‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 59 sur 223 · CHAPITRE CINQUIÈME. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME. i

traturej el supp^miit le Roi de punir les ministres qui Tàvaient trompé. »

En même temps, Phélippes de Tronjoly et Le Minihi de La Ville-Hervé, protestant à la tète du présidial, citèrent l'exemple de Brutus immolant ses fils à la chose publique. (On voit que les paroles, comme les faits, annonçaient la Révolution.)

L'école de droit et Horeau firent plus encore : ils jurèrent c dé lier leur sort à celui des mi^strats opprimés, et de renoncer à leur profession si ces magistrats perdaient leurs pouvoirs autrement que par délibération nationale. » Puis ils sommèrent, par une circulaire publique', toutes les universités du royaume de suivre leur exemple. En consacrant ce serment prêté entre ses mains,, le Parlement lui-même nota d'infamie tout membre qui consentirait à entrer dans la cour plénière.

figeant dès lors toute conciliation impossible, M. de Tbiard suspendit, au nom du Roi, les réunions parlementaires, et fit venir de nouvelles troupes et des munitions, sous les ordres du colonel d*HervilIy, malgré les protestations de la commission des étapes et casernements.

Le Parlement, bravant à son tour la défense royale, s'assemblë-et'somme le comte de retirer les troupes. Puis il reçoit les plaintes réitérées de M. de Botherel, l'inflexible syndic, il supplie encore \ê Roi de ra(>porter les ordon*nances enregistrées par la fbrce, et ne quitte enfin le Palais que devant les menaces d'arrestation. Toutes ces mesures étaient prises sur les conclusions du procureur général de Caradeuc, qui poursuivait l'œuvre de son père avec les Tàlhouet, les Kersalaun, etc.

Dans la nuit du f au 2^ juin, la maréchaussée, munie de lettres de csicbet, frappe aux portes des magistrats pour les enlever de leurs hôtels. Mais la plupart échappent, sur les avis de l'école aux aguets, et grâce à l'indécision du grand prévôt, H. de Melesse, que M. de Thiard avait menaeé de vingt ans de prison pour le faire obéir. H. Bouin de La Villebouquay, capitaine au régiment de Penthièvre, avait positivement refusé ses services, et tous les gentilshommes bretons l'avaient imité d'un commun accord; — si bien qu'il fallut les renvoyer dans leurs garnisons avec tous les soldats du pays. Ces braves se seraient fait tuer plutôt que de porter la main sur leurs magistrats.

Cependant la ville de Rennes semblait prise d^assaut. Tandis que le régiment de Rohan se range sur la Motte, celui de Forêt sur la place Louis XV, et celui de PenUiièvre sur la place du Palais , — ayant tous leurs sacs pleins

' Cette circulaire mérite d'être citée. Oo jagera encore ici per les paroles où en éCaieni les choses.

• Monsieur le prérôt, j'ai Phonnear de vous adresser copie d'nn arrêté pris par mes confrères de Rennes : • L'ordre des aTocats sospendra tonte fonction devant les magistrats qui seraient asses Iftches pour renoncer an plus beau de leim droits : l'eoregiatrpment... A l'eiemple de MM. de la cour, nous avons cru devoir nous refuser k prêter le serment d'être fidèles aux lois de notre pays devant des hommes qai concourraient à leor destruction après avoir juré d'en être les défenseurs ou les organes.

« J'ai l'honneur d'être, monsieur, etc. Signé : Moibau, prévit de» étudiants en droit de Rennes. »

de cartouches , — les magistrats, prévenus par leurs amis, s*évadent de leurs demeures, les uns en robes, les autres en chenilles; ceux-ci par les portes, et ceux-là par les fenêtres... Heureusement Tobscurité de la nuit les dérobait aux yeux des soldats. Traqués de rue en rue par les patrouilles, ils se dirigent vers leur commun asile, Thôtel du conseiller Farcy de Cuillé. Mais ils le trouvent cerné par les troupes, et n*y pénètrent qu'en escaladant les murs sous toute espèce de déguisements.

Les voilà enfin réunis après mille efforts et mille périls. Mais que ferontils contre un pouvoir appuyé de trois régiments? Cette scène friserait le comique si elle n'était sublime... Ces magistrats, assiégés dans une chambre par les baïonnettes, n'ayant pour défense que leur courage et leur bon droit, les uns à demi-nus, les autres travestis, se souviennent qu'ils sont encore le Parlement de Bretagne; ils jurent de défendre jusqu'au bout leur constitution; ils se forment en séance autour d'une table, et ils délibèrent comme dans la grande salle du Palais. Étrange et prodigieux contraste! Ici le calme et la gravité d'un tribunal jugeant une question suprême, là le tumulte et les cris de Témeute, les boutiques ouvertes et fermées, le choc des troupes et de la multitude. Bientôt trois huissiers se rendent de l'hôtel de Cuillé à l'hôtel du Gouvernement, porteurs d'un arrêt qui enjoint à M. de Thiard de retirer la force armée du Palais, afin que la cour reprenne librement ses fonctions. Pour toute réponse, M. de Melesse arrive consterné, pleurant de honte, entouré d'une foule en colère, et demande à notifier aux magistrats cinquante-huit lettres de cachet. La porte lui est refusée, et trois nouveaux conseillers viennent prendre séance.

Le jour avait commencé au milieu de ces débats, mais il devait être encore plus orageux que la nuit. Toute la population de Rennes étant accourue, le quartier du Palais n'était plus qu'une mer agitée d'hommes et de femmes, de bourgeois et de soldats, de cavaliers et de piétons. Le colonel d*Hervilly, du régiment de Rohan, se présente avec un détachement que lui seul a voulu conduire. Il entreprend de cerner l'hôtel de Cuillé. Mais une troupe de gentilshommes lui barrent le passage, et le peuple se range derrière eux. Les paroles de paix de ceux-ci se croisent avec les ordres furieux du colonel. Il empêche violemment un noble de frsgichir la porte. Les gens du Roi demandent et supplient à leur tour. Vains efforts! Les deux partis en viennent aux mains. La foule veut arracher à M. d'Hervilly ses épaulettes. Il ordonne à ses soldats de charger leurs armes. Les gentilshommes le traitent d'insolent bourreau. Une compagnie de chasseurs accourt à son aide. Les fusils sont braqués sur la multitude. Elle se précipite dessus, elle écarte les baïonnettes, elle se rue sous les chevaux en criant : Au tocsin ! aux armes I Les jeunes gens reviennent armés, en efiel; et le carnage allait commencer, lorsque d'autres Nonainville, unis aux magistrats et aux gentilshommes, font décharger les fusils en l'air et dispersent l'émeule*

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