‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 61 sur 223 · CHAPITRE CiNUtlËME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CiNUtlËME

lies trépignementâ, des cris et des larmes de la pupiilalion , regagnent leurs lidiels reâpeciifs, où la maréchaussée vient les emprisonner aussilAt.

Un grand nombre, cependant) trompèrent encore les sentinelles, et reprirent séance le lendemain dès sii heures à l'hôlel de Cuillé. Mais aucim soldat n'ayant paru , la ville resta en repos. Pendant une heure et demie, la cour délil>éra si elle lancerait un ari'ët de prise de corps contre les sieurs de Thiard et de HoIIeville. La proposition fut rejetée par vingt-six voix contre vingtdeux. Les magistrats déposèrent les lettres de cachet qu'ils avaient reçues, et le procès-verbal des violences exercées à leurs domiciles. Ils rendirent un décret contre les attroupements, pour éviter de nouveaux désordres. Puis ils se séparèrent en protestant plus foflemeni que jamais contre toute violation des droits de la nation, de la Bretagne et de la magistrature. Ceci se passait le 3 juin. Le 6, nouvelle assemblée, comme il était convenu; mais la maréchaussée avait arrêté dans l'intervalle ou exilé le plus grand nombre des magistrats. Réduite it dix-neuf membres, la cour ne put que protester contre SB mutilation, et s'ajourna indéfiniment.

Pendant ce temps-là, le feu gagnait toute la province. U. de Goyon, accueilli par la cour des comptes de Nantes comme M. de Thiard par le Parlement, la dissolvait de la même manière, et H. de Becdeliëvre adressait au Boi les plaintes les plus énei^iques, auxquelles s'associait la Communauté nantaise. D'autre part, les grands bailliages et les présidiaux renvoyaient à l'intendant l'ordonnance royale, comme étrangère à leur juridiction.

Les évêques ordonnaient des prières publiques pour écarter du pays le fléau de l'avertissement. Le Tîers-Ëtat protestait à son tour par l'organe des Communes. Provoquées par l'infatigable comte de Botherel, presque toutes déclarèrent la constitution violée, adhérèrent aux mesurcsdu Parlement, et demandèrent l'appel immédiat au Roi.

L'insurrection remontait du Forum :

à la Tribune sans rien perdre de son intensité. Le conseil d'État ayant caSsé toutes ces remontrances par arrêt du 20 Juin, cent plumes bretonnes ré- tMe fc «..».« im.

pondirent pour la magistrature réduite nu silence. On vit paraître < un arrêt

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du conseil d*État du peuple français^ imprimé chez la veuve de la Liberté ^ au Symbole de l'Espérance^ cassant V arrêt du conseil d'État du Roi. » Dans un autre imprimé, les dames de la Noblesse de Rennes protestaient à leur guise, ou plutôt à celle d*un spirituel anonyme, qui ne fut point désavoué par elles.

Et qu'on ne blâme pas, au nom de la liberté, cette unanimité des Bretons contre des réformes libérales. Ce serait méconnaître non-seulement la position exceptionnelle de la Bretagne, dont nous parlions plus haut , mais la portée tout exceptionnelle aussi pour cette province des ordonnances royales du 8 mai. En effet, en disputant à la Noblesse ses privilèges, à la Magistrature sa souveraineté, à la dation bretonne ses Tranchises, ces ordonnances menaçaient particulièr,ement le Tiers -État et le peuple, accablés déjà d'impôts disproportionnés, et qui n'avaient d'autres boucliers que le Parlement et la cour des Comptes pour repousser des subsides multipliés de jour en jour. D'après l'organisation de Brienne, l'enregistrement, cette ultima ratio du fisc , allait se trouver à la disposition de c ceux-là même qui n'abusaient que trop souvent de la munificence du prince, et se partageaient à l'envi les dépouillc^s des populations, » ainsi que l'avait remontré la commission des États dans sa protestation du 20 juin. La fatale question de rimpôt dominait toutes, les autres, en attendant la question plus fatale encore de l'Égalité. Les Trois Ordres serraient les rangs contre l'ennemi commun , sauf à se retourner ensuite, — vainqueurs ou vaincus, — les uns contre les autres, et à se disputer avec fureur ces privilèges sauvés des réformes de la Monarchie.

Enfin le Parlement, rejoignant ses tronçons et s'unissant à M. de Botherel et à la commission des États, eu qui se résumaient les pouvoirs de la province, envoya ses dernières remontrances à Louis XYI, en sa cour de Versailles, par MM. de La Houssaye, de Talhouet, de Kersalaun, Du Boisbaudry , Demué, de La Bourdonnaye, de Lucinière, de Combles, Du Bouêtiez, de La Bintinaye, de Lesguern, de La Noue, et le procureur général de Caradeuc.

Mais le Roi bl&ma cette démonstration par une lettre sévère , et l'on sut bientôt que les douze députés étaient enfermés à la Bastille...

Il s'agissait décidément pour les Bretons de plier ou de rompre. Ils se souvinrent d'eux-mêmes et de leur devise : Potiiu mori quàm fœdari /...

Réunie de tous les points de la province à Vannes et à Saint-Brieuc, la Noblesse adresse à son tour douze députés au Roi : MM. de La Fruglaye, de Guer, de Trcmargat, de Carné, de Bédée, de Cicé, de La Bourdonnaye- Montluc, de La Rouerie, Du Bois de La Ferronnière, de Nétumières, Godet de Chatillon et de Becdelièvre. Ils arrivent à Paris, et font appel à tout ce qui porte un cœur breton. Les ducs deRohan et de Praslin, les marquis de Boisgelin et de La Fayette accourent à leurs assemblées. 1^ ministère s'ef-

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