CHAPITRE QUATRIÈME
le rappel de l'UnlrtraaliU du PaHcmcnl.— Hoaiclle Kii^on inb Il dued'AlgiilUDD. — IIMrtioqut. initia u«u«lioD. lUtripirlaCa c— I^ Dubirr) cl le TriumTinl d'Aiguilloii, Hiupeou cl Tcm;.— ■rlïiMiit Haupcou. — Mlnittir» d'Aiguillon. — Dtroltn (leèidi li
etc.— Lb Ïtit*.— Leur «f (ninlion et leui Sonongine,ioiilti>toiK,loa nVie poiiliqucet — Commun!*, lllUee>,Cards-CAIei. Amireut
Aussi maltrailée dans sa communaulé que dans son Parlement, Rennes avait vu, cette même année (1766), le sieur Hévin, son maire , brusquement révoqué : ce n'était pas la première fois qu'elle subissait un tel afTronl. Nous avons dit toutes les atteintes portées aux Trancliises municipales de Nantes; celles de Rennes avaient été sabrées plus cruellement encore. Ses maires, si libres jadis, et si puissants par l'élection, avaient 6lé les premières victimes des commandants. Assez débonnaire jusque-là, la Commune osa, cette fois, défen* dre M. Hévin. Elle recourut au bon duc de Penihièvrc, gouverneur in partibua de la Bretagne ; mais celui-ci avait les mains liées , comme Ions les hommes de bonne intention. Il ne put rien pour un magistrat dont le crime
138 nRETA(;NE ET VENDÉE.
était de déplaire au duc d^Aiguillon et de prendre parti pour La Chalotaîs. Enfin les États s'ouvrirent h Rennes le 29 novembre. Les Trois Ordres, fatigués de leurs querelles , eussent probablement fait trêve , si le duc d* Aiguillon n*eût encore divisé pour régner. La Noblesse voulait demander, avant tout, au Roi le rappel de V Universalité du Parlement. Ce mot devint un nouveau drapeau de discorde. Le commandant cajola ou intimida si bien TÉglise et le Tiers, qu*il les ameuta do nouveau contre la Noblesse, et rejeta toutes les réclamations de celle-ci. Elle les adressa alors aux princes, aux ministres et aux pairs du royaume; mais le duc d'Aiguillon parvint à la désorganiser elle-même (et ce fut là son chef-d'œuvre), en faisant signer au président, et à quatre*vingt-trois gentilshommes, une protestation contre leur propre ouvrage! Et cependant ce rappel de V Universalité était tellement populaire, que toute la ville de Rennes avait fait écho à la Noblesse. On introduisit dans la salle des Ëtats un petit-fils de La Chalotais, ftgé de cinq ans, dont le tuteur arracha des larmes à l'assemblée en l'implorant pour son illustre aïeul... On conçoit tout le ridicule que le commandant jeta sur ce naïf coup de théâtre 1 Trois mois entiers se passèrent en débats scandaleux entre les Trois Ordres I Les nobles et les commissaires du Roi s'insultèrent grossièrement. Deux gentilshommes furent arrêtés et enfermés au château de Pierre-en-Cise ; deux autres furent exilés dans leurs terres. 11 y eut des duels où le sang coula. Des intrus, poussés par le duc d'Aiguillon, se chargèrent de le venger l'épée à la main. On publia des faits comme celui-ci : Après avoir autorisé certain gentilhomme suspect à siéger malgré les Nobles : — c Un homme qui porte ce que vous avez au côté, lui dit le commandant, ne se laisse pas impunément metlre à la porte. » Bref, les affaires du pays furent expédiées par l'Église et le Tiers, en dépit ou même en l'absence de la Noblesse, au gré du ministre qui les tenait enchaînés; et le tout finit par l'enregistrement d'un règlement nouveau qui frappait dans sa base la Constitution bretonne (1767).)
D'après ce règlement, composé de cent trente articles, la majorité suffisait même dans les cas où l'unanimité était autrefois nécessaire. L'Ordre opposant perdait jusqu'au droit de constater son opposition. De plus, outre les vingt-cinq ans exigés déjà, aucun noble ne pouvait siéger sans posséder des biens-fonds en Bretagne, sans payer au moins trente livres de capitation, sans descendre de gentilshommes votants en 1532, ou maintenus par la réforme de 1668. Ce règlement était un véritable arrêt de mort pour la Noblesse; aussi jeta-t^elle les hauts cris contre son enregistrement, et le fit-elle réformer, bientôt après, aux États de Saint-Brieuc.
Le duc d'Aiguillon ne perdait pas une occasion de braver ses ennemis. 11 alla, en 1768, présider *à Nantes une assemblée générale des Jésuites, qui agitaient encore la Bretagne et la divisaient en deux camps. Leurs dé-