coilrage de la consommer entièrement. Mais au lieu d'en accepter les conséquences en réintégrant les accusés au Parlement de Rennes, en rejetant Galonné dans Tombre, et en rappelant le duc d'Aiguillon, ce qui eût assuré sa popularité personnelle en Bretagne, il se contredit lui-même au point de n'oser acquitter ceux qu'il déclarait innocents, et les aiguillmistes aux abois arrachèrent à sa faiblesse un arrêt d'exiL

« Sa Majesté, écrivit M. de Saint-Florentin à la cour de Rennes, a résolu de ne point rendre sa confiance à ses deux procureurs généraux, et de les tenir éloignés de sa province de Bretagne. Elle vous ordonne de suppléer à leurs fonctions. » Sa Majesté maintint égalementles réductions faites au Parlement par l'édit de novembre 1765. « Ce nombre de conseillers et de présidents, disait-elle, suffit à l'administration de la justice. »

En conséquence, MM. de La Ghalotais et de Caradeuc furent bannis à Xaintes; M. Picquet de Montreuil à Angers; MM. Charrette de la Gaschérie et de la Colinière A Autun, et M. de Kersalaun au Mans. Leurs familles ne purent les embrasser qu'à vingt lieues de Paris, tant on craignait une ovation publique !

Cette conclusion ambiguë ne pouvait suffire aux magistrats ni à leurs amis. Le Parlement de Paris protesta. Les exilés publièrent des mémoires et des consultations, en réclamant des juges et une satisfaction complète. On supprima leurs mémoires, et l'on fît solliciter leur démission par des agents. Le célèbre Duclos, maire de Dinan, et ami de La Ghalotais, se chargea de cette mission près de lui. Celui-ci lui pardonna en l'embrassant, mais ne lui accorda rien. Les autres exilés surent de même garder cet honneur que Louis XV avait déclaré intact. Us attendirent l'avènement réparateur de Louis XVI pour reprendre l'hermine sans tâche.

Ainsi finit ce mémorable épisode de la lutte parlementaire. Tel est le coup le plus rude qui eût été porté encore à la vieille Monarchie , et le plus grand pas que la Bretagne ait fait faire à la France vers la Révo* lution. Désormais la Royauté absolue, passant à l'état de fantôme, n'eut plus que les apparences de la vie. Dans ce contact sympathique avec la Bretagne, la France était devenue constitutionnelle. L'attitude et l'indépendance de nos États et de notre Parlement lui avaient appris ce que c'est qu'une représentation nationale. Elle voyait poindre à l'horizon l'aurore de 1789, et rien ne pouvait plus détourner ses yeux d'une telle espérance. Toutes les prévisions de la Monarchie furent trompées dans cette affaire, imprudemment engagée par la vengeance ministérielle. Le Roi, si puissant et si sacré jusque-là, perdit son prestige en même temps que sa force. Le Parlement fit voir que ce colosse avait aussi son pied d'argile. Le nuage inviolable qui l'entourait fut déchiré de pamphlets et d'épigrammes... La France fut dès lors divisée en deux partis irréconciliables. D'un côté, la Cour, les jésuites, les ministres, les gouverneurs et les intendants; de l'autre, les Parlements, et, derrière les Parlements, la Nation. Les cours

IH BRETAGHE ET VENDÊR.

de Rennes ftt de Paris, dan» leurs remontrances, s'étaient déclarées le liège, !e tribunal, le symbole du pays : le Roi proscrivit en vain ces mots : ces mots alltdent devenir des choses. Les Parlements, comme l'bydre antique, ne pouvaient plus périr sans donner naissance aux États Généraux. Cela est si vrai, que la Représentation nationale a, depuis cette époque, emprunté leur nom. Les brillantes discussions soulevées par les troubles de Breta^çne eussent avancé la Révolution de dix ans, sous un rë;:^ plus sérieux que celui de Louis W. Heureusement pour celui-ci, tout finissait encore par des chansons : les coups de hache étaient réservés à son malheureux successeur... Et non-seulement cette querelle acheva de séparer la Royauté de la Nation , mais eilc accéléra la division de la Nation ellemême... La Noblesse bretonne, armée des privilèges du pays, en abusa pour humilier le Tiers, et le Tiers, liffué avec le Roi et te Clet^é, apprit à braver les dédains de la Noblesse. On voit qu'en dernière analyse , tout cela proHtait à la Bourgeoisie. File gagnait, de jour en jour, ce que perdaient ses rivaux. Elle faisait son éducation en poursuivant sa croissance. Elle allait avoir bientôt toutes ses dents , et Dieu sait le terrible usage qu'elle devait en faire I Mais, en attendant ce dernier combat, reprenons lliisloirc de la gueire.

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