‹ Histoire des guerres de la VendéeChapitre 62 sur 223 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

fraye, et masque sa peur de violence. Les députés bretons sont enlevés dans la nuit du 14 juillet, et jetés à la Bastille, tandis que leurs amis reçoivent la destitution de toutes leurs charges. Brienne se flattait qu*un si rude coup ferait reculer la Bretagne. Il ne la connaissait pas! Toute sa conduite en cette aflaire ne le prouvait que trop.

La nouvelle fatale arrive dans la province comme Touragan sur une mer impatiente. Vingt récits, plus étranges les uns que les autres, en augmentent encore la gravité. Suivant les uns, les députés n'ont pas même été reçus à Versailles; suivant les autres, on a voulu les intimider par un appareil formidable. Ils ont comparu devant Louis XVI, assis sur son trône, la couronne au front et le sceptre à la main, entouré de toute sa Cour et de tous ses gardes. Mais, bravant tout cela du haut de leur patriotisme, et traitant avec le Roi de puissance à puissance , les douze gentilshommes lui ont rappelé le serment de l'Union et lui out proposé fièrement la paix ou la guerre... Puis, réprimandés par le monarque, ils ont laissé tomber la guerre de leurs manteaux, et se sont couverts publiquement devant Sa Majesté. — Exalté par ces bruits, chacun jure sur sa tète de sauver le pacte d'Union. Le peuple se presse à grands cris aux portes des familles atteintes dans leurs chefs. Les douze captifs sont nommés d'une seule voix les héros de la Bretagne et les martyrs de la liberté. Leurs femmes prennent le deuil, montent en voiture et volent à Paris, l^es dix mille soldats entassés à Rennes ne peuvent contenir l'effervescence générale. Les Nobles se relèvent comme un seul homme, et s'assemblent à Vitré. L'Église et le Tiers se joignent à eux. Plus de rivalités devant l'intérêt de la patrie. Les Trois Ordres jurent de multiplier les députations au Roi, à mesure qu'on les emprisonnera, — jusqu'à ce que le pays entier s*insurge, comme au temps des anciennes guerres, — ou que le ministère, assiégé par cette marée montante, rétablisse la constitution dans son intégrité.

Dix-huit membres parlent d'abord pour réclamer la liberté de leurs collègues ou les suppléer à Versailles. Mais arrivés à Pontchartrain, la force armée les rejette en Bretagne. Nouvelle erreur de Brienne, qui croit encore avoir vaincu.

Cette fois, ce ne sont plus douze, ni dix-huit députés qui s'élancent vers Paris; c'est un bataillon de cinquante-trois abbés, gentilshommes et bourgeois, c'est toute une représentation nationale, décidée à parvenir au Roi morte ou vive, et chargée par la solennelle réunion des Trois-États : 1<* de maintenir toutes les protestations antérieures ; 2* de demander la restitution des franchises bretonnes ; 3* de provoquer l'élargissement des prisonniers de la Bastille.

Installée à Paris le 15 août, la grande députatiou étonne ses amis et ses ennemis par cette simple majesté de l'indépendance. Le Roi et ses ministres comprennent enfin ce que c'est que les volontés bretonnes! Mais après

tant de rigueurs et de violences, le moyen de reculer sans tomber dans le mépris public? Aussi Brienne consigne impitoyablement les Bretons, et les écarte des marches du trône... jusqu'au jour qui vient l'en précipiter luimême (25 août).

On sait Téciat et le scandale de cette chute : la convocation tardive des États-Généraux; Témeute sanglante qui bouleversa trois jours la capitale; le mannequin-cardinal promené dans les rues, confessé de vive force par un prêtre et brûlé au milieu des clameurs et des danses; enfln la rentrée triomphale de H. de Necker, surnommé le sauveur de la France, et qui malheureusement ne put le devenir.

Pas une faiblesse et pas une honte ne manquèrent à cette fatale reculade de la Monarchie. Le pouvoir défit sans dignité ce qu* il avait fait sans modération. Tout en criant : Vive le Roi ! le peuple apprit comment ou lui forçait la main. L*édit sur les grains ne put arracher le pain de la foule au Pacte de famine; et la révocation des ordonnances du 8 mai, le rappel des Parlements dissous, ne donnèrent siux nouveaux ministres que la force d'aller d*un abime à Tautre : de l'Assemblée des Notables à celle des États-Généraux, — convo" qués enfin pour le ô mai 1789.

Les premiers lauriers de la victoire du 25 août furent pour les députés bretons. Necker essaya néanmoins d'épargner au Roi le triomphe de ses vain* queurs, en faisant de leur retraite immédiate une condition de Télargissement de leurs collègues ; mais ils n'étaient pas hommes à reculer si mal à propos. Se passant de la permission du ministre, et s'autorisant de leurs pouvoirs ainsi que de la faiblesse de la Cour, ils se rendirent sans intermédiaires à Versailles le dimanche 31 août, et se rangèrent comme en bataille sur le passage du Roi, dans la grande galerie des glaces. Louis XVi fit contre mauvaise fortune bon cœur, et ne se souvint que des services rendus par la Bretagne à la France. Il reçut gracieusement le terrible mémoire des députés, et le lut à l'instant même en se rendant à vêpres.

Nous donnons ci-dessous en entier * cette pièce importante, transcrite sur

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