CHAPITRE CINQUIÈME
fiireiit nulles on mauvaises, et Thivcr Çle 1784 horriblement rigoureux. La tardive proclamation de la paix ne fit (|u*ajouter au nombre des affamés. Pendant quatre mois de suite, le froid, la glace et la neige suspendirent les travaux en Bretagne. Le peuple, mourant d'inanition, assiégeait les boulangeries en plein jour. 11 fallut en donner la garde aux soldats. Il s'ensuivit des rixes et des collisions. Le sang coula dans les rues de Rennes, et l'émeute rentra aux théâtres.
Attendri de ces maux jusqu'aux larmes, le Roi s'en rapporta aux Ëtats sur l'augmentation des octrois; et les États, se piquant de générosité, consentirent cette augmentation pour alléger Timpôt des grains, — non sans voter, dans leur reconnaissance, des statues à Louis XVI. C'est ainsi qu'ils eussent toujours répondu à la Royauté, si elle avait toujours respecté leurs franchises. Mais Louis XVI lui-même ne devait pas tarder à se contredire. L'heure fatale du vertige allait sonner pour lui ( 1785].
Cette môme année vit les Milices bretonnes achever de se désorganiser par les démissions de leurs chefs. Ce qu'il y avait de curieux, c'est qu'en renonçant à leurs charges, ces derniers prétendaient en garder les privilèges.
Les privilèges étaient alors la grande ambition de tout ce qui se rapprochait de la Noblesse. La Bourgeoisie réclamait l'égalité, pour laisser les corvées au peuple. Faudra- t-ii donc s'étonner quand, voyant toutes les charges retomber sur lui seul, le peuple aussi viendra réclamer l'égalité à sa manière, c'est-à-dire par le pillage, le meurtre et l'incendie? Ainsi va le monde, hélas! Les partisans de l'égalité ne regardent jamais au-dessous d'eux ; et ôte-toi de làj que je m'y mette^ est la devise de toutes les révo» lutions.
L'année 1780- fut encore marquée par deux événements : la mort de La Chalotais et la présence de La Fayette aux États.
Dès que le Parlement sut la maladie de l'illustre procureur général, il envoya chaque jour deux conseillers s'informer de ses nouvelles, i^ 2 juillet, toute la ville de Rennes apprit que La Chalotais était mort. Aussitôt, dit M. Ducret de Villeneuve, ses parents et ses amis se présentèrent, selon la coutume, au parquet, et demandèrent l'entrée du Parlement, qui leur fut accordée. L'avocat général Hercule Du Bourgblanc supplia, en leur nom, la cour d'assister aux obsèques du marquis de Caradeuc de La Chalotais. Elles furent célébrées trois jours après, dans l'église de Saint-Jean, avec une solennité royale. Tout le Parlement et tous les présidiaux y assistènent en robes. La ville entière suivit le corps à sa dernière demeure, et porta le deuil du procureur général.
Nous avons dit par quels talents et par quelles vertus La Chalotais mérita la popularité. Sa grande faute, répétons-le, comme l'origine de tous ses malheurs, fut son réquisitoire contre les Jésuites, réquisitoire arrangé sans conviction, de l'aveu uiéuie de son auteur. Voici, en eflbl, ce
qu'il écrivait le 4 juillet 1761, au duc d* Aiguillon, en lui envoyant son fameux travail : Vous ne vous embarrassez guère^ monsieur le Duc^ des con-^ stitutions des Jésuites; m moi non plus. Cependant ^ il faut bien que vous sachiez ee qui en a été bien ou mal en Bretagne. Quant à Tirréparablc coup porté à la Monarchie par La Chalotais, il n'est que trop justifié par le cas de légitime défense. La Chalotais était libéral comme tous les esprits élevés de son époque, comme le fut Louis XVI lui-même, qui le réhabilita si noblement. Reprocher à cet homme les excès de la Révolution, ce serait lui reprocher la mort de son propre flls. Car ce dernier, si populaire en 1762, fut guillotiné comme ennemi du peuple en 1793, — lorsque la République se mit à dévorer ses aïeux en attendant qu'elle dévorât ses enfants.
Comment La Fayette, natif de l'Auvergne, siégca-t-il aux États de Bretagne? En vertu de l'origine de sa mère, qui était Bretonne, et dont les biens étaient en grande partie situés dans notre province. Lorsque la reine Marie- Antoinette reprocha au vainqueur d'Amérique d'avoir trempé, sans être Breton, dans l'opposition bretonne :
— Madame, lui répondit-il avec à-propos, j'appartiens à la Bretagne comme Votre Majesté appartient à la maison d'Autriche.
Qu'on ne s'y trompe pas, d'ailleurs, le triomphe de La Fayette aux États de 1785 fut encore une affaire nationale. Les Bretons exaltaient en sa personne la nombreuse et vaillante noblesse que leur pays avait envoyée à la guerre d'Amérique, et dont plusieurs membres étaient présents dans la salle même des délibérations. Il y avait dans l'auréole de La Fayette uii reflet de la gloire de Du Couêdic.
Le fait est que, dès son arrivée à Rennes, l'ami de Washington fut entouré d'une multitude enthousiaste, dont les acclamations l'accompagnèrent jusqu'au grand escalier du Palais. Écoutons le procès-verbal des États:
c M. le marquis de La Fayette est entré dans l'assemblée : la présence de ce héros, dont la renommée s'est plu à faire retentir les exploits d'un bout du monde à l'autre, a répandu la joie la plus vive dans rassemblée, qui l'a témoignée par les plus grands applaudissements. M. le marquis de La Fayette a été invité à se placer sur le banc des barons, auprès de M. le président de la Noblesse. M. l'abbé de Boisbilly a repris son rapport : il a parlé de l'utilité dont seraient les canaux pendant la guerre, et du fruit qu'on en retirerait en temps de paix; à ce dernier mot, M. l'abbé de Boisbilly, regardant M. le marquis de La Fayette, a ajouté : Combien n*e$t4l pas flatteur d'avoir en ce moment sous les yeux un des principaux guerriers qui aient contribué à nous la procurera M. le marquis de la Fayette s'est retiré quelque peu de temps après, en renouvelant aux États les témoignages de sa sensibilité à la réception flatteuse dont ils l'avaient
ClIAl'ITnii i:iN(JUIKME. IttU
lioDorê, ajoutant qu'il espérait devenu' tiicntùl un mcmlirc de leur na- Renibléc , et qu'il conservait toujours un cœur breton. »
A travers ces joies Iruuipeiises, la liévululJun poursuivait sa marche. Pris entre le cours fnta) des évéucnicnts et sa bonne volonté personnelle, Louis XVI s'enfonçait dans la voie des euntradictions, cl préparait le mal en méditant le bien. D'une main il signait la glorieuse paix de Versailles et rafTrancbissementde^i derniers serf^i royaux, et de l'autre il élevait Galonné ù 1.1 place de Necker, — Catoiine, cet intrigant que nous avons vu à l'œuvre, liummc dont tout l'esprit se composait de cbarlalanisnie, cl dont i'adniiiiistration iic Tut qu'une débaucbe fmancicrc. Econome et simple par luimême jusqu'à l'austérité, Louis XVI laissait les dépenses delà reine, du comte d'Artois et de la Cour, monter, en huit ans. jusqu'à 8C1 millions. Kt tant de complaisance ne lut assurait pas même l'autorité clicz lui. La Noblesse se moquait de ses idéca libérales et de sa tournure disgracieuse ; l'f^glisc outrageait l'innocence de sa Tcmmc; cl le peuple, égaré par la calomnie, apprenait à violer la Itoyauté.
C'étaient encore, il faut le dire, les Trois Ordres de Bretagne qui respec-
no BRETAGNE ET VENDÉE.
taienl le plus sincèrement le Roi, — tout en se défendant mordicus contre ses ministres, ^is chaque victoire remportée par la vieille indépendance bretonne était célébrée comme une conquête par la jeune liberté française ; de sorte que, sans le savoir et sans le vouloir, par la nature même des choses, la plus dévouée des provinces se trouvait à la tête de la Hévolution.
Apres avoir cédé publiquement aux Nantais dans Télection d'un maire * (1787), — fait inouï depuis les traditions de Henri IV, de Louis XIV et de Louis XV, — le Roi donna les plus rigoureux pouvoirs à M. de Bissy, comte de Thiard, pour continuer à Rennes l'œuvre de MM. de Goyon et de Montmorin.
En voyant le bon duc de Penthièvre représenté par un commandant en chef tel que M. de Thiard, — honorable, mais impassible champion du régime militaire, — les Bretons se tinrent pour avertis et se mirent aussitôt sur la dérensive.Déjà M. de Kersalaun, conseiller au Parlement, avait repris le chemin de la'Bastille, et le doyen de la Faculté de droit était cité à comparaître à Versailles. On savait d'ailleurs que M. le cardinal Loménie de Brienne, qui venait de succéder à Galonné, avait entrepris d'en finir avec les Parlements de France.
. Exposons les circonstances toutes nouvelles de cette dernière lutte, où les Parlements français et la Royauté changèrent complètement de rôle.
Pénétré de la nécessité des réformes, Louis XVI avait résolu d'en prendre l'initiative. La popularité était en effet le seul moyen de sauver la Monarchie. Mais il fallait une autre main que celle de Louis XVI, de Galonné, de Brienne et même de Necker ; il fallait la main d'un Louis XI et d'un Richelieu, pour lâcher et comprimer à la fois le torrent amoncelé depuis des siècles... On voulut d'abord remédier aux finances. — Là était la grande plaie, dépôt de toutes les autres. — L'idée radicale et logique d'un seul impôt territorial, avec suppression des fermes et des corvées, fut remise en avant par le rusé Galonné, mais frappée aussitôt de sa propre déconsidération et repoussée par les privilégiés en masse, qui le renversèrent alors comme traître à leur cause. Gependantson successeur, moins suspect, fit accepter cette grande réforme à l'Assemblée des Notables, avant-courrière des États généraux, — et Ton espéra un moment que tout allait se réparer sans perturbation. — Gela fut arrivé peut-être en effet, si Brienne, plus résolu que le Roi, eût présenté en bloc les nouvelles ordonnances aux Parlements. Mais en leur portant d'abord les édits accessoires, il leur donna le temps d'organiser leur résistance; et le jour où l'impôt territorial apparut au greffe, cette antique citadelle de la liberté devint la forteresse du privilège. Or, telle était malheureusement la popularité des parlementaires, telle
^ Louif XVI avait nommé par ordonnance M. Ballais. La Commune réclama son droit d'élection. Le Wo\ rôtira ^^nn ordoniiancr, et agréa un des candidat» légalement élus. (Mellinet, tome V ]
GUAPiTRË CINQUIÈME. 171
élait» au contraire, l'impopularité des ministres, que Taveugle opinion fut pour les premiers défendant les intérêts des castes, contre la Royauté protégeant l'intérêt général. Le Parlement de Paris compromit sa vieille gloire dans cette déloyale opposition, — ambitieusement dirigée par le duc'd*Orléans, de funeste mémoire. — Toutefois, les remontrances des magistrats se terminèrent par une déclaration qui prouva qu'ils né soutenaient point sincèrement les privilèges, que l'instinct révolulionnaire était chez eux comme chez tout le monde. S'avouant incompétents pour rétablir les impôts, ils renvoyèrent la question aux États généraux de France ; et cette parole magique, cette ultima ratio du peuple, devint le cri de ralliement universel.
Ce fut alors que la Monarchie, devançant la Révolution pour la contenir, promit d'elle-même ces États généraux, si ardemment invoqués, et ensevelit les Parlements dans les réformes suivantes : Suppression des chambres des enquêtes et des requêtes; abolition des tribunaux d'exception ; limitation du ressort des cours souveraines par la création de cours inférieures ; remaniement de l'ordonnance criminelle; institution d'une cour plénière pour l'enregistrement des lois, composée de seigneurs, d'évêques. de conseillers d'État, et de MM. de la Grande Chambre du Parlement de Paris. ( Lit de justice du 8 mai 1788. )
Sauf le rétablissement de la Cour plénière, qui sentait encore le despotisme, ces réformes étaient excellentes, mais elles venaient trop tard. Tel fut presque toujours le malheur de Louis XYI. N'ayant que la moitié de ce qu'il attendait, le peuple accueillit ce qui lui était offert par une réprobation unanime; et les Parlements, appelant toute la France à leur aide, rendirent à la Monarchie le coup qui les frappait, en l'obligeant d'établir ses réformes parles moyens les plus despotiques. La cour de Paris renouvela en tombant ses protestations. Celle du Dauphiné mit le pays en révolte ouverte. Toutes les antres l'imitèrent avec plus ou moins de succès. Huit d'entre elles furent exilées par la force des armes. EnGn le Parlement de Rennes eut son tour, mais il serait injuste de le condamner comme les autres.
La situation de ce Parlement était en effet tout exceptionnelle. Les réformes qui promettaient la liberté à la France, en abolissant les privilèges, menaçaient l'indépendance de la Bretagne, dont les privilèges formaient toute la base. Ce qui était pour celle-là la rénovation était pour celle-ci la centralisation, c'est-à-dire, la ruine et l'assujettissement. La question n'était pas, pour notre province, d'être plus ou moins libre, mais d*ctre encore ou de cesser d'être la Bretagne... Plus on oubliait l'acte sacré de l'Union pour le violer, plus elle s'en souvenait pour le défendre. Et qu'on ne lui reproche pas d'avoir entravé ainsi le progrès général, d'avoir compromis à la fois la Monarchie et la Révolution ; en un mot, d'avoir méprisé les bienfaits «le l'Unité française : ce serait lui reprocher la plus belle de toutes ses ver-
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tus, sa nalionalilé; ce serait méconnaître le cœur des peuples, qui ressemble tant' au cœur des hommes; ce serait condamner cruellement le sauvage qui embrassait Tarbre vierge de son pays au milieu de nos forêts cultivées; l'enfant du peuple qui préférerait la libre pauvreté de sa famille aux gênants honneurs de l'adoption du riche.
«Mon verre n'e*st pas grand, mais je bois dans mon verre, » a dit un charmant poète de nos jours. Ainsi parlait la Bretagne en 1788, du moins par la bouche de la Noblesse et de tout ce qui tenait à elle; car la Bourgeoisie de nos villes allait bientôt sacrifier son patriotisme aux réformes françaises. Et malheureusement, cette disposition n'était que trop justifiée par le dédain croissant des gentilshommes.
Ajoutons enfin qu'indépendamment de son aversion naturelle pour la centralisation, Taristocratique Bretagne n'avait que faire des constitutions incertaines demandées au Roi par la France; elle qui jouissait depuis un temps immémorial d'une constitution éprouvée, en rapport avec ses mœurs, d'une organisation municipale à. laquelle on n'avait qu'à rendre la pureté des élections, et d'une représentation des Trois Ordres, où le Tiers seul avait quelque chose à désirer.
Voilà les circonstances au milieu desquelles le comte de Thiard vint, au nom des réformes françaises, assiéger le boulevard des libertés bretonnes; c'esl-à-diro, si Ton veut nous permettre celle comparaison, appliquer à la santé le régime de la maladie.
Dèsqu'on sut à Rennes l'arrivée du commandant, armé déjà des prochaines ordonnances, la fermentation des esprits annonça la violence de la lutte. Le Parlement, toutes chambres assemblées, protesta d'avance (le 5 mai 1788) «contre toute loi nouvelle qui pourrait porter atteinte aux lois et aux constitutions du royaume en général, et aux droits, franchises et libertés de la Bretagne en particulier; contre toute altération, dans le fond ou dans la forme, de l'administration de la justice, qui ne pouvaient être consenties que par les États généraux pour le royaume, et par les Étals de Bretagne pour la province; enfin, contre toute inscription illégale et forcée sur les registres de la cour. »
Les adhésions ne se firent pas attendre : celle de la Noblesse et des commissions intermédiaires des États fut présentée, à leur tète, par le comte de Botherel, procureur général syndic de son ordre. On y retrouve l'ancienne et loyale intrépidité des gentilshommes bretons, cousitis de la duchesse Anne, dont le comte rappelait formellement à Louis XVI le contrat d'union avec Louis XII, son prédécesseur *.
* « Lorsqu'une abrmc univorscllemcnt répandue, disait M. de Botherel, a jeté la consternation dans toutes les parties du royaume; que les coups de l'autorité surprise se multiplient de la manière la plus effrayante, qu'ils frappent sur les citoyens de tous les ordres; lorsque la llagistralure est peul- •'Ire sur le point de se voir la victime de «^on inviolable attachemiMit aux lois : que des ordres impré-
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Après les commissions des Etals vinrenl tous les corps publics : le présidial, les eaux et Forêts, le conseil des avocats, le bureau communal, les Facultés de droit, le consulat, la milice, le chapitre, etc. Toutes ces protestations étaient recueillies par la cour jusqu'au soir, et enregistrées jusqu'au lendemain matin. La Foule assiégeait les portes du Palais, applaudissant chaque députation au passage. De son côté, M. de Thiard Faisait entrer à Rennes toutes les garnisons voisines, dont la tenue menaçante exaspérait les habitants.
Tout à c:oup les magistrats apprennent que leurs collègues de Paris ont été enlevés de leurs sièges à main armée* Ils représentent au Roi que les Etats généraux sont la seule ressource de la nation dans une telle extrémité... Mais au moment même où ils rédigent cette remontrance, ils reçoivent du comte de Thiard Tordre de s'assembler le lendemain 10 mai, à sept heures du matin, pour recevoir les ordonnances de Sa Majesté.
Dès cinq heures, la cour entière était au Palais. Le Merdy de Catuèlan, premier président, monte à son siège élevé. Les présidents à mortier se rangent autour de lui , dans leurs robes écartâtes , Fourrées d'hermine; puis les conseillers, les gens du Roi, les huissiers et les greffiers, dans leurs robes noires. On connaît la grande et belle salle du Palais de Rennes, avec ses magnifiques peintures et ses lambris dorés. Qu'on se figure donc l'imposante réunion de ces magistrats, calmes et Fermes sur leurs bancs, attendant sans armes l'arrivée de la Force militaire, comme l'ancien sénat de Romo attendait l'invasion gauloise... Derrière le premier président, deux rideaux de soie écartés laissaient voir un vaste tableau de sinistre augure, représentant un lit de justice de Louis XIV, ce roi qui entrait au Parlement la cravache à la main.
Bientôt M. de Catuëlan apprend que les grenadiers de Rohan-Montbason couvrent la Motte, et que d'autres soldats remplissent les Cordeliers. Il ordonne alors aux huissiers de Fermer les portes de la salle. On convient
vus et précipitée roiitclcscciidrc tout à coup, et au iiiéinc iiuslaiit, des comniissaires du Rut dans toutes les provinces ; que la voix puliliqne nous apprend que la France entière est menacée des plus grands malheurs; lorsque tout, jusqu'au mystère impénétrable dont on s'enveloppe; annonce les projets les plus désttstrcux; lorsqu'eniin les ennemis de h chose publique et des vrais intérêts du Roi semblent avoir forme le dessein funeste de rompre le lien réciprocpic et sacré qui unit le souverain aux peuples, comme les peuples au souverain, nous nous montrerions indi^rnes de la conllai.ce de la nation qui se repose sur notre vigilance et notre zèle, nous trahirions le plus cher de nos devoirs, nous serions absolument insensible (fii cri du patriotisme et de Thonneur, si, dans une pareille extrémité, nous m; nous empressions pas de réclamer, d'une manière aulhenlique et solennelle, contre toute atteinte qui serait portée à la constitution nationale.
« Spécialement changé par les gens des Trois Ktats de veiller à la conservation des constitutions de la province, consignées dans 1rs anciens contrats, nous déclarons réclamer formellement l'exécution du contrat de mariage du roi Louis XII et de la duchesse Anne; du traité des tUats de Bretagne avec François I*"*"; et enfin, du contrat renouvelé depuis d'année en «'niéo, et reroimu encore à la dernière assemblée do« Trois Ordres...
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qu'elles resteront closes à toute sommation contraire aux franchises du
pays, cl qu'en cas d'irruption, chacun dcmcurora muet sur son sié^.
Sept heures sonnent. Le comte de Thiard arrive sur In place, accompagné de SCS gardes, de Bertrand de Molleville, intend.int de la province, dv pages et de laquais chaînés de- cocardes et d'aiguillettes. Presse par Isi multitude aux cris de Vive le Parlement ! Haro mr les traîtres ! il franchit sans s'émouvoir le perron, traverse les voAlcs du Palais, et pénètre jusqu'aux portes de la Grande Chambre. Ses gardes frappent en vain; |iersonne n*ouvre. Enfin s'avance le greflier on chef Biiret, assisté de deux huissiers à verge. Il demande au commandant ses lettres du créance.
— Je ne vous.en dois point, réplique M. de Thiard;j'ai ordre du Roi d'entrer de gré ou de force dans la Grande Chambre du Parlement.
Tandis que le greffier va porter celte réponse 3ux magistrats, elle vole de bouche en bouche à l'extérieur, et la foule excitée menaçait le comte et l'intendant... lorsque des soldats débouchent des Cordeliers, et se répandent l'arme au bras diins les salles du Palais. Le greffier reparaît au même instant, et somme, au nnm de la cour, M. de Tliiard de se retirer. Mais lui-même est retenu parle commandant, qui enjoint aux grenadiers de forcer la salle du parquet. Là, le comte s'enferme avec le greflier, lui remet les ordres du Roi et le renvoie aux magistrats. Alors seulement la cour fait ouvrir In Grande Cbamhro, « pour éviter nue scèue dangereuse
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aux citoyens déjà vioIciDinent agites. » Le conininnclâiit , Tintendant et leurs ofticiers entrent, le chapeau à la main « et demandent où sont leurs places. Toule la compagnie reste couverte, immobile et silencieuse. Les huissiers étaient sortis sur un signe du président. Celui-ci prend enfin la parole, et réclame de nouveau les lettres de créance. Second refus du comte de Thiard, — et seconde sommation de la cour, qui déclare ne pouvoir délibérer au milieu des baïonnettes.
Mais au lieu de céder, le commandant remet au président, aux conseillers et au greffier en chef, trois lettres closes du Roi, qui leur défendent de désemparer. Les magistrats demeurent sur leurs sièges par obéissance, et écoulent sans mot dire Tarrét de mort du Parlement. Âpres la lecture des ordonnances qui partagent leurs dépouilles entre les présidiaux, les cours royaleçet lacourplénière,le comte requiert le procureur général de les enregistrer purement et simplement, et, sur le refus de celui-ci , il les fait transcrire par le greffier en chef; après quoi il ordonne à la cour de lever la séance.
— Monsieur le comte, dit alors le premier président, la compagnie me charge de vous témoigner toute sa douleur. Elle ne peut reconnaître les lois qu'elle vient d'entendre, et elle portera ses représentations au pied du trône.
Puis tous les magistrats se retirent en silence, et le peuple les salue de nouveaux cris : Vive le Parlement! répétés par tous les échos de Rennes.
A leur tour, MM. de Thiard et de Molleville quittent le Palais, et. la scène change à leurs dépens. Pris entre la foule qui sortait à flots avec eux et celle qui venait de reconduire les magistrats en triomphe, en vain ils se font un rempart de sabres et de baïonnettes; le peuple, furieux, et surtout les étudiants, les poursuivent de cris de mort et de projectiles de toute espèce : Haro! Iiarosurles traîtres! Mort à Bertrand l'oppresseur! Et des pierres, des morceaux de bois, des bouteilles, pleuvent sur la chaises de l'intendant, la mettent en pièces, et Tatteignent au milieu des débris. M. de Thiard lui-même, qui payait bravement de sa personne, reçoit à Tépaule une bûche destinée à son compagnon. — Aux armes ! crient alors les gardes poussés à bout; et l'escorte, arrivée rue de Montfort, allait présenter les baïonnettes à l'émeute, lorsque, assailli par un groupe de forcenés, Blondcl de Nouainville, chef du détachement, s'écrie d'une voix généreuse :
— Ne nous égorgeons pas , mes amis ! Je suis citoyen comme vous. Halte, grenadiers! Telle est l'inconstance populaire, que ce mot heureux calme la tempête. — Bravo! bravo l'officier! Et M. de Thiard, oublié, gagne son hôtel, tandis qu'on assiège M. de Nonainville pour l'embrasser. Malheureusement, les soldats croient qu'où en veut à sa personne, et se précipitent dans la mêlée, qui les repousse h coups de pierres. Cette méprise
|7« RlllvTAUrtE ET VENDÉE.
umènc un ¥1*31 cumbat , dans lequel le Irîonijilialciir, lilcssé ii la joue, voit
couler son s.ing.
— Eh quoi! vous me caressiez tout à l'heure, s'écrie-l-il. cl vous iiir déchirez mainteiianl ! Voilà bien h |iupularité!
Ce sont alors des milliers dVxciiaes qui l'iiccablenl... Et M. de ThiarJ, revenant avec trois ina<;islrats, rùlahlil ciilin l'ordre.
[1 Faut rendre celle haute justice au comte , qu'il avait rempli sa cruelle mission le plus doucenienl possible.
Mais l'ordre ne pouvait durer. Malgré hi modération du commandant, qui ferma les yeu.v sur les scènes du ii) mai, celle collision avait remué le volcan social jusque dans ses culrailles. Itien ne pouvait plus empêcher réru|)(ion. Une jeunesse brave cl cnlhousiaslc la hâtait sans le savoir. Les élndiants de Itenneii avaii'nt ■Anrn pour prévôt un détestable élève, qui devait cire un capitaine accompli, (l'était Morcau . de .Morlaix,déjà surnomme i/c'»^uil du Parlement. Dépensant m (iré le prix do ses inscriptions, chef des plaisirs comme des tnvaux de ses en ma rades, doue d'un san<{-rroid et d'un luupd'œil infaillibles, Morcau s elail rendu populaire, nonsoulcmcnt à Itennes, mais dans toute la Bretagne. Un eût pu deviner le rival de Dona- Itarlc, eu le voyant, assisté de son chancelier et de son greffier, se faire obéir de toute l'école, diriger les délibérations, maintenir la police et la discipline, organiser une démonstration, une émeute ou une fctc, et disposer de la rc|>nlalion des actrices, qui ne pouvaient débuter qu'après l'avoir visité solennellement devant tous lo.-i élèves réunis. A partir du 10 mai , Moreau fut h Rennes rinstrumciit actif de toutes les insurrections bourgeoises.
De son côté, la Noblesse ne s'endormait pas. Sou doyen, M. de Chnmp- .savoye. ayant reçu des ministres la défense de tenir aucune assemblée, répundit, au nom des gentilshommes. « qu'ils regardaient comme inrâincs ceux qui accepteraient des places dans l'admiiiistralion nouvelle, — et cela par ilèvoueinent aux vrais intérêts de Sa Majesté cl à t'cux de la province; — déclarant illégaux les actes de violence exercés contre la Mugis-