CHAPITRE PREMIER
ciers de son choix fureiil substitués par la force aux officiers élus. Entin, il greva la province de nouvelles charges financières, notamment de la place de grand voyer de Bretagne, créée en faveur de M. de Sully.
La triple brèche était ouverte, et les rois suivants ne manquèrent pas de l'élargir. Mais la cité de Nantes, cette république communale si fière de l'antiquité de ses droits, devait faire payer chèrement à la Royauté le bon plaisir de Henri IV et de ses successeurs!
Dans les autres villes, comme à Nantes, le principe électif céda de jour en jour au caprice de la faveur, à l'arbitraire du despotisme, aux prétentions de rhérédité, à la corruption de l'or. Cette dernière plaie surtout dévora comme un cancer les pures institutions de la Bretagne. Nous verrons toutes les charges devenir successivement vénales, sans en excepter les grades de la Milice bourgeoise! la Monarchie, se faisant brocanteuse de libertés, en viendra jusqu'à confisquer et à revendre tour à tour à nos plus pauvres cités leurs moindres privilèges.
Comment s'étonner après cela que les Communes bretonnes aient donné le signal de la Révolution?
La main terrible de Richelieu ne pouvait manquer de s'appesantir sur la Bretagne. On connaît la sanglante affaire de Henri de Talleyrand, comte de Cbalais, décapité sur la place du Bouffay de Nantes par un bourreau novice qui lui donna trente-cinq coups de hache. Richelieu achevait sur les derniers grands seigneurs l'œuvre d'extermination commencé par Louis XI sur les derniers grands vassaux. Ainsi, chose remarquable ! ces deux illustres ouvriers de l'Unité monarchique portèrent leurs plus rudes coups en Bretagne. Louis XI était venu à Nantes préparer la ruine de la Féodalité. Richelieu fit tomber, à Nantes, une des plus hautes têtes de l'Aristocratie. 1^ avait fallu plus d'un siècle et demi pour élever lo trône absolu de Louis XIV ; cent soixante ans séparèrent le compère de Louis XI et le bourreau du cardinal.
Sous prétexte que César de Vendôme avait conspiré avec Chalais, le cardinal-ministre le força de démolir, ^ ses propres frais, les citadelles de Guinguamp, de Lamballe et de Moncontour, que la fille de Mercœur lui avait apportées en dot. — Puis il lui- accorda une indemnité de 350,000 livres, et oe fut la province démantelée qui paya cette somme!
Pour mater plus solidement la ville de Nantes, Richelieu s'en fit nommer gouverneur et capitaine , par le Roi , qui n'était que son instrument. Tous deux néanmoins durent céder une fois à l'obstination bretonne. Louis Xlil avait demandé aux Nantais leurs canons (les Douze Apôtres)^ pour assiéger la Rochelle. Les Nantais, qui avaient besoin de ces canons, les refusèrent à deux reprises. Richelieu menaça. Les Nantais persistèrent, et le Roi céda enfin , « prenant les représentations de ses sujets en boiin'e part. » Mais, à la place des canons, la ville fournit aux troupes royales deux cents
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habits complets, deux cents paires de souliers, et 13,000 livres sonnantes.
Si la Bretagne avait le dernier mol, la Monarchie avait le dernier écu.
La charge d'intendant de Bretagne, si onéreuse au pays, fui créée par Richelieu, au profit du comte d'Ëtampes. Le Parlement de Rennes protesta contre cet empiétement sur ses droits, et interdit solennellement l'entrée de la cour au nouveau Tonclionnaire.
On Toit que le Parlement ouvrait la lutte aussi dignement que les Ëlats (ceux-ci lançaient à la môme époque les remontrances citées plus haut).
Malgré Isules ces vexations (ceci est à noter}, la Bretagne resta Adèle à la Monarchie, pendant les guerres de la Fronde. L'exemple de tant de villes soulevées, surtout en Guyenne, ne put ébranler h loyauté de nos aïeux. Aussi furent-ils autorisés à relever quelques forteresses, tandis qu'on ne cessait d'en abattre partout ailleurs.
Hais déjà Louis XIV venait d'entrer au Parlement, la cravache à la main, et te grand centralisateur allait bientôt envoyerà la Bretagne cet impitoyable duc de Ghaulnes que la Cour surnommait le bœuf, et que nos Bretons, moins galants, poursuivaient du sobriquet de grot cochon.
r reconnu, comme tous ses prédécesseurs, les franchises du